La bonne nouvelle, c’est que c’est plus la mode du cynisme. Donc si vous avez envie de mettre des tongs en novembre, faut juste me dire gentiment de lancer ma séance Petit Bambou et d’aller me faire cuire le cul de mon côté. Avant, vous pouviez vous faire vicos par quelqu’un qui n’avait pas les mêmes us et coutumes que vous, mais à l’heure de la déconstruction et des interviews formats carrés sous-titrés, vous avez carrément le droit de continuer à boire du rosé, d’écouter Niagara et, je dirais même, de porter votre chapeau de la plage dans les transports, même après la fin du solstice et de Formentera - maison conviviale - 1400 euros la semaine - 4 chambres - 3 salles de bain - c’était bien mais c’était une peu loin de la plage, tu vois. La fin du cynisme, ça veut dire aussi que les gens en vacances n’ont plus le droit de poster des photos d’eux avec une légende second degré où il disent «Regardez comme c’est de la merde, cet endroit», et ça, c’est à moi que ça fait plaisir. Ce qui nous amène au second point. 

L’autre bonne nouvelle, c’est que vous vieillissez. Donc ça veut dire non seulement que vous êtes partis en vacances parce que vous avez fait du bel argent, et qu’à moins d’un événement de type catastrophique, vous allez continuer à avoir une activité (non salariée, vous connaissant) qui vous permettra de REpartir en vacances. Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu’il n’y a rien de pire que quelqu’un qui n’a pas passé ses vacances 1) dans un camping 1 étoile, 2) à faire du woofing pour pouvoir voyager, 3) à couchsurfer avec tout ce que ça comporte de Luka Magnotta, et qui se PLAINT d’être rentré de vacances C’est donc un été de plus à mettre dans votre poche à douilles de souvenirs, pas un été de moins à vivre. Se plaindre à 20 ans, c’est chiant ; à 30, c’est maudit ; à 40, c’est ne pas réaliser son statut privilégié ; à 50, c’est parce qu’on refait sa vie, qu’on fait des mèches rouges et qu’on regrette ; à 60, plus personne ne vous écoute. Plus vous allez avancer dans l’âge, plus vous allez être soit cette personne qui a acheté une maison quelque part et qui peut recevoir, ou l’autre caryotype, le pote qui va squatter chez son pote qui a acheté une maison. Dans les deux cas, c’est une bonne nouvelle. 

Dans les moins bonnes news : on est toujours à Paris et on n’est plus en 2013. Tout le monde sait qu’on va fondre sous les déchets sous cinquante ans, et que Malala nous plie en huit d’intelligence alors qu’elle est née en 1997, un an avant vous-savez-quoi. Vous êtes peut être parti(e)s en bateau, en avion, pis même ! en voiture ! Diesel ! À des endroits où vous avez vu de la brise, senti des couchers de soleils sur vos joues et caressé le chant d’oiseaux le matin. Tout ça, si vous continuez à acheter des trucs sur les aires d’autoroute parce que tu comprends, moi j’aime trop les aires d’autoroute, j’achète toujours plein de trucs à la con, des porte-clés en PLASTIQUE, des sandwichs triangle en PLASTIQUE, des Mini-Babybel entourés de PLASTIQUE, des bouteilles d’eau aromatisées en PLASTIQUE, hé bien perso, je vous conseille de bien profiter et de bien encadrer les photos que vous faites des aires d’autoroute dont vous avez prévu de faire un tirage Polaroïd sur Photobox, parce que dans vingt piges, peut-être que sur Airbnb, il n’y aura plus que des locations T2 vue autoroute sur les mêmes aires d’autoroute — et là, je peux vous dire vous allez moinsse faire les marioles. 
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En vrac, je vous mets ci-joint les raisons qui font qu’on aime quand même un peu la rentrée, mais bon, il s’agit pas de faire une chronique France Inter donc je vous préviens, on n’y passe pas deux mille lignes : la couleur moutarde sous forme de jupe ou de col roulé, qu’en fait on mettra deux fois avant de bazarder en vide-dressing. Les terrasses qu’on garde comme Fort Laudanum dans Astérix alors qu’objectivement : il pleut. Les moments où c’est marrant de voir des mecs en K-way à 110 balles la pièce monter la rue des Martyrs à vélo en sachant très bien qu’un K-way, c’est comme De Villiers : il ne pense qu’à imperméabiliser sa propre gueule. C’est mouillé SOUS lui, c’est mouillé SUR lui, y’a que lui qui voit pas le problème. Les vitrines des magasins qui sont en phase maniaque à vouloir nous persuader que c’est l’automne, à nous foutre des trenchs partout alors que nan, toujours pas, il fait 27° l’aprèm. Les gens qui sont toujours motivés à faire un pique-nique aux Buttes-Chaumont en oubliant le tire-bouchon, et l’info suivante : si je m’assieds dans de l’herbe où il a plu, je vais avoir une cystite. Et bien sûr, mes préférés : les gens dans le métro qui ont chaud le matin, froid le soir, mais qui ne veulent quand même pas repasser chez eux pour chercher un lainage — alors ils picolent, mais on n’est que mardi. 

Cela étant, on peut entendre que vous étiez bien en vacances. Okay. Mais permettez-moi de vous dire que vous êtes quand même un peu cons, parce que finalement, septembre et octobre, c’est encore de l’été non facturé ; et au lieu de profiter, vous nous tannez avec la légende selon laquelle vous avez déjà vachement perdu votre bronzage et les bénéfices des vacances alors que j’ai bien réfléchi : vous n’êtes pas Kim Kardashian, donc vous alliez débronzer, vous n’êtes pas Kim Kardashian, donc au lieu de râler, vous n’avez qu’à prendre un carnet de 10 chez Point Soleil, vous n’êtes pas Kim Kardashian, donc peut-être que vous n’avez pas perdu les bénéfices des vacances, mais juste, vous n’aimez pas votre vie. Avant, quand Femme Actuelle et le patriarcat nous disaient ce qu’on avait à faire, la rentrée, c’était le moment idéal pour prendre des résolutions et tout ; mais là, peut-être qu’il est un peu temps de se dire que vous avez bien kiffé et que vous allez certainement recommencer bientôt, parce qu’à mon avis, pendant la trêve des confiseurs, on va avoir droit à deux-trois photos en pull de Noël ou identification Instagram à CDG, avec une mention du type «Bye-bye, à l’année prochaine» ou «#break #bienmérité» ou n’importe quelle autre connerie dans le genre. Alors si mes calculs sont bons, vous êtes partis en août et vous vous re-barrez en décembre max, ça va, pas la peine de s’interloquer, on fait comme ça ?

Et maintenant, le flash info finances, avec Jean-Yves Courtial en direct de la Bourse de Paris. Il est 9h, vous êtes sur France Inter.

 ++ Cet article est extrait du Brain papier numéro 7, qui sera disponible partout ou presque dans les jours à venir. On fête ça demain soir vendredi 13/09 à La Folie c'est gratuit venez !