Parce que ça vous fera réfléchir sur le modèle suédois : Midsommar va vous ramener aux racines païennes et ésotériques de la Scandinavie, au bon vieux temps des sacrifices humains et des rites sexuels. Cette phrase prononcée par l'un des héros devrait d'ailleurs vous faire réfléchir : "Tu sais pourquoi il y a les plus belles filles en Suède ? Parce que les vikings ont enlevé et violé les plus belles femmes d'Europe." Il y a fort à parier que vous ne trouverez plus les Suédois aussi parfaits et bienveillants après Midsommar.

Pour l'incroyable Florence Pugh : c'est la révélation du film, celle qui incarne Dani, jeune femme en deuil après la disparition de sa famille et prise dans un couple qui bat de l'aile, fascine le drôle de clan qui organise cette grande fête pour le solstice, tout autant que les spectateurs. La conjugaison de son visage de poupée et l'intensité folle de son jeu en font un peu une actrice de la trempe d'Ellen Page.

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Parce qu'il contient 0% de jump scares : alors que la plupart des films qui font peur récents sont conçus comme des attractions de fêtes foraines, tout le génie de Midsommar est de vous faire glisser tout doucement du malaise à l'horreur totale dans un calme olympien. L'angoisse s'installera progressivement, au point de vous faire parfois exploser de rire face à autant d'étrangeté et de tension. Et ça, c'est la classe ultime, qui rapproche plus Midsommar d'un Shining que de Freddy contre Jason.

Pour la musique atrocement apaisante de The Haxan Cloak : aux antipodes des reprises creepy de tubes pop rock putassières et taillées pour les bandes-annonces, comme le Every Breathe You Take du Blair Witch de 2016 ou le Smells Like Teen Spirit dans The Gallows, Bobby Krlic a refusé de faire dans le ton sur ton et a choisi de mêler des sons orchestraux oniriques, allant puiser chez Disney ou les arrangements de Sinatra chez Capitol, et musiques cérémonielles. Le résultat, beau et doux, vous relaxera alors que vous assisterez à des scènes dérangeantes. Hautement perturbant et jouissif. 

Parce que c'est la preuve qu'on peut faire un chef-d'oeuvre de l'horreur qui se passe en plein jour : au lieu de jouer la facilité en recourant à la fascination enfantine pour l'obscurité, Midsommar est saturé de lumière, nous plongeant dans l'enfer des jours polaires durant lesquels le soleil ne se couche pratiquement pas. Un procédé qui rappelle le Insomnia de Christopher Nolan avec Al Pacino et Robin Williams (lui-même inspiré par l'oeuvre du Norvégien Erik Skjoldbjærg).

Parce que c'est le meilleur cours d'anthropologie du monde : si l'on suit un groupe d'étudiants en recherche de sujets de thèse, rien de barbant à l'horizon. Dans Midsommar, on vit de l'intérieur la force implacable des rituels, l'aliénation individuelle par le groupe, la régulation sociale des émotions ou la force des transes collectives. Voir ce film devrait donner une équivalence en licence de sciences sociales, au moins.

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Parce que ça vous apprendra à ne pas aller dans n'importe quel festival : Après les affaires Fyre Festival et Vestiville, il faut rester plus que jamais vigilant.  Encore mieux que Bernard de la Villardière à Tomorrowland, l'histoire de ce groupe d'amis qui se rend dans un festival traditionnel qui a lieu tous les 90 ans qui se transforme en supplice devrait refroidir quelque peu vos ardeurs d'aventuriers. D'ailleurs, il existe un véritable festoche appelé Midsommar qui n'a pas trop apprécié la mauvaise publicité.

Pour profiter de la grande gueule de Will Poulter :  Déjà vu dans Bandersnatch, l'épisode de Black Mirror où vous pouviez choisir les actions du personnage, dans l'incroyable Detroit de Kathryn Bigelow ou The Revenant, ce jeune espoir injecte de la drôlerie avec son rôle de balourd qui s'intègre aussi bien dans la communauté qui l'accueille que Mickaël Vendetta au Collège de France. Une tronche à suivre avec attention donc.

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Parce que vous serez soulagés d'être en vie : les 140 minutes de Midsommar une fois terminées, vous aurez l'impression d'avoir survécu à un effroyable cataclysme et de revoir le ciel comme si c'était la première fois. Une renaissance au prix d'une place de ciné, c'est un bien meilleur plan qu'un coach de vie ou un thérapeute, non ?

Parce que si vous aviez déjà vu Hérédité, vous étiez déjà foutu : si vous avez aimé le long métrage précédent d'Ari Aster, le réalisateur persiste et signe dans son entreprise de renouvellement du film d'horreur, ne s'enfermant pas dans les folklores monstrueux du cinéma de genre pour revenir à des thèmes universels : la famille, l'amour, l'amitié ou la vieillesse. Avec Midsommar, il passe encore un cap dans son style captivant, aux plans ultra-léchés, et épuré, qui reste dans la rétine. 

++ Midsmommar d'Ari Aster avec Florence Pugh, Jack Reynoret et Will Poulter sort ce mercredi 31 juillet. Plus d'infos ici