Ça se binge : Peaky Blinders
Le virage politique amorcé à la fin de saison 4 par Steven Knight (à la réalisation du clip One Of Us de Liam Gallagher, on tenait à la préciser) faisait un peu peur. On se disait naïvement que ce costume était trop large pour Thomas Shelby, que la série allait se fourvoyer dans des considérations sociales et des jeux de pouvoir qui la dépassent. Une fois les six épisodes de cette cinquième saison visionnés, on est pourtant saisi, souffle souvent coupé, par la virtuosité de ces six nouvelles heures passées aux côtés des Peaky fucking Blinders. Il y a déjà ces plans, tous somptueux, comme ces scènes en voiture dans l'épisode 3 filmées en mode FPS à l’instar des (déjà vieux) jeux vidéo ; ou le final de l'épisode suivant, où s’entremêlent les drames familiaux et une représentation à la fois angoissante et poétique du Lac des cygnes. Il y a aussi, bien évidemment, cette bande-son, toujours aussi impeccable – on ne dira rien de la scène ou de l’épisode en question, mais la présence d’Atmosphere de Joy Division nous a émus à chaudes larmes.

Enfin, il y a ce stress, cette peur de plus en plus palpable dans l'attitude, le regard et les décisions de Tommy. En clair, le clan Shelby est menacé (par Michael Shelby, par les Billy Boys et par Oswald Mosley, le chef de l'Union Britannique des Fascistes), et cette ambiance délétère plane sur toute la saison. Le monde change (la saison se déroule en 1929, pendant la Grande dépression, soit dix années plus tard qu'au début de la série), et Thomas Shelby craint de ne pouvoir vaincre son nouvel ennemi, tandis qu’Arthur, bien que fidèle à son frère et toujours impressionnant de fragilité, semble constamment au bord de la rupture. 

En clair, tout laisse à penser que ce bon vieux Tommy devrait passer la main, mais celui-ci semble en être bien incapable. Trop intelligent, trop borné, trop accro à cette vie à la marge des lois, il est cet anti-héros que l’on ne peut décemment pas détester, car en proie aux doutes, à la passion, aux valeurs familiales et à d’intenses cauchemars, comme autant de séquelles d'un homme dévoué à sa ville, son peuple et son business, mais consumé par ses propres démons. Voilà sans doute pourquoi cette série paraît aussi anxiogène, pourquoi également on est autant touché de voir à plusieurs reprises Thomas Shelby au bord du renoncement, sans doute trop conscient de l’insurrection qui vient.


Le trailer qui fait le buzz : The Watchmen
OK, tout le monde en parle (sauf Ardisson, LOL). OK, les journalistes du monde entier considèrent déjà The Watchmen comme l’ultime parade trouvée par HBO pour survivre à l'arrêt de Game Of Thrones. Mais est-ce une raison de faire la fine bouche et de ne pas faire preuve à notre tour d’autant d’enthousiasme ? Parce que Damon Lindelof (Lost, The Leftovers), parce qu'Alan Moore et parce qu'il s'agit de la première incursion de la chaîne câblée américaine dans le milieu impitoyable des superhéros.

OSEF : le reboot de Walker Texas Ranger
Seuls deux types d’individus peuvent se réjouir d’un tel projet : les nostalgiques, ceux qui s’ennuient le dimanche après-midi depuis que TF1 a cessé d’accorder de l’importance aux aventures de Chuck Norris ; et les ringards, ceux qui ont la nuque longue, des santiags rouges aux pieds et une veste en jean avec un aigle aux ailes déployées cousu sur le dos.

L’interview du mois :
Dans un entretien avec Variety, à l'occasion des 20 ans de Freaks and Geeks, Paul Feig revient sur sa rencontre avec Judd Apatow en 1994, explique avoir créé le personnage de Sam Weir selon sa propre expérience et confesse que le rôle de Jason Segel est celui qui a le plus changé. À la base, ce devait être un petit gars baraqué fan de voitures, mais Segel (How I Met Your Mother) a tellement impressionné lors de son casting que Feig et Apatow ont décidé de réécrire le personnage de Nick Andopolis. 

Toujours dans le même entretien, Paul Feig parle de sa série comme d'un projet qui a bouleversé son quotidien : «Cette série a changé ma vie. J'étais un acteur en difficulté à ce moment-là. J'avais un rôle régulier dans Sabrina, l'apprentie sorcière, mais j'étais éloigné de l'écriture des séries après qu'elle soit devenue un succès. Donc je n'avais pas de boulot. J'avais dépensé tout mon argent dans ce film indépendant (Heavyweights, ndlr). J'étais vraiment dans une situation désespérée et soudainement, j'avais une carrière d'écrivain et de showrunner qui s'ouvrait devant moi».

