CELESTE
Celeste est de ces artistes aptes à réveiller les morts. Ça s'entend dans sa voix, qui rappelle Amy Winehouse. Ça s'entend également dans des morceaux comme Father’s Son, où, à 16 ans, elle revenait sur le décès de son père. Ce n'est pas très gai, on l'avoue, mais c'est toujours mieux que cette légion d'artistes qui, eux, nous encouragent à nous donner la mort. CQFD.
À quoi ça ressemble ? Amy Winehouse avait les Dap-Kings ; Celeste peut quant à elle compter sur le collectif Gotts Street Park pour habiller ses textes d'instrumentaux sobres, délicatement jazzy, parfaits pour inciter l’auditeur à pleurer à chaudes larmes.
Potentiel de séduction : Après un passage sur le label de Lily Allen (Bank Holiday), Celeste est aujourd’hui signée chez Mercury (chez qui elle a publié Lately, son premier EP, plus tôt cette année) et voit des artistes comme Jorja Smith la congratuler sur les internets. En clair, l’Anglaise est bien entourée.


SQUID
Depuis Brighton, ce quintette aujourd'hui installé à Londres (preuve de leur ambition ?) déverse un post-punk de sales gosses, nerveux et braillards. Du genre à être écoutés dans des lieux sombres, une bière à la main. Une deuxième pinte dans l'autre.
À quoi ça ressemble ? Comme d’autres de leurs compatriotes britanniques (The Murder Capital, Girl Band, W.H. Lung, LIFE), les sales mômes de Squid ont compris qu’on ne peut pas se poser en maîtres du désordre sans être rigoureusement organisés, parfaitement soudés, capables de citer de vieilles références (Talk Talk, Talking Heads, The Fall, Neu !) sans passer pour des nostalgiques d’une époque qu'ils n'ont pas connue.
Potentiel de séduction : Le troisième morceau de leur dernier EP, Town Centre, s'appelle The Cleaner. Ce qui colle bien avec l'ambition de ces kids : tout nettoyer, tout casser même, avant l'édification d'un nouveau monde.


KEDR LIVANSKIY
Dans la vie, il y a, d'un côté ceux qui créent la gêne (ceux qui mangent leurs sushis avec des couverts, par exemple) et, de l'autre ceux qui nous émerveillent - on schématise. Kedr Livanskiy, vous l'aurez compris, fait indéniablement partie de cette seconde catégorie. Et ce depuis 2016, date de sortie de son premier album. À l'époque, ses morceaux se voulaient hypnotiques, brumeux, presque lyriques par moments. Depuis, la Russe donne dans la dance, celle qui attrape le cerveau et ne le lâche plus car tour à tour mélancolique et extatique, froide et féérique.
À quoi ça ressemble ? Kedr Livanskiy dit avoir grandi en écoutant The Cure, Boards Of Canada et Aphex Twin tout en rêvant de rave parties et de soirées passées à danser sur les derniers tubes new wave. Sa force, toutefois, c'est de réussir à s'affranchir de ces références parfois encombrantes pour un inventer un nouveau monde, lugubre et angoissant.
Potentiel de séduction : Dans une interview à i-D, Yana Kedrina (son vrai nom) dit avoir «arrêté de voir les choses de façon limitée». Ça tombe bien, Your Need, son deuxième album paru plus tôt cette année, permet les plus beaux fantasmes.


YUSSEF DAYES
Un duo encensé par la critique européenne (Yussef Kamaal), un label (Cashmere Thoughts), des singles enregistrés à Abbey Road (Love Is The Message), des collaborations avec divers artistes (Alfa Mist, Mansur Brown, Binker & