Step 1 : Reconnaître la dépression automnale
De retour dans votre F2 avec vue sur d’autres F2, vous passez vos journées à errer entre votre canapé-lit et votre Franprix en vous interrogeant sur la misère sentimentale du citadin contemporain avec au cœur un vague-à-l’âme comme seule sait l’engendrer la nostalgie des partouzes estivales. Soit vous êtes Michel Houellebecq, soit vous êtes sujet aux prémices de la dépression automnale. N’attendez pas pour passer au step 2.

Step 2 : Accepter la dépression automnale
Être sujet à la dépression automnale n’est pas une tare. Prenez Michel Houellebecq par exemple. Est-ce que la dépression automnale l’a empêché d’épouser une superbe étudiante chinoise de 20 ans sa cadette ? Au contraire. La dépression automnale vous nimbera de cette irrésistible aura de mystère propre aux écrivains tourmentés, sans que vous ayez pour autant à en subir les inconvénients (interviews chez Ruquier, ragots sur l’âge de votre épouse etc.). Vous avez tout pour réussir.

Step 3 : Traiter la dépression automnale
L’énergie vitale vous a quitté, vous n’avez pas la moindre envie de voir vos amis pleins d’entrain qui ne pensent qu’à prendre des apéros en pépiant joyeusement de leurs divers « projets », parce que vous, vous n’en avez aucun, de « projet ». C’est normal. Emmerdez vos amis, et embrassez votre aigreur. Cloitrez-vous. Ouvrez votre traitement de texte. Écrivez ce que vous ressentez, gerbez votre mal-être. « Son enfance avait été difficile, son adolescence atroce ; il avait maintenant 42 ans, et objectivement il était encore loin de la mort. Que lui restait-il à vivre ? Il se servit un 2e whisky, éjacula sur le magazine et s’endormit presque apaisé. » Vous tenez un truc.

Step 4 : Sortir de la dépression automnale
L’automne touche à sa fin, et, sans effort, vous avez accouché de 600 pages étincelantes de désenchantement fielleux. Vous n’avez toujours pas quitté votre domicile, vos amis ont renoncé à vous solliciter, mais vous vous sentez mieux. Et maintenant ? Surtout ne vous arrêtez pas en si bon chemin : surmontez votre absence d’ambition et contactez des éditeurs. Il s’en trouvera bien un parmi eux lui aussi sujet à la dépression automnale et que votre prose poisseuse touchera en plein cœur. Ne lâchez rien.

Step 5 : Gérer l’après-dépression-automnale
Vous voilà prêt à renouer avec le monde. Ouvrez la porte. Vous redécouvrez la caresse du vent dans vos cheveux filasse. Faites quelques pas. Vous êtes en terrasse. Votre teint cireux suscite des murmures d’envie. Vous tirez longuement sur votre cigarette qui pendouille avec nonchalance entre votre majeur et votre annulaire. C’est la 20e depuis ce matin, et il n’est que 11h. Mais vous n’en avez rien à foutre. Vous êtes revenu à la vie. Votre téléphone sonne, pour la première fois depuis des mois. « Allô, Michel ? » Oui, c’est moi.

 ++ Cet article est extrait du Brain papier numéro 7, qui sera disponible partout ou presque dans les jours à venir. On fête ça ce soir vendredi 13/09 à La Folie c'est gratuit venez !