Alors, c’était comment ce concert à la Boule Noire ?
Donny Benét : 
C’était magnifique ! Le public français est vraiment mon audience préférée.

Tu sais que tous les artistes disent ça ? C’est uniquement pour nous flatter, avoue ?
(Rires) Non, je suis souvent venu ici, et je joue toujours devant un public jeune et prêt à s’amuser. C’est comme si j’animais une énorme soirée quand je donne un concert à Paris. C’est extrêmement plaisant.

C'est peut-être ta musique qui favorise ce genre de comportements, non ?
Sans doute, oui ! J'aime aborder ma musique comme quelque chose de marrant, avec beaucoup d'autodérision, quelque chose qui devrait autant au funk qu'au disco, à Prince et Giorgio Moroder qu'à Alan Vega ou Demi Roussos.

D'où le côté un peu romantique ?
Exactement !  C'est essentiel pour moi, j'ai besoin de composer une musique pour tous les romantiques de ce monde. N’étant pas une gravure de mode, c’est ma manière de me créer un personnage, de composer une musique à la fois sérieuse et exigeante, mais également amusante.

C’est vrai que j’ai l’impression que tu cherches à prouver, à travers ta musique, que l’on n’a pas nécessairement besoin d’être un dieu du surf pour pouvoir draguer les filles et se balader fièrement sur les plages australiennes…
C’est un peu ça, ouais ! (Rires) Disons que ça semblait tellement imprévisible que quelqu'un comme moi, avec mon embonpoint, mes cheveux dégarnis et mon âge, compose des chansons aussi sensuelles en Australie, que j'ai décidé d'exagérer un peu le personnage. Attention — j’essaye de faire attention à ce que je mange et je veille à courir de temps en temps, mais c’est clair que je ne suis pas un playboy aux yeux bleus. J’ai plutôt le look d'un mauvais acteur porno italien des années 1980.

Bon, puisqu’on parle de sexe, tu as une chanson favorite pour faire l’amour ?
(Éclats de rires) Il y en a tellement, mec. Tout dépend de l’humeur et de ce que tu souhaites faire. Ça peut être à la fois une relation sexuelle très douce, effectuée sur du Brian Eno ou de la pop japonaise, ou une relation plus languide, presque perverse, au rythme d’un bon Marvin Gaye ou d’une chanson de Prince. Ça dépend du mood

Mais toi, il y a un mood que tu préfères ? 
Comme je suis actuellement en tournée et extrêmement fatigué, je suis plus dans l’optique d’une relation sensuelle, presque lente, histoire de ne pas trop me fatiguer.

J’ai lu que tu considérais la basse comme l’instrument le plus sexy. Pourtant, on est bien d’accord que les bassistes sont souvent les moins désirés au sein d’un groupe ?
Certes, mais c’est totalement injuste. Le bassiste, c’est vraiment celui qui peut changer l’ambiance d’un morceau en quelques accords. D’ailleurs, tout le monde a en tête des lignes de basse hyper-célèbres, c’est même ce que l’on fredonne en premier. Le fait d’apprendre qu’on ne les désire qu'un peu, ça me rend triste pour tous les bassistes du monde entier…

Et si je te demande quelle ville est la plus romantique parmi toutes celles que tu as eu l’occasion de visiter (Rome, Londres, Lausanne, New-York, Sydney), tu vas me répondre Paris, j’imagine ?
Et comment ! On mange bien mieux à Paris qu’ailleurs dans le monde. Et ça, c’est parfait pour un rendez-vous romantique.

Justement, si tu avais trois conseils à donner aux gens pour devenir un romantique de ta trempe, ce serait quoi ?
Très simple ! Premièrement, il faut savoir bien cuisiner. Deuxièmement, il faut écouter la personne en permanence. Troisièmement, la complimenter constamment.

Revenons à ta musique puisqu'on est là pour ça avant tout. Par le passé, tu as donné quelques concerts à Las Vegas où tu reprenais des chansons de Tom Jones.
Parfois, quand tu es musicien, tu dois faire rentrer un peu d’argent. Là, c’est précisément ce que je faisais. Je n’étais pas ravi de produire de tels spectacles, mais ça m’a au moins permis d’être à l’aise sur scène le jour où j’ai donné mon premier concert en tant que «Donny Benét». Je n’avais pas le trac.

