WOOD 10L'histoire de Wallace Wood commence en 1927 dans l'ancien territoire sioux, plus précisément dans un bled du Minnesota appelé Menahga. L'hiver, les températures pouvant descendre jusqu'à –50°C dans la région, il faut bien s'occuper. Le petit Wally devient donc un avide lecteur de comics, en particulier de Flash Gordon et Prince Valiant. Â l'âge de six ans, il rêve qu'il trouve un pinceau magique qui lui permettra de dessiner tout ce qu'il veut. Ce rêve s'avère prémonitoire puisqu'après un passage dans l'armée, il entame le chemin de croix de tous les aspirants dessinateurs pros : démarcher les éditeurs avec son portfolio sous le bras.

WOOD 1 Après quelques mois de galère, il est embauché par Will Eisner, le créateur du Spirit qui cherche un assistant pour dessiner les décors de sa série. Nous sommes en 1948, Wood a seulement 21 ans. Il trouve ensuite un autre job d'assistant, cette fois sur Terry Et Les Pirates puis réussit à être embauché comme artiste sur différents comics,  des westerns notamment. Ses dessins précis et de toute beauté, le fait qu'il puisse œuvrer avec bonheur dans tous les styles (de la science-fiction au péplum en passant par le polar) font qu'il devient l'un des piliers des EC Comics, la maison d'édition la plus fascinante des années 50 et sans aucun doute l'un des éditeurs les plus passionnants de l'histoire du Neuvième Art.

WOOD 8Véritable pépinière, EC accueille des génies comme Harvey Kurtzman (que René Goscinny venait de rencontrer), Will Elder, Jack Davis, Joe Orlando, Graham Ingels, John et Mary Severin... Des artistes qui allaient à juste titre devenir des légendes de la BD. Fan de SF, Wood brille particulièrement dans les titres du genre lancés par EC (Weird Fantasy, Weird Science), de magnifiques comics qui perpétuent l'esprit des pulps tout en les transposant dans l'âge atomique. Wood intervient aussi avec bonheur dans les comics de guerre de l'éditeur ainsi que dans Mad, le comic-book séminal qui allait inspirer des générations d'artistes dont Gotlib et, toujours, Goscinny.

WOOD 4 Les EC Comics devant sabrer la plupart de leurs titres suite à l'offensive anti-comics du docteur Wertham (voir notre article sur Basil Wolverton), Wally Wood travaille sur des séries plus classiques comme les Challengers Of The Unknown, où il encre Jack Kirby, ainsi que sur une kyrielle de romans de SF signés par les plus grands (Bradbury, Silverberg...).

WOOD 5On le retrouve en toute logique dans les magazines noir et blanc publiés par une nouvelle maison d'édition, Warren. Cette dernière perpétue l'esprit des EC Comics dont elle a accueilli les plus grandes signatures en publiant des magazines de guerre et d'horreur, une stratégie astucieuse puisque ces périodiques ne sont pas soumis au Comics Code Authority (commission d'auto-censure mise en place par les éditeurs de BD américains).

WOOD 2Certains de ces magazines connaissent un grand succès et deviennent des références de la culture populaire : Creepy, Eerie et, surtout, Vampirella, la torride vampire extra-terrestre. En parallèle de ces activités «adultes», Wood fait aussi partie de l'aréopage d'artistes mobilisés par Stan Lee au début du Silver Age. Il intervient entre autres sur les débuts de Daredevil, des épisodes très réussis même s'il est un peu rageant de voir son talent passer à la moulinette Marvel.

WOOD 6En dépit de ce parcours certes classique mais brillantissime, Wood n'est pas heureux. Comme beaucoup de dessinateurs de comics dont le grand Jack Kirby, il vit mal les cadences infernales imposées aux artistes, les salaires misérables et l'absence de reconnaissance des studios (Marvel et DC), qui conservent tous les droits des personnages et des histoires. À la recherche d'une soupape, Wood lance sa propre maison d'édition et son propre magazine, Witzend, dans laquelle il accueille ses confrères (1966). Witzend préfigure les comix underground et les magazines de BD français des années 70 (L'Écho Des Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial). Wood s'émancipe aussi en réalisant Sally Forth, une série comique gentiment sexy qui paraît dans Military News, un périodique destiné aux GI.

WOOD 7Le travail impeccable de Wallace Wood et son rôle de pionnier dans le combat des artistes pour une amélioration de leur situation lui valent l'admiration et le respect de ses pairs comme de ses fans. Hélas, ce n'est pas assez pour l'artiste qui déprime, regrette d'avoir choisi ce métier et souffre de problèmes de santé. Il perd l'usage d'un œil après une attaque, en 1978. Épouvanté par la perspective de devenir aveugle et d'être dans l'incapacité de dessiner, Wallace Wood se tire une balle dans la tête dans son appartement du 15150 Parthenia St., au nord de Los Angeles. Il devait être mis sous dialyse le jour-même. C'était le 2 novembre 1981, un jour noir pour la bande dessinée. Et pour l'art en général.WOOD 9
++ Les avez-vous tous lus ? Si vous êtes branché comicologie - ou tout simplement intéressé par découvrir l'oeuvre et l'histoire des grands noms derrière la bande dessinée US -, retrouvez ici tous nos articles précédents sur le sujet : Ép. 1 - Jack Kirby, Ép. 2 - Bernie WrightsonÉp. 3 - Frank MillerÉp. 4 - Gil KaneÉp. 5 - Jim SterankoÉp. 6 - John BuscemaÉp. 7 - Gene Colan & Jim Starlin, Ép. 8 - Dave Stevens, Ép. 9 - Basil Wolverton, ainsi que nos hors-séries consacrés à Ralph BakshiGeof Darrow et William Stout