O’Neill a commencé son enquête sur Manson il y a 20 ans alors qu’il devait écrire un article pour un magazine de ciné. Finalement, l’article n’est jamais sorti mais il s’est lancé dans une longue recherche sur le tueur. Comment un petit délinquant peu instruit a-t-il acquis les connaissances nécessaires pour laver le cerveau de ses disciples ? Selon lui, la réponse se cache peut-être dans des labos secrets de la CIA.

Des soins gratuits pour les beatniks qui font des badtrips 
En 1967, Manson sort de la prison Terminal Island à Los Angeles, où il a été enfermé pour une histoire de voiture volée. Sauf autorisation, il n'a pas le droit de quitter LA sous peine de réclusion automatique en prison. Mais il viole immédiatement sa liberté conditionnelle pour se rendre à San Francisco. Bizarrement, la bureaucratie policière de LA ne bronche pas trop et transfère tranquillement son cas à Roger Smith, un agent de libération conditionnelle et criminologue spécialisé les comportements collectifs et la drogue. 

A côté de son travail d’agent de probation, Smith dirige une étude sur les amphétamines et leur rôle dans le comportement violent des hippies de Haight-Ashbury. L’étude a été financée par l’Institut national de la santé mentale, qui a ensuite reconnu qu’il s’était laissé utiliser par la CIA pour mener des expériences de manipulation mentale dans les années 1960. Le chercheur mène son projet à la clinique médicale gratuite Haight-Ashbury (HAFMC), ouverte en juin 1967. Entièrement composée de volontaires et non autorisée par le service de santé de la ville, elle traite des centaines de patients par jour, offrant des soins gratuits pour les beatniks qui font des badtrips ou qui ont choppé des MST - autant dire qu’ils sont nombreux.

familyLa Manson Family dans Once Upon A Time in Hollywood de Tarantino

Smith passe tellement de temps à la clinique qu’il prend ses rendez-vous avec Manson dans les quatre murs de l’établissement de santé à la place du bureau de libération conditionnelle. Cela arrange tout le monde : le gourou et sa famille ont choppé la gonorrhé à cette époque, et ils peuvent être traités gratuitement là-bas. Entre ses visites à Smith et les soins qu’il prenait, Manson vient presque tous les jours au HAFMC.

Hypnose et LSD
Un des chercheurs de la clinique est le Dr Louis Jolyon “Jolly” West, qui a des liens clairs avec la CIA. Il a participé au programme MK-Ultra de l'agence, utilisant des drogues et de l'hypnose pour mener des expériences de contrôle du comportement par le biais du LSD. Le but de ces expériences  ? Essayer de soutirer des informations à des sujets contre leur volonté par le biais de la drogue et de l’hypnose, mais aussi affiner des techniques permettant d'implanter de fausses informations chez des sujets particuliers. Bref, un joyeux programme.

West est arrivé à Haight Ashbury en 1966 pour étudier les effets du LSD sur les hippies, et a accepté un taff au HAFMC pour recruter des sujets pour ses recherches. Il a monté un laboratoire secret dans une ruine victorienne de San Francisco, à laquelle il a donné l’apparence d’un squat hippie. Il y a installé 6 étudiants, en leur demandant de s’habiller en pattes d’eph’ et en veste à franges afin d’attirer la jeunesse bohème du coin. Les passants sont invités à passer autant de temps qu’ils le souhaitent dans la maison. Durant ce temps, les étudiants prennent des notes sur leur comportement pour les faire remonter à West. Le projet a été financé par un fond de la CIA, qui a déjà financé des expériences de « mind control ».

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La Manson Family dans Once Upon A Time in Hollywood de Tarantino

Pourquoi les agents chargés de la liberté conditionnelle de Manson, demande O'Neill, ont-ils été si laxistes avec lui ? Est-il possible que le hippie ait été le cobaye d’une expérience menée par Smith et West dans le cadre d'expériences de contrôle de l’esprit ? Pourrait-il avoir utilisé les mêmes méthodes de brainwashing que celles que la CIA avaient utilisé sur lui afin de transformer ses disciples en zombies ? O’Neill défend l’idée selon laquelle Manson aurait réussi à atteindre l’un des objectifs du MK-Ultra : manipuler ses disciples grâce au LSD. Durant son enquête, il a retrouvé la trace d’un hypnotiseur nommé William Deanyer, qui aurait appris l'hypnose dans la Marine avant de l'enseigner à Manson. 

Cela vous paraît douteux ? Disons le tout net : O’Neill n’a jamais réussi à boucler son investigation. De nombreux faits qu’il relate ne sont pas ouvertement reliés et certaines de ses thèses paraissent franchement extravagantes, tant et si bien qu’on peut légitimement se demander s’il n'est pas lui-même devenu un brin parano. Mais c'est peut-être justement pour cette raison que ses textes rendent si bien l'ambiance de cette époque hallucinée que fut la fin des 60's.

++ Vous pouvez commander Chaos: Charles Manson, the CIA and the Secret History of the Sixties de Tom O’Neill et Dan Piepenbring (éditions William Heinemann) ici.