MARÍA JOSÉ LLERGO
L’été n’est pas encore fini : il est donc toujours temps de se prendre en pleine face la puissance musicale d’une artiste latine dont les morceaux sont voués à rapprocher les corps et susciter de nouvelles romances.
À quoi ça ressemble ? Si les comparaisons avec Rosalia sont évidentes, c’est davantage du blues que l’on rapprochera María José Llergo. Parce qu’elle a appris le flamenco en écoutant son grand-père en chanter dans les champs d’olives et parce qu’elle prétend que «le blues est le flamenco noir. La Niña de los Peines est notre Billie Holiday». Voilà, c’est dit.
Potentiel de séduction : Entre une signature chez Sony, un nouvel album en préparation avec Lost Twin et $kyhook (producteur barcelonais ayant déjà œuvré pour Bad Gyal et Yung Beef) et un EP 7-titres à paraître ce mois-ci, María José Llergo a déjà tous les arguments pour faire la nique aux réacs du flamenco, ceux qui croient encore que le futur de cette musique est hier.

BALTRA
À New-York, on s'y connaît en extase et en débauche - ce sont même probablement des sensations recherchées dans chacun des clubs branchés de la ville. Forcément, Michael Baltra ne pouvait y échapper, et semble dédier sa minimale, perpétuellement alimentée d’influences venues de la drum’n’bass ou de l’ambient, à ces plaisirs salvateurs, euphoriques, à expérimenter de préférence avec un petit cachet en bouche.
À quoi ça ne ressemble pas ? Dernièrement, Baltra a publié deux singles aux côtés de Park Hye-jin, DJette sud-coréenne dont il serait en quelque sorte la face B, le dark side : à elle l'optimisme et l’extase, à lui la débandade et la débauche.
Potentiel de séduction : Pour définir son premier album (Ted), Baltra parle d'une «capsule temporelle d'expression». C'est à la fois perché et complètement sensé à l'écoute de ces plages électroniques que l'on passe pour se sentir hors du temps.

SARATHY KORWAR
Pendant que J.-P. Pernault occupe la rentrée avec de sympathiques reportages sur le poids des cartables dans nos charmantes campagnes, le monde, lui, ne cesse de bouger et de croiser les cultures. La preuve avec Sarathy Korwar, né aux États-Unis de parents indiens qui, après une enfance passée en Inde, a fini par s'installer à Londres en 2009 et contribue désormais au renouveau de la scène jazz locale. En collaborant avec la figure tutélaire du jazz anglais actuel (Shabaka Hutchings), et en sortant également ses propres albums, parfois publiés chez Ninja Tune (Day To Day), d'autres fois enregistrés auprès de MC's issus des scènes hip-hop de Mumbai ou New Delhi.
À quoi ça ressemble ? Le temps d'un album live (My East Is Your West, enregistré avec dix musiciens de l’Upaj Collective), Sarathy Korwar revisite les standards spirituels de Pharoah Sanders, Ravi Shankar, Don Cherry ou Alice Coltrane. Et c'est vrai qu'il y a un peu de ces artistes chez le néo-Londonien, dont les morceaux donnent l’impression d’avoir été composés en liberté, à l’abris des tracas du monde urbain.
Potentiel de séduction : Dans une industrie culturelle où le storytelling prend parfois le pas sur la musique, Sarathy Korwar peut se réjouir : il a non seulement un parcours à ravir n’importe quel journaliste en quête d’histoires fortes, mais aussi une musique fascinante, capable de transformer un hyperactif en légume bienheureux à force d’incantations mystiques.

SERIOUS KLEIN
Allemand d'origine ghanéenne, Serious Klein a pris le parti de rapper en anglais. Dans l'idée de toucher le plus de monde possible, forcément. Et ce ne serait que justice pour ses morceaux exigeants, techniques (il parle même d'«art-trap») et pourtant percutants d’efficacité – sur Voodoo Money, le MC s’est même entouré de Rancal, collaborateur de Chance The Rapper.
À quoi ça ressemble ? Dans une petite bio sur sa page Facebook, Kelvin Boakye indique qu'il est influencé aussi bien par la soul et le funk que par des artistes comme 2Pac et Luther Vandross. Merci, on n'est pas sourds.
Potentiel de séduction : À défaut d’être trop dithyrambique, disons simplement que l’on serait prêt à vendre femme et enfants pour financer la carrière de Serious Klein.

HATIK
Incroyable de voir à quel point la scène rap en France se défie, se répond, collabore et évolue. Incroyable, par conséquent, de constater à quel point elle échappe à la sclérose et aux petites habitudes au contact de nouveaux rappeurs toujours plus impertinents. En parallèle à ses différents projets de freestyle (Chaise pliante, #ProjetBerlin), Hatik, par exemple, séduit par sa nervosité, son flow rugueux et son sens de la punchline qui kicke : «J’ai fait plus de khaliss hier que t’en feras dans toute l’année / Pendant qu’tu patrouilles pense bien à ta femme qui s’fait soulever par des cailles-ra toute la nuit».
À quoi ça ne ressemble pas ? Le mec a beau avoir posé à ses débuts sur un titre de Disiz et Youssoupha (La promesse), opté pour une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de Sofiane et MHD (pour le côté freestyle) et avoir la même coupe que Moha La Squale, c'est bien sa personnalité qui ressort à l’écoute de ses morceaux, presque systématiquement violents mais finalement plus finauds que grossiers.
Potentiel de séduction : D’ici quelques mois, Hatik figurera au casting de Validé, la série sur le rap français signée Canal+. En attendant, une mixtape vient de paraître (Chaise pliante), et c’est le microcosme hip-hop hexagonal qui se met à la valider. À commencer par Lucio Bukowski qui est allé de son petit post à son sujet : «Dans cette école, Hatik nique le reste». D'accord alors.

