La pochette de This Is Not A Safe Place me fait penser à celle de Nowhere, votre premier album (1990). Ça ne vous gêne pas de jouer la carte de la nostalgie ?
Andy Bell (Ride) : Pour tout dire, la photo a été l'une des rares options proposées par Undercard, et, même si nous avons tous aimé la façon dont la pochette pouvait éventuellement faire référence à Nowhere, je ne pense que le clin d’œil était intentionnel. Au début, Undercard insistait même pour une autre image, mais le visuel retenu nous a tout de suite plu, avec notamment ce bras au premier plan qui fait que l'on se demande ce qu'il se passe. On voyait bien la similitude avec la pochette de Nowhere, mais on a surtout utilisé cette image malgré la référence, pas à cause de celle-ci.

Du coup, c’est la deuxième fois que l’on voit l’océan sur vos pochettes, sans parler de tous ces titres où vous parlez de soleil et de nuages. Vous êtes des amoureux de la nature, en fait ?
Les océans, le soleil, les nuages, la nature : cela fait partie de notre vocabulaire, ce sont des mots que l’on a souvent utilisés dans nos paroles. D’ailleurs, j’aimerais, un jour, voir un nuage de mots avec toutes les paroles de Ride dedans. 

Tu te vois comme un militant écologique ?
Pas du tout, c’est juste que je commence à prendre conscience de certaines choses. Lentement…

Comment expliques-tu que ça t’ait pris autant de temps pour t’intéresser aux problèmes environnementaux ? C’est si difficile que ça de changer de mode de vie ?
Disons que tout se fait de façon graduelle, comme s'il me fallait du temps pour comprendre à quel point le problème est grave. Désormais, il ne s'agit plus simplement de recycler et de mener tranquillement sa vie à côté. C'est toute notre façon de vivre qui doit changer. Le problème, c'est que mon cerveau ne sait pas quoi faire avec toutes ces informations, alors, comme beaucoup de gens actuellement, je me contente de recycler et d'acheter principalement du vintage.
nouvelalbumrideLa pochette du nouvel album de Ride. 

Si l'on écoute bien This Is Not A Safe Place, on se rend compte que la formule n’est pas totalement différente de celle proposée sur Weather Diaries. C’est voulu ou c’est par fainéantise ?
Il faut savoir que l’on n’a aucunement envie de se répéter, mais que l’on évite aussi de passer trop vite d’un son à un autre. C’était le problème dans les années 90 : on a trop changé et trop tôt. Avec ce nouvel album, on souhaitait évoluer tranquillement, insérer de nouvelles idées, sans être en rupture avec ce que l’on proposait sur Weather Diaries. Et c’est très bien ainsi. 

En gros, ça veut dire que vous avez conscience d’avoir commis quelques erreurs par le passé ?
Je ne pense pas que notre troisième et notre quatrième album apportent grand-chose à notre discographie... On voulait éviter de nous répéter, mais on aurait dû faire en sorte de rester musicalement assez proche de ce que l'on faisait malgré tout. Pas grave : la vie est un processus et les échecs sont probablement les moments où l'on apprend le plus.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait une petite influence psyché dans la musique de Ride. Ça ne t’a jamais gêné de puiser ton inspiration dans la musique du passé ?
Tu sais, quand j’ai commencé à composer, c’était en référence à la musique des années 1960, que j’appréciais beaucoup. Le psychédélisme, finalement, c’est un thème qui traverse presque toute la musique que j’aime, c’est profondément inscrit dans mes goûts, il est donc logique que ça finisse par se répercuter dans mes compositions. Cela dit, je tiens à dire que je n’écoute plus trop de musique des années 1960 à présent.

Tu te souviens du premier morceau ou du premier album qui t’a ouvert à ce courant musical ?
C’était Tomorrow Never Knows des Beatles. J'avais environ 13 ans quand je l'ai entendu et, jusqu'à ce moment-là, je n'avais entendu que de la musique vouée à divertir. Là, c'était la première fois que j'entendais une chanson qui ressemblait davantage à une véritable quête spirituelle, ce qui correspondait pas mal à mes envies. Cette découverte, ça a donc été un moment charnière dans ma vie.
andybellAndy Bell dans ses jeunes années. 

