LES CROCODILES SONT TOUJOURS LA_C_300-page-001L’indispensable
Le projet a vu ses balbutiements sur internet. Balbutiements vites devenus rugissements. Ne cherchez pas, si vous tapez «les crocodiles» sur Google, on vous parlera de comptine. Mais ici, les crocodiles ne sont pas partis «sur les bords du Nil, n’en parlons plus». Au contraire, ils sont toujours là et bien là, ces prédateurs sexuels. Les crocos, ce sont les hommes, les représentants de la caste des «pisse-debout». Tous. Oui, le livre ne fait pas trop dans la nuance. Ne vous offusquez pas messieurs et lisez d’abord la BD. Vous vous y verrez immanquablement. Pas chez le violeur (si c’est le cas, vous pouvez quitter Brain, on s’en sortira sans vous), mais chez le représentant inconscient du patriarcat. Une suite de scène vraies du (malheureusement) quotidien. Parfois dramatiques, souvent anodines. Comme un drap lourd et humide posé en permanence sur la vie des femmes. Tout y passe : la rue, le boulot, la difficulté de porter plainte… La domination masculine fait partie du système.LES CROCODILES SONT TOUJOURS LA_P147_300-page-001Elle est la première inégalité. Celle qui frappe une personne sur deux sur Terre. Quand allons-nous comprendre que le genre est la différenciation initiale ? Celle d’Adam et Ève. Celle qu’on ne peut nier. Celle qui nous définit. Instaurer l’égalité des sexes, et alors, peut-être, que la domination de l’homme sur la nature, du riche sur le pauvre, du vieux sur le jeune… peut-être que ces inégalités-là mourront d’elles-mêmes. En attendant, on peut aussi lire Les crocodiles et arrêter d’emmerder sa moitié parce qu’elle passe du temps dans la salle de bain. Parce que, elle, elle ne doit pas avoir l’air coincée, mais pas pute, attrayante mais pas allumeuse. Parce que, elle, elle vit avec le regard du monde en permanence sur son dos.

Les crocodiles sont toujours là, de Juliette Boutant et Thomas Mathieu, éd. Casterman, 177 p., 19,50 €

coverfleh (1)L’œuvre d’art 
Yann Legendre est graphiste. Et l’esthétique de son livre dépasse de loin tout ce qu’on a pu voir depuis des mois. Le genre de livre que tu poses de face dans ta bibliothèque pour profiter de la couverture comme d’une décoration. Un trip que l’on nommerait post-futuriste ou post-punk, un quelque chose de Blade Runner à l’ère du digital. Du noir et blanc à la géométrie très appuyée. Soit, le parfait cocktail pour se retrouver avec des pages figées. Sauf que là, non. FLESH EMPIRE_P025_300-page-001
Du mouvement. Des émotions. Un petit miracle de transmettre autant avec un graphisme aussi (faussement) épuré. Et puis, quand même, parlons de l’histoire. Une crise politique dans une société humanoïde qui découvre, en loucedé, la chair. Et donc les sensations. On n’en dira pas beaucoup plus, mais Yann Legendre livre une cosmogonie qui vaut bien tous les mythes ancestraux.


Flesh Empire, de Yann Legendre, éd. Casterman, 128 p., 19 €  
COUV HD DEFINITIVE BACON GRAPHIQUE (3)
Le biographique
Disons le tout de go, ce livre n’est pas fait pour les immenses fans de Bacon. Vous n’y apprendrez rien. En 122 pages, on ne peut que résumer la vie d’un génie. Mais quel résumé ! Pour ceux qui ne sont pas familiers de la vie de l’Irlandais, il y a de quoi prendre un billet immédiat pour Dublin et aller visiter son atelier. Ses frasques amoureuses. Son errance entre extrême sociabilité et solitude permanente. L’obsession de notre finitude. David Cronenberg affirme que «c’est étrange que je puisse reconnaître le visage de la femme que j’aime, mais pas son foie, son poumon ou sa rate». Merde, qu’est-ce qu’on aurait aimé une conversation Bacon-Cronenberg.

Francis Bacon, la violence d’une rose,
de Cristina Portolano, éd. Chêne, 122 p., 19,90 € 
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L’OVNI 
On ne sait pas quelle drogue prend le Belge, mais on veut la même. L’ancien de Fluide Glacial est un habitué des récits mythologiques. En 1995, Styx était déjà un bijou du genre. Mais là, Foerster va plus loin. Très loin même. Perché le mec. Dans une après-vie exotique (mais bien réelle), on suit les tribulations d’un aventurier post mortem qui n’est autre que Jean-Paul Sartre. Un existentialiste parlant depuis les morts, le paradoxe allèche déjà. Haute_008 UN AIR DE GRAVITE-page-001Au milieu de ce chaos, il tente de donner du sens et de la logique à son univers, confrontant ses idées à celles de Nietzsche, entre autres. Entrecoupant son récit de digressions comme autant de contes philosophiques qui collent aux neurones, comme une huile bouillante qui ne voudrait pas quitter votre épiderme mourant.

Un air de gravité, de Foerster, éd. Glénat, 109 p., 22 €
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L’abonnement
C’est vrai, on a triché un peu là. La revue dessinée n’est pas une BD à proprement parler mais un magazine. Sauf qu’on voulait absolument en parler. Brain s’est souvent fait l’écho d’excellentes BD mettant en images des enquêtes complexes, comme l’excellent Sarkozy, Kadhafi, des billets et des bombes. Lire La revue dessinée, c’est comme lire le Monde diplo sans perdre trois dixièmes à chaque œil. Des enquêtes abouties, sidérantes, qui s’engloutissent aussi facilement qu’un McDo un lendemain de cuite. Et ne pensez pas un instant qu’il s’agit là d’un bon moyen d’initier les plus jeunes à l’actualité.
57-page-001Loin de là. Le public est bien adulte. Mais la formule est idéale. Des images pour vraiment comprendre l’existence d’un migrant au-delà des mots, par exemple. Mais pas l’omniprésence de l’image hypnotisante de la télé. Une compréhension facilitée, mais pas au point de rendre le public passif et donc, à terme, con. On vous conseille tout particulièrement le reportage sur la vie du lanceur d’alerte, le père Pierre Vignon, qui a dénoncé des actes de pédophilie commis par ses pairs.


La revue dessinée, d’Amélie Mougey, trimestriel, 16 €