SORRY GIRLS
Arbutus Records, c’est le label montréalais à qui l’on doit la découverte de quelques compagnons fidèles depuis le début des années 2010 : Grimes, Tops, Sean Nicholas Savage ou encore Blue Hawaii. À ces délices pop, il convient désormais d’ajouter Sorry Girls, duo mixte (Heather Foster Kirkpatrick au chant, Dylan Konrad Obront à la production) visiblement passionné d'électro-pop, tendance 80's.
À quoi ça ressemble ? Sous leurs airs innocents et romantiques, les singles de Sorry Girls (Easier et One That You Want) déploient quelque chose de très référencé, quelque chose qui doit autant à la B.O. d'un teen-movie qu'à la grâce d'une Kate Bush. Soit le parfait mélange entre la fragilité d’une petite fille et la maîtrise d’une grande musicienne.
Potentiel de séduction : Le premier album de Sorry Girls, Deborah, devrait paraître le 18 octobre prochain, et est produit par David Carrière, membre de Tops. Le reste, comme on dit, appartient à l’Histoire.

CORRIDOR
Allez, on reste au Québec et on file écouter Corridor, la première signature francophone du label Sub Pop. Voilà pour l'accroche marketing. Place maintenant à ce rock, que le quatuor envisage selon un schéma traditionnel : deux chanteurs/guitaristes, un bassiste et une batterie. La formule est simple, intemporelle, et elle permet aux Montréalais de mettre les pieds dans le plat. Et ils chaussent large.
À quoi ça ne ressemble pas ? Sur Electric Guitar, les Talking Heads chantaient : «Someone controls electric guitar». On est donc ravi d'apprendre que l'inverse est également possible, que les guitares peuvent elles aussi échapper à tout contrôle, comme sur ce rock bilingue, privé de décorum mais généreux en flamboyance tout de même.
Potentiel de séduction : Les ultimes morceaux du nouvel album de Corridor se nomment Pow et Bang. Une façon de dire que l’on a ici affaire à de francs-tireurs prêts à défourailler l'indie-rock avec un sens de la beauté mélodique qui aurait pu faire rêver autrefois les gars de Sarah Records.

CRACK CLOUD
Les mecs de Crack Cloud viennent eux aussi du Canada, mais promis, on n'a reçu aucune subvention d'une quelconque institution québécoise pour assurer cette rubrique. Il faut simplement croire que quelque chose se passe actuellement dans le grand nord blanc, et que ce collectif a tout pour en profiter. Ce ne serait d’ailleurs que justice pour ces ex-junkies, qui utilisent désormais l'art pour sauver leur âme. À titre d'exemple, The Next Fix est un hommage à leurs potes suicidés ou décédés d'une overdose.
À quoi ça ressemble ? À la manière de The Fall, le premier album éponyme de Crack Cloud fait partie de ces œuvres qui se nourrissent d’histoires contemporaines pour mieux les vomir à la face du monde. À l’écoute de leur dernier single (The Next Fix, donc), c’est davantage à ESG que l’on pense, notamment pour cette façon de détourner les techniques de productions des musiques électroniques au bénéfice d’un post-punk ravageur.
Potentiel de séduction : Un conseil : n’ayez pas peur de ces mélodies schizophrènes, de ce groove et de ce chant hargneux, les morceaux de Crack Cloud ont également cette nonchalance élégante, celle qui donne envie de claquer du pied en dansant frénétiquement autour d’une pinte de bière. Et cette sauvagerie, autant le dire, est contagieuse.

PHOEBE GREEN
Plus tôt cette année, Phoebe Green publiait Dreaming Of, un titre où elle annonçait son refus de se conformer aux dogmes dominants, et se voyait illico relayée par Billie Eilish. Aujourd'hui, la Mancunienne, 21 ans, signée chez Chess Records (Wolf Alice, MØ), s'offre même un tube : Easy Peeler, tout en démesure et refrains accrocheurs.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Tyler, The Creator, dont elle admire l’aisance à créer une cohérence entre ses morceaux, ses clips et ses visuels.
Potentiel de séduction : Peu de singles pour le moment, et pas nécessairement de signes qui témoignent de l’arrivée d’un EP ou d’un album prochainement. Reste que Phoebe Green intrigue, et que sa musique est très nettement conseillée avant d’aller dormir. Si vous préférez les rêves aux cauchemars, bien sûr.


TRIBADE
Depuis Barcelone, ce trio de rap féminin entonne son divorce avec la société espagnole à travers des pamphlets contestataires - ça attaque la religion et l'hypocrisie de la bourgeoisie, ça milite pour la cause LGBT et les plus démunis. Mais tout cela ne serait qu’une messe révolutionnaire menée en studio si elle n’était pas accompagnée d’actes réels dans les rues espagnoles et d’un environnement sonore extrêmement riche (flamenco, soul et reggaeton), hétéroclite, apte à faire saigner du nez les adeptes des chapelles. 
À quoi ça ressemble ? À Ira, à La Reina Del Brillo et à ces dizaines d’autres rappeuses qui investissent la rue et les studios espagnols ces derniers mois avec la volonté ferme de ne pas se contenter de grands discours : c'est un nouvel ordre musical, loin des obsessions mercantiles et rutilantes d'un certain nombre de rappeurs, qu'elles proposent également.
Potentiel de séduction : En espagnol, Tribade signifie «Tribu», et c'est exactement ce que Bittah, Masiva Lulla et Sombra Alor sont en train de se constituer : une véritable communauté, affranchies et revendicatives, aptes à faire des couplets de ces trois comparses de futurs hymnes hargneux et urgents.