La guest star ultime : Kirsten Dunst
Tout le monde (à tout le moins les plus ingrats d'entre nous) ne se souvient probablement pas de la présence de Kirsten Dunst dans la saison 3 d'Urgences, et c’est bien dommage. C'était en 1996, un an après le succès de Jumanji et bien avant que l'Américaine n'ait la côte à Hollywood. Depuis, Kirsten Dunst a impressionné dans la saison 2 de Fargo (la meilleure ?), un peu moins avec son caméo dans la saison 4 de Black Mirror, et compte bien une nouvelle fois impacter le petit écran avec On Becoming a God in Central Florida, série qu'elle produit et dont elle est l'actrice principale aux côtés de George Clooney - oui, Showtime a mis le paquet sur cette histoire centrée sur les bas-fonds et l’Amérique white trash, celle qui court après le rêve américain mais se contente tant bien que mal du désespoir d'une vie morne, sans espoir, passée tant bien que mal à tenter de joindre les deux bouts. Et franchement, ça dépote comme on disait dans les années 90 - ça tombe bien, la série se déroule en 1992 (ça se vérifie à la coupe de cheveux de Kirsten Dunst), loin des corps durcis par le sport qui défilent le long des plages de Floride, mais dans une ambiance qui doit autant au drame qu'à la comédie noire. Et puis, détail important, Beth Ditto y tient un joli rôle.


La question que tout le monde se pose : 
À venir sur CW, les aventures de Batwoman sont-elles celles d'une véritable héroïne ou d'une ex-fan de Jeanne Mas prête à exhiber sa peur dans les rues d’une version kitsch de Gotham City ?
batwoman
L’instant drama 
C'était prévisible : apparu sur Netflix en 2014, BoJack Horseman va faire ses adieux cette année au terme de sa sixième saison. Avec, cette question en tête : la vie en cure de désintoxication est-elle plus douce que dans les coulisses d'Hollywood ? Raphael Bob-Waksberg, visiblement plus occupé avec Undone désormais, a douze épisodes pour répondre à cette épineuse réflexion existentielle.

La punchline du mois : 
Alors que South Park vient tout juste de débarquer en intégralité sur Amazon Prime et d'être renouvelé pour trois saisons supplémentaires dans la foulée, c'est l'heure de se rappeler un principe de vie cher à Cartman : « Je croyais que les enfants handicapés avaient été créés par Dieu pour nous amuser. »

Le livre pour lâcher un peu l’écran :
En toute franchise, on n'a pas encore lu The Leftovers, le troisième côté du miroir aux éditions Playlist Society. Mais rien que l’existence d’un ouvrage en français sur la série de Damon Lindelof et sous la plume de Sarah Hatchuel et Pacôme Thiellement suffit à créer l'enthousiasme. Aussi, c'est l'occasion de ressortir ce papier publié il y a deux ans sur le sujet. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

La BO du mois : 
Il y a quelques semaines, Daniel Johnston s’en allait tutoyer le paradis et c’était très triste. Pour l’indie rock, pour la musique, et pour le monde en général. Le chagrin passé, place désormais à la nostalgie. Avec notamment cette scène de Friday Night Lights sublimée par la présence de Devil Town en bande-son. Bon, ce n’est pas la version originale (ici, c’est Tony Lucca qui l’interprète, après que Bright Eyes ait décliné l’invitation des producteurs), ni la meilleure des reprises, mais ça n’en reste pas moins bouleversant. Parce que Friday Night Lights. Et parce que Daniel, ni plus ni moins.


Le twist inattendu :
Ce tweet de Stephen King, que l’on soupçonne d’avoir été financé par Netflix pour dire du bien de sa série française, Marianne : «Si, comme moi, vous êtes l’un de ces tarés qui aiment se faire peur, sachez que Marianne sur Netflix fera le job. Il y a des traits d’humour qui lui donnent des vibes de Stranger Things. J’ai même ressenti, et je le dis en toute modestie, des vibes de Stephen King.»

La vidéo du mois : 
Même si elle n'a aucun scrupule à supprimer des séries chéries par un certain nombre de fidèles (The OA, notamment), Netflix reste une plateforme dotée d'un évident sens de la courtoisie. En attendant El Camino le 11 octobre, le film centré sur le destin de Jesse Pinkman, la plateforme propose ainsi un résumé des aventures de ce personnage culte. C’est sympa, ça évite de se taper pour la énième fois les cinq saisons de Breaking Bad, mais tout de même, quel triste constat - là, on parle quand même d'un mec qui, en 62 épisodes, a perdu l'amour de la vie, s'est fait tabasser, a été retenu en captivité, déshumanisé, s'est de nouveau fait tabasser, a vu sa nouvelle copine se faire assassiner sous yeux avant d'être honteusement manipulé par Heisenberg, Gus Fring ou des suprémacistes blancs. Quand on pense que, dans d'autres séries, certains personnages passent leur vie à se plaindre de ne pas trouver l'amour de leur vie...


La photo qui rend nostalgique : 
Et si, plutôt que The Newsroom ou À la Maison-Blanche, le vrai chef-d'œuvre sériel d'Aaron Sorkin était l’incomprise Studio 60 On The Sunset Strip avec Matthew Perry ? Le débat est lancé.
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