Là, pourquoi avoir nommé le premier titre de l’album R.I.D.E ? C’est parce que vous êtes un peu mégalo ?
Disons simplement que c’est notre morceau d’arrivée sur scène, c’est notre thème. D’où le titre, finalement.

Un autre de vos nouveaux morceaux s’appelle Fifteen Minutes. En général, vous faites quoi en quinze minutes ?
Dormir ! Je suis vraiment très doué pour faire des micros-siestes. L’astuce, c’est de prendre un expresso avant d’aller dormir, de régler l’alarme et là, boum : quinze minutes de repos et on se sent beaucoup mieux. C’est peut-être une question d’âge, mais je pense que c’est surtout grâce aux nombreux décalages horaires auxquels je me confronte depuis des années.

Tu ne fais tout de même pas partie de ces artistes qui, alors que tout le monde les jalouse, se plaignent de leur train de vie ?
Non, au contraire, j’ai parfaitement conscience d’être très chanceux, donc comment pourrais-je m’en plaindre ?

Avec Ride, vous avez l’image d’un groupe sérieux, assez célèbre dans le monde de l’indie rock mais finalement peu connu en dehors de cette niche. Ça vous arrive quand même d’écouter de la musique mainstream ? Par exemple, vous êtes plus dans la team de Rihanna ou dans celle de Beyoncé ?
Beyoncé est une excellente danseuse, mais Rihanna propose une meilleure musique. En tout cas, je n’ai pas de morceaux de Beyoncé chez moi, alors que j’en ai un tas de Rihanna. Elle correspond davantage à mes goûts. Et puis j’ai aimé la façon dont elle s’est appropriée un morceau de Tame Impala.

Contrairement à vos débuts, l’indie rock semble plus confidentiel aujourd’hui alors que le hip-hop domine tous les classements. Vous avez l’impression de jouer une musique obsolète ?
Pas du tout. L’indie rock est vivant et bien vivant à travers la musique d’un tas de très bons groupes. Il ne faut pas oublier que, quand j’ai commencé à écouter les Beatles, c’était seulement quinze ans après la sortie de leurs albums, mais ils passaient déjà pour des anciens eux aussi.

La musique de Ride a été utilisée dans un paquet de séries, comme Everything Sucks !, Sorry Angel or Lovesick. Pas vraiment des chefs-d’œuvre, donc… Tu as regardé ces séries ?
Non, du tout ! Dernièrement, je me suis contenté de Russian Doll et de Breaking Bad, probablement la dernière série décente.

Ah ouais ? Ça veut dire que tu n’as pas regardé Game Of Thrones ?
Il faut savoir que Breaking Bad est ma série préférée de tous les temps. Cette histoire, portée par tous ces personnages, c’est excellent ! Quant à GoT, je n’ai jamais regardé… Mais ça ne m’empêche pas d’être enthousiaste vis-à-vis d’autres séries. Par exemple, au moment où j’ai vu Russian Doll dans le menu Netflix, je savais que j’allais être dedans, uniquement grâce au synopsis. Je me suis dit que ça pourrait être cool, même si je ne savais rien de la série. Alors, j’ai lancé le premier épisode, et j’ai tout de suite aimé l’humour, le personnage de Natasha Lyonne, l’histoire, etc. Reste à voir ce qu’ils en feront dans la deuxième saison.

Je sais que tu ne vis plus à Oxford depuis la fin des années 1990. C’était inévitable de quitter ta ville natale une fois le succès arrivé ? 
Je suis avant tout parti parce que l'industrie musicale commençait à me rendre fou et parce que ma première femme, suédoise, avait le mal du pays. À cette époque, j'avais envie de quitter le monde de la musique, ce que j'ai fait pendant quelques mois... Alors, j'ai tourné le dos à beaucoup de choses, y compris à Oxford. Mais j'y reviens pas mal ces derniers temps, notamment pour voir mes parents et d'autres membres de Ride, qui y vivent toujours. C’est une très bonne ville.

++ Le nouvel album de Ride, This Is Not A Safe Place, est disponible partout.