Votre première expérience de festival en tant que festivaliers ? Et votre première expérience de festival en tant qu’artistes ? 
Eurobelix : Bizarrement, j’avais jamais été dans un festival avant notre premier festival en tant qu’artistes…  Je crois que j’aime pas trop la foule.  Et notre premier festival, du coup, c’etait le festival Panoramas, celui de notre tourneur. Tout le monde était bien chaud alcoolisé, c’etait cool, on a rigolé avec plein de Bretons, et pour la première fois, on voyait les backstages avec d’autres artistes ; on a même pris une photo avec Method Man et Redman, c’etait la classe, il se changeaient devant nous, on a bien crâné en revenant. 
Martin Luther BB King : Le premier festival où je suis allé en «civil», c’était à Solidays il y a plus de quinze ans. Je crois que j’ai vu MC Solaar sur la grande scène, mais c’était il y a tellement longtemps que je ne sais pas si c’est vraiment arrivé ou si j’en ai rêvé. Et donc le premier festival dans lequel on a joué, c’était Panoramas à Morlaix comme l’évoque Eurobelix ci-dessus. Je tiens à préciser que j’étais sur la photo avec Method Man et Euro, mais pas David Boring. Du coup, il nous fait la tête depuis ce jour car sous ses airs débonnaires, il est très rancunier. 
David Boring : C’était pas vraiment un festival mais c’était Metallica en extérieur, genre à Vincennes. J’y étais allé avec mon meilleur pote et sa mère mais arrivés devant, sa mère a refusé qu’on entre car il y avait des mecs sur des toits de voitures qui buvaient d’la bière en montrant leur asticot.

Votre pire souvenir de festival en tant que festivaliers ?  
MLBBK : Faire la queue pour acheter une bière tiède et sans bulles puisque ça fait déja 15 minutes qu’elle a été tirée du fût. 
D. B. : Passer dans la tente protection civile du festival Panoramas, ça donne envie d’arrêter pas mal de trucs.

Votre pire souvenir de festival en tant qu’artistes ? 
E. : Je crois que c’est un festival organisé par une radio où on était arrivés à la bourre, et pendant les balances, j’étais tombé de scène dans un trou de 2m50 en arrière. Les gars de l’orga avaient l’air de trouver ça normal qu’il y ait un trou sur scène. Je me suis tapé des béquilles pendant tous les concerts de l’été. 
MLBBK : Sans hésiter, le camping à Glastonbury. Déjà que j’ai du mal à trouver le sommeil dans un lit normal, la proximité avec des festivaliers éméchés qui ont fêté la vie jusqu’a 5h du mat conjugué avec le soleil qui a fait son apparition deux heures après ont fait que je suis sorti de la tente pour aller traîner comme un zombie sur le site du festival complètement désert jusqu’à midi en attendant que la mort vienne me chercher.
D. B. : Le même festival, sauf que moi, pendant les balances, j’étais dans les loges dans un jacuzzi et j’essayais d’faire pote avec Joeystarr, donc j’ai bu beaucoup de rhum et j’tiens pas trop l’alcool. On a commencé le concert à 7 000 personnes. Cinq chansons plus tard, il ne restait qu’à peine 700 personnes, et le régisseur nous a dit d’arrêter le concert hyper-prématurement. 

Votre meilleur souvenir de festival en tant qu’artistes ?
E. : Sans aucun doute Les Vieilles Charrues il y a deux ans. On a joué sur la grosse scène devant 80 000 personnes au coucher du soleil, en Bretagne, où c’est un peu notre première terre d’accueil ; j’avais emmené mon petit frère dans le tourbus pour voir le bazar, tout le monde a fait notre choré bizarre sur  Live good qu’on avait inventée dans notre chambre de bonne il y a mille ans... En sortant de scène, j’avais les larmes aux yeux, et notre tourneur aussi, je crois qu’il a chialé.  
MLBBK : Pas mieux. En revanche je crois qu’Eurobelix est un tantinet marseillais concernant le décompte du public. Ce qui est sûr, c’est qu’il y en avait BEAUCOUP.  
D. B. : Le même qu'Eurobelix, sauf qu’il hallucine sur les 80 000 personnes - moi, on m’avait dit 35 000 et c’est déjà pas mal !

Votre meilleur souvenir de festival en tant que festivaliers ? 
MLBBK : L’année dernière, je suis retourné à Solidays, notamment pour voir Lysistrata et, pour la centième fois, The Kills. Et il se trouve que j’y ai rencontré une fille qui est aujourd’hui ma copine avec qui je partage une passion sans commune mesure pour le vin blanc, les huîtres et Limp Bizkit. 
D. B.  : Avoir vu Likke Ly au Canada, c’est la première fois que j’achetais un CD au merch’ direct apres le concert. Avoir vu The xx en 2009, qui jouaient juste avant nous sur une péniche pourrie à Brighton pendant le Great Escape, ils étaient encore 4. Et Beyoncé à Glastonbury, qui fait semblant de pleurer entre les morceaux.

