EASY 3

C'est en effet il y a cinquante ans, le 14 juillet 1969 exactement, qu'Easy Rider sort aux États-Unis. Les hippies sont alors à leur apogée et la contre-culture remet en cause bon nombre de fondamentaux de la société occidentale. Hollywood n'échappe pas à cet assaut et une génération de jeunes réalisateurs et comédiens montent à l'assaut de Tinseltown — des gens comme Francis Ford Coppola, Brian De Palma, William Friedkin, Michael Cimino, Martin Scorsese, etc. Une liste aussi longue qu'aveuglante de talent, à laquelle il faut, bien sûr, inclure Dennis Hopper.
EASY 2En passant, signalons à destination des ermites que l'épopée du Nouvel Hollywood a été racontée de manière aussi épatante que controversée par le journaliste américain Peter Biskind dans son livre Easy Riders And Raging Bulls (en VF, Le Nouvel Hollywood, Éd. Cherche midi). Cet ouvrage littéralement démentiel commence grosso modo avec Bonnie And Clyde (1967) et se termine avec La Porte Du Paradis (1980). Un bouquin qui est au cinéma ce que Please Kill Me est au punk, une bible. Mais revenons au sujet principal : Easy Rider.

Première réalisation de Dennis Hopper, 33 ans, pote de feu James Dean et véritable rebelle, Easy Rider raconte le voyage de deux bikers, Wyatt (Peter Fonda) et Billy (Hopper). Après avoir gagné un paquet de pognon en convoyant de la coke, les deux amis quittent la Californie pour rallier la Nouvelle-Orléans, où va avoir lieu le défilé du Mardi Gras. En cours de route, ils croisent une communauté hippie, un avocat porté sur la bouteille et quelques dangereux spécimens de l'Amérique profonde...

EASY 7

EASY 4

Photographie saisissante des États-Unis de la fin des années 60 et de la révolution culturelle et sociétale qui les secoue, Easy Rider est porté par un casting inoubliable qui rassemble un brelan de fous furieux comme on en a rarement vu à l'écran : Hopper, bien sûr, mais aussi Jack Nicholson dans le rôle de l'avocat (32 ans à l'époque du délit), et le dangereux Phil Spector dans la peau d'un gros dealer (30 ans l'année du tournage).

EASY 5EASY 10

À leurs côtés, Peter Fonda (fils d'Henry et frère de Jane, of course) ferait presque figure d'innocent. Âgé de 29 ans, éblouissant dans le rôle de Wyatt, le biker au chopper Stars and Stripes, Fonda accède au statut d'icône de la contre-culture et du cinéma dès les premières minutes d'Easy Rider. Il rejoint ainsi le personnage de Marlon Brando dans L'Équipée Sauvage, le prototype du film de motards (1953), au panthéon du film de bikers (coïncidence : Brando avait aussi 29 ans quand il a tourné ce film).

Peter Fonda et Nancy Sinatra chez les Hell's Angels  

À vrai dire, ce n'était pas la première fois que Fonda enfourchait une grosse cylindrée pour le cinéma. Trois ans avant Easy Rider, il crevait déjà l'écran dans The Wild Angels (Les Anges Sauvages), une série B réalisée par l'essentiel Roger Corman, dans laquelle il jouait le chef d'un charter de Hell's Angels aux côté de Nancy Sinatra, Bruce Dern et d'authentiques Hell's. Inégal mais ponctué de scènes superbes comme l'introduction du film (un môme tombe nez-à-nez avec Fonda sur sa Harley), ou le passage où le vétéran incarné par Dick Miller (le père dans Gremlins, l'un des comédiens fétiches de Corman) s'en prend aux Hell's parce qu'ils arborent des symboles nazis, ou encore la fête du gang, et bien sûr le speech rebelle de Fonda à la fin (qui sera samplé bien plus tard par Mudhoney et Primal Scream), The Wild Angels avait déjà mis en avant Peter Fonda comme un des visages les plus magnétiques du Nouvel Hollywood et, surtout, de la contre-culture au cinéma.

 Peter Fonda interprète un pubard qui découvre les joies du buvard dans ce film écrit par Jack Nicholson

L'acteur enfonce le clou l'année suivante, toujours avec Corman à la réal', dans The Trip. Écrit par Jack Nicholson (!), The Trip raconte comment un brave pubard angeleño découvre le LSD. Oscillant entre le réalisme comme dans les scènes du club où joue un groupe de rock mené par le grand Gram Parsons (The Byrds, The Flying Burrito Brothers, l'homme qui a initié Keith Richards à la country !) à l'hilarant (la scène de la laverie), bardé d'effets psychédéliques, The Trip a continué d'asseoir Peter Fonda comme acteur symbole de la révolution culturelle en cours. L'énorme succès mondial d'Easy Rider enfonça le clou, si l'on peut dire.

Devenu une icône pop, Peter Fonda incarne le dernier surfer dans cette suite du mythique New York 1997

Bien sûr, Easy Rider n'aurait probablement pas été le phénomène qu'il est devenu sans sa B.O., qui rassemble plusieurs gemmes de l'ère hippie : en particulier les deux titres de Steppenwolf, The Pusher et, cela va de soi, le monolithe Born To Be Wild. Cinquante ans plus tard, Dennis Hopper est parti rejoindre James Dean (en 2010). Phil Spector est en taule pour meurtre et ne sortira pas, au mieux, avant dix ans. Jack Nicholson a pris sa retraite et Peter Fonda tourne toujours, à bientôt 80 ans.

EASY 6EASY 9
++ Ne manquez pas les autres numéros de notre belle série sur le rock and roll au cinéma ! Déjà en ligne : Le Lycée des Cancres (Ramones), La grande Escroquerie du Rock 'n' Roll (Sex Pistols), Quadrophenia (The Who), Gimme Shelter (The Rolling Stones), Les Runaways (The Runaways/Joan Jett), Phantom Of The Paradise (Paul Williams), Graine de Violence (Bill Haley), Dogtown and Z-boys/Les Seigneurs de Dogtown (Skate à L.A.), The Decline of Western Civilization (punk et metal à L.A.), Les Seigneurs... Il était une fois le Bronx (Gangs of New York version sixties), The Warriors, Les Guerriers de la Nuit (Gangs of New York version seventies).