J’ai l’impression que tes morceaux sont toujours très optimistes. C’est le but ? 
Je n’aime pas m’ennuyer, donc j’imagine que composer des chansons légères est un moyen pour moi de m’amuser.

Dans ce cas, tu fais quoi quand tu te sens anxieux ? Tu composes ?
Non, je suis plutôt du genre à écouter d’autres musiques, justement. Genre de la musique minimaliste japonaise. Il n’y a rien de mieux à ce moment-là.
dondonTu as toujours été comme ça ? À jouer le personnage décalé ?
Non, à l’adolescence je ne cherchais qu’à manger et à jouer de la basse, c’était une période très compliquée... (Sourire)

Aujourd’hui, en revanche, tu fais presque partie d’une scène en Australie, dans le sens où, avec Kirin J Callinan et Alex Cameron, vous décomplexez complètement la pop music… 
Même si l’Australie est un énorme pays, ça reste un petit endroit pour la musique. Avec, d’un côté, les artistes qui se prennent au sérieux et, de l’autre, ceux qui osent la dérision. Mais tout le monde se rencontre sans arrêt, de toute façon. Avec Kirin, par exemple, on s’est connus à travers le groupe de Jack Ladder, au sein duquel on jouait tous les deux et avec lequel on a pas mal tourné.

Tu penses que le fait de vivre en Australie a influencé ton approche de la musique ?
Ce qui est sûr, c’est que le fait d’être en quelque sorte isolé du reste du monde nous permet d’envisager la musique autrement, plus librement et de façon peut-être plus décalée. Par exemple, je ne cherche pas à ajouter tout un tas de couches ou de textures à mes morceaux, je cherche juste la bonne tonalité.

Et il n’y a rien d’intéressant en Australie actuellement pour que tu puises autant ton inspiration dans les années 1980 ?
Je sais que tout le monde ne partage pas le même avis que moi, mais il faut quand même se rendre compte à quel point les musiciens de studio étaient excellents à l'époque. Il suffit de réécouter les albums de Toto pour ça... Il y avait aussi l'arrivée des claviers MIDI et des boîtes à rythmes, ce qui a permis aux musiciens de séquencer la musique, mais aussi de composer autrement et de proposer des musiques mieux produites. Mais bon, ce que j'aime le plus, c'est surtout le côté flamboyant et décadent de ces années-là. J’ai grandi dans les années 1990, mes albums préférés sont probablement issus de cette décennie, mais j’ai longtemps trouvé qu'il y avait plus de folie dans la musique des années 1980 que dans des titres comme Smells Like Teen Spirit, un titre que tout le monde jouait à l'école... Aujourd'hui, j'aime cette simplicité, mais comme j'ai grandi avec les vieux disques de soul et d'Elvis de mon père, je pense que ça a façonné en moi un goût pour l'extravagance.

Si je comprends bien, le fait d’être kitsch ne te dérange pas ?
Non, au contraire, c’est une bonne chose. Il y a tellement d’artistes aujourd’hui, tellement de musiciens qui proposent le même univers, qu’arriver avec une proposition différente ne peut qu’être bénéfique.
donny_benet_H_0817.e762487bd4589fc04ea7c5d2f56b6d77Tu trouves que les musiciens sont trop sérieux aujourd’hui ?
J’ai plutôt tendance à ne pas comprendre le sérieux avec lequel de jeunes musiciens débarquent dans la musique… Pour le reste, chacun fait ce qu’il veut. Les deux approches sont nécessaires. C’est comme pour la bouffe, finalement : on ne peut pas se contenter d’un dîner guindé tous les soirs, il faut aussi parfois se détendre autour d’un repas un peu plus gras et convivial.

C’est comme ça que tu vois ton dernier album, The Don — comme un disque gras et convivial ?
Je le vois comme un heureux accident, à l’image de Konichiwa, qui est né très rapidement. C’est un disque qui devrait permettre aux gens d’être plus joyeux. Surtout, c’est probablement mon disque le mieux produit, donc je me refuse de le définir comme «gras» ! (Rires)

Et pourquoi t’es-tu défini ainsi, «The Don» ?
À la base, c’était une blague de mes potes. Ils me surnommaient comme ça et, comme je n’arrivais pas à trouver un titre à ce disque, je me suis dit : «Fuck It, je vais l’appeler The Don». C’est une sorte d’hommage à mes origines italiennes, à mon côté godfather. (Rires)

++ Le compte Bandcamp de Donny Benét.