Le festival où vous rêveriez de jouer ?
E. : N'importe quel gros festival au Japon, je serais chaud. Je suis sûr que tout y est méga-organisé, méga-propre, méga-bon, méga-tout. J'y suis allé en touristos et j'ai trop aimé le mélange de discipline et de folie.
MLBBK : Japon, je dis d’acc'. Je rajoute le Burning Man Festival. Pas sûr que notre style colle à la prog', mais en même temps, vu tout ce qu’ils se mettent dans le sang là-bas, je vois pas pourquoi il refuseraient une petite tranche de chaloupe pour l’apéro.  
D. B. : Coachella, quand j’vois les photos sur les réseaux, on dirait que tous les festivaliers sont des mannequins top models - et en France, la Route du Rock, ça a l’air cool mais ils n'ont jamais voulu de nous...  

Côté transports, vous êtes plutôt avion, train ou camionnette ?
E. : Ha, le train sans hésitation car je peux jouer à Starcraft 2. Mais on a beaucoup de matos donc on est obligés d’être en camionnette, ou parfois en tourbus - et ça c’est rigolo. En revanche, l’avion, non ; c’est trop compliqué, ça pollue et y'a trop de tralala.  
MLBBK : Le train à fond ! Je dois l’avouer, je suis accro au croque-monsieur de la SNCF. J’aimerais d’ailleurs que l’on rende ses lettres de noblesse à ce plat car c’est l’un des rares, si ce n’est le seul, qui est rechauffé dans un grill et non un micro-ondes - et ça, ça fait la diff'. 
D. B. : Quand on prend l’avion pour un concert, ça veut forcement dire qu’on va jouer à l’étranger donc ça m’excite a fond, mais bon, ça s’fait pas de dire qu’on aime l’avion, ça pollue trop. 

Comment occupez-vous votre temps dans les moyens de transport ? 
E. : En jouant à Starcraft 2, en faisant de la musique... Parfois, on regarde des séries aussi dans le camion, mais en fait, on s’endort tous plus ou moins. Avant on fumait beaucoup, mais ça nous a un peu passé. 
MLBBK : Je joue au tarot sur mon téléphone. Je tiens à signaler que j’ai la preuve irréfutable que l’ordinateur triche. 
D. B. : J’aime bien dormir ou parler.

Est-ce que vous avez déjà voyagé à côté d’un DJ ou d'un groupe que vous ne supportez pas ?
E. : Haha, oui - on partait jouer à Tahiti, et y'avait un groupe qui jouait avec nous là-bas qui est arrivé super bourré dans l’avion et qui commençait à faire les relous. Il se trouve que par hasard, dans l’avion, il y avait Adrien des BB Brunes et les gars du groupe, bourrés, qui ne faisaient qu’emmerder sa soeur. C’était tres gênant, ils sentaient fort le vin et leurs blagues étaient pas dingues. Finalement, à Tahiti, on est devenus potes avec eux, un peu. 
MLBBK : Non, jamais, car on est tous amis dans la musique, c’est bien connu. 

La chanson que vous jouez pour allumer le feu (R.I.P. Johnny) ?
E. : On a cette chanson qui s’appelle Live Good et qui est toujours cool à jouer au début d’un set, bonne ambiance. 
MLBBK: Cette question me fait penser qu’on n'a pas d’intro pour notre prochaine tournée, ce qui à chaque fois est toujours un peu une tannée à trouver.
D. B. : Parfois, on fait des DJ-sets, et à chaque set, je commence par One Night In Bangkok de Murray Head : y’a une longue intro qui m’permet de papoter, et ensuite, c’est de la bonne danse 80's.

Et pour terminer en beauté? 
E. : On joue notre titre en duo avec Izia, il y a des gens qui connaissent la chanson sans savoir que c’est nous. C’est à la fois assez gratifiant et assez humiliant. 
MLBBK : Moi, j’aime bien Jersey avec laquelle on conclut le set depuis maintenant deux tournées. Je prends des poses de guitariste de metal quand on la joue. J’aime bien. 
D. B. : Euro mytho ! On joue souvent Jersey, qui est un peu notre morceau survitaminé. 

Les pires toilettes de festival que vous n'ayez jamais vues ? 
E. : Sans aucun doute celles de Glastonbury, où l'on peut carrément parler de tranchées entières de... La légende veut qu’un gars se soit à moitié noyé dedans. 
MLBBK : Sans vouloir en rajouter, je tiens à mentionner les camions-citernes qui vidangeaient lesdites toilettes et qui circulaient peinards au milieu du public en laissant derrière eux un parfum très agréable sublimé par une météo chaude et sèche. 
D. B. : C’est vrai, elles sont horribles, c’est une sorte d’énorme cuve de 100m2 avec des vers dedans qui mangent les excréments, et c’est là-dedans qu’est tombé le mec, c’était un assistant de Boris Johnson. 

