Nul besoin de naître avec un ADN mutant, de subir des expériences scientifiques dans une base secrète de la CIA ou bien d’enfiler son slip par-dessus un lycra moule-teub aux couleurs flashy pour devenir un superhéros. Pour développer des capacités physiques et mentales aussi légendaires que Superman, les X-Men ou Howard the Duck, mieux vaut commencer fissa par faire l’acquisition d’une pipe à crack. La rumeur tourne en effet depuis quelques d’années : les addicts au crack tiraient du produit une série de superpouvoirs. C’est en tout cas ce qu’invitent à penser une flopée de vidéos sur YouTube ; et, en tant que journaliste professionnel titulaire d’un doctorat en fact-checking appliqué, je vous invite bien entendu à avaler sans vérifier plus que ça les sources présentées ici, puisque tout vient d’internet et qu’il n’y a donc a priori pas de raison d’en douter.

Première aptitude divine : les crackheads seraient plus ou moins invincibles. Ressortir indemne d’un tunnel de métro après le passage d’une rame, bastonner à main nue un flic armé d’un tonfa, foncer sur les forces de l’ordre en utilisant d’ancestrales techniques ninja… Il paraît clairement impossible de mettre K.O. les superdrogués.

Crack-Man et son raton-laveur apprivoisé, plus fort que Batman et Robin ?
Deuxième don paranormal : une force athlétique quasi-illimitée. Les junkies sont visiblement capables de piquer à des rails de train, de transporter sur leur dos (et en roulant à vélo) un putain de frigo, ou encore de taper des frontflips ou des backflips en sautant d’un toit situé à plusieurs étages de haut  - et se relever comme si de rien n’était en cas de viandage. Certains, apparemment possédés par des entités célestes, semblent même persuadés de pouvoir briser leurs menottes par la pensée.

À noter aussi, une maîtrise vraisemblablement magique des différents éléments comme le feu, permettant aux accros d’allumer des clopes avec leur pouce, de gober des cigarettes fumantes, ou bien de déguster des bagels à moitié cramés. Autre faculté liée à Mère Nature : apprivoiser, adopter et communiquer avec un ensemble de bestioles aléatoires. Des tonnes d’images circulent en effet, montrant des camés en train de se balader avec – comme animaux de compagnie – des écureuils, des autruches, des orang-outangs, des ratons-laveurs, des opossums et des chouettes.

«Le crack répare immédiatement les microfractures osseuses, comme Wolverine»
Avec autant de preuves irréfutables, une tripotée d’internautes ont bien entendu tenté d’expliquer l’immortalité des toxicos et leur communion directe avec la faune sauvage. «Les crackheads ont-ils des superpouvoirs ?», «Est-ce que le crack t’aide à communiquer avec les animaux, à renforcer tes os ou ce genre de merde ?», «Le crack répare immédiatement les microfractures osseuses et les déchirures ligamentaires, comme Wolverine»… En résulte autant d’hypothèses à la con que de questions laissées sans réponse.

Toujours plus teubé : certains ont même imaginé la possibilité d’un combat «Crackheads vs Methheads», comparant les superpouvoirs conférés par les cailloux de cocaïne purifiée à ceux transmis par la méthamphétamine. Extrait de l’affrontement : «Round 1 : deux hommes adultes en bonne santé, avec une taille et un poids similaires, se font face. La seule différence entre les deux étant que l’un est défoncé au crack, et l’autre est défoncé à la meth. Round 2 : pareil, les deux sont assoiffés de sang.»

Crackhead vs. Methhead _ whowouldwin

Crack ou méthamphétamine : quelle drogue donne le plus de superpouvoirs ?
Forcément, tout ce phénomène autour des camés comporte parfois un côté un peu facile voire glauque, et les vidéos basées sur la supposée invincibilité des junkies donnent souvent l’impression de participer à un freak show LOLesque exploitant la misère. Qu’importe puisque, de notre côté, nous tâcherons jusqu’au bout d’éviter tout mauvais goût en nous penchant sur une ultime problématique : si les junkies étaient bel et bien des superhéros, alors quelle drogue – entre crack et méthamphétamine – donnerait le plus de superpouvoirs ?

Pas de bol : aucun médecin que j’ai pris le soin de contacter au cours de mon travail d’enquête n’a, curieusement, voulu répondre à cette question – jugée tantôt «peu pertinente», tantôt «complètement con». Face à l’omerta du corps médical, sans doute étouffé par Big Pharma et les lobbies industriels qui cherchent à cacher les bienfaits évidents du crack, tentons d’adopter un regard un poil plus positif.

Tous les héros ne portent pas de cape, certains juste une pipe à crack
D’un côté, le crack vous donnera assez vite un look unique. Dilatation des pupilles, démangeaisons, tâches sur le corps et autour des yeux, perte de poids intense, chute des cheveux et des dents… La transformation physique, poussée par une addiction psychique extrême, pourrait bien vous faire passer pour un héros de Marvel ou DC. Si l’on met de côté les deux-trois soucis liés à la consommation (crise cardiaque, crise épileptique, détresse respiratoire, troubles gastro-intestinaux, problèmes au niveau des poumons, dépression, exposition au VIH…), vous aurez la chance de posséder vos propres accessoires, comme Batman avec ses batarangs, son bat-grappin, sa bat-griffe ou encore ses bat-grenades. Vos gadgets, à savoir une pipe bricolée à l’aide d’une canette de coca rouillée et des cendres de clope, auront juste d’autres usages. Ajoutons les risques associés aux hallucinations et à la psychose paranoïde : vous pourriez bien perdre un jour totalement le contrôle, dans une explosion d’anxiété ou d’agressivité. Soit pile-poil comme Hulk, ce qui semble plutôt cool.

Crack-Man vs Meth-Man
De l’autre côté, le crystal meth possède des arguments assez proches. Une confiance en soi démultipliée, un sentiment d’euphorie, une grosse stimulation mentale, une vigilance décuplée, une baisse de la sensation de fatigue et de faim, sans oublier un retard à l'éjaculation… La substance a d’ailleurs été exploitée en masse pendant la Seconde Guerre mondiale, autant du côté des kamikazes japonais, des soldats américains et britanniques sous le nom entre autres de méthédrine, et des Nazis avec la pervitine. Comme le crack, la meth peut aussi vous aider à créer un style bien à part à base de multiples boutons sur la tronche et d’une cavité buccale remplie de lésions et de dents pétées. Là encore, le junkie doit bien entendu s’accommoder de quelques petits points faibles (délires paranoïaques, troubles du sommeil, déshydratation, comportements violents, dérèglement du cycle menstruel chez les Crack-Women…), comme Superman face à la kryptonite.

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Le vrai débat : Spiderman et Captain America sont-ils eux-mêmes fonscar au crack ?
Bref, le match reste très serré entre les deux produits, les rendant presque impossibles à départager. À défaut de tenter nous-même l’expérience (la chiée d’effets secondaires un tantinet hardcore, la perte d’instinct de conservation et la probabilité de crever un jour d’overdose n’étant pas franchement recommandables), nous pouvons au moins en tirer deux leçons. Derrière les toxicos postés aux quatre coins de nos villes, près des stations de métro ou sous les ponts, se cachent sûrement nos véritables protecteurs, prêts à sauver la veuve et l’orphelin entre deux shoots. Ou bien, autre interprétation possible : Spiderman, Iron Man, Captain America — devenu d’ailleurs un super soldat après une série d’injections expérimentales au sein de l’US Army — et tous leurs potes sont, tout simplement, eux aussi des camés. Si c’est bel et bien le cas, alors Crack-Man et Meth-Man ont toute leur place dans l’Univers Cinématographique de Marvel, voire au sein des Avengers.