Si les Anglo-Saxons sont en train de passer à la machine à laver du biopic à peu près tous leurs groupes cultes des années 70, la France renâcle à restaurer son patrimoine rock. Et c'est peut-être tant mieux, car qui a envie de prendre le risque de voir Frank Dubosc jouer Johnny dans un film de Fabien Onteniente, ou Thérapie Taxi incarner Téléphone ? Mais ce n'est pas une raison pour laisser sombrer dans l'oubli les citoyens pas vraiment modèles qui ont su injecter un peu de danger dans les veines de la France en pantoufle et réaliser l'impensable : réconcilier le rock'n'roll et la langue d'Édouard Balladur. Daniel Darc était de cette mauvaise herbe salutaire, de la race des saigneurs (il aspergea d'ailleurs le public du Palace de son hémoglobine en 1979 en première partie des Talking Heads). De l'aventure Taxi Girl, qui s'est terminée en un magistral Seppuku à sa mort en 2013 en passant par son retour en grâce médiatique en 2004, le documentaire Daniel Darc : Pieces of my life de Marc Dufaud, un ami proche du chanteur, et le réalisateur Thierry Villeneuve (déjà auteur de films sur Bashung ou le Hellfest et briscard des captations live made in Arte) nous fait partager 25 ans d'intimité avec le funambule grâce à des images inédites et donne à voir le Paris populo pas encore vérolé par les hipsters et les trottinettes électriques. Une bouffée d'air frais dans ce monde pollué par les artistes plus marketés qu'une barre de Kinder Bueno (coucou Angèle et Claire Laffut). Venez chercher ce garçon le 24 juillet au cinéma si vous l'osez.