Vos trucs et astuces pour rester chic même dans le cadre d'un festival dans la boue ? 
E. : Je crois que ça sert à rien d’être chic dans un festival - justement, ce qui est marrant, c’est le côté un peu marathon crados. Si tu dois faire attention à tes affaires, t’as pas fini. 
MLBBK :  Pour garder ses souliers au sec, rien ne vaut l’indémodable sac poubelle 50L de chez Yohji Yamamoto. 
D. B. : À Glastonbury, on s’était confectionnés des bottes avec du scotch gaffer et des sacs poubelle, c'était pas dég'.

Votre pire souvenir de repas en festival ? 
E. : Il y a des festivals qui ne sont pas super organisés et méga-cheap que j’appelle les festivals de lutins, parce qu’ils sont cachés dans la forêt et que c’est souvent un peu celtique. Généralement, on te sert des trucs genre des oeufs durs et des pâtes trop cuites, et si tu gueules, tu passes pour une starlette. Bon, du coup on gueule pas et on se rattrape dans les bons festivals. 
MLBBK : J’aimerais passer un coup de gueule contre les lasagnes végétariennes ou au poisson : c’est comme la pizza au saumon ou les chips de betteraves. Il faut, à mon humble avis, respecter les traditions dans certains domaines. 
naive2Votre secret pour faire entrer de l’alcool en festival ? 
E. : Très bonne question. Sur notre rider (le truc où l'on demande ce qu’on veut dans les loges), la liste des alcools s’est allongée d’année en année - maintenant, je pense qu’il y a ce qu’il faut. Y'a même un truc qui fait souvent marrer les organisateurs : vodka les jours pairs, whisky les jours impairs. Bah oui, faut bien changer. 
MLBBK. : J’ai vu des gars vider des poches de compote souples et les remplir d’alcool pour les planquer un peu partout sous leurs vêtements afin de passer les palpations des vigiles, mais le plus simple pour faire rentrer de l’alcool dans un festival, c’est d’y jouer. Oui, je crâne.
D. B. : Le planquer à l’intérieur de son estomac.

Un souvenir d’hôtel à nous raconter ? 
E. : J’ai plutôt un souvenir de non-hôtel. Le jour de mon anniv' il y a quelques années, en hiver, on jouait en Angleterre et j’avais paumé la clef de la chambre dans laquelle je devais dormir avec David. On a dormi dans le camion en mode charclo alors que ça caillait bien et on n'osait pas allumer pour mettre le chauffage. Le lendemain, on s’est réveillés - et j’avais tout simplement la clef dans ma poche. 
MLBBK : Il y a dix ans, on a joué à Moscou pour une tentative d’exportation du festival des Transmusicales de Rennes en Russie. Le concert était nul, les Russes n’étaient pas prêts, et apparemment, il faisait trop froid car les rares spectateurs présents ne prenaient pas le risque de sortir leurs mains pour applaudir un peu entre les chansons. Un peu dépités, on est rentrés à l’hôtel où on a passé la seule soirée vraiment «rock'n’roll» de notre carrière. Mon avocat m’interdit de vous en dire plus mais si vous vous abonnez à notre compte Instagram, j’ai des photos. 
D. B. : Pour un mini-concert à Tahiti, on a été logés pendant 11 jours en pension complète à l’hôtel Méridien avec une piscine d’eau salée et du sable au fond. C’était pas dég'. 

Est-ce que vous êtes du genre à voler les couvertures et/ou les serviettes et/ou les savons ? 
MLBBK : Je suis définitivement un voleur de savon, mais 1) c’est pas du vol, c’est un cadeau, et 2) c’est pas pour les collectionner mais pour m’en servir - notamment dans les festivals où il n’y en a pas car j’aime avoir les mains propres avant de toucher ma guitare. 
D. B. : Globalement, j’aime pas trop jeter, alors je chope tout c'qu’il reste en loge : miel, choco, gâteaux... C’est notre premier régisseur qui nous disait que tous les groupes de reggae faisaient ça.
E. : Haha non, je ne vole pas les savons, je n’aime pas trop accumuler plein de petits trucs.

Porter une couronne de fleurs en festival : est-ce accepté ou interdit par la fédé ?  
E. : Couronne de fleurs totalement acceptée par la fedé, ainsi que tout accessoire qui peut permettre le bonheur de celui qui le porte.
MLBBK : Je n’ai rien contre les couronnes de fleurs. En revanche, je serai d’avis de brûler tous les sacs en paille. 

++ Les Naive New Beaters joueront au  Nancy Jazz Pulsations avec Metronomy et Catastrophe le 18 octobre prochain.
++ Leur nouvel album,
Fun Hours, sortira courant octobre.

Photos : Julot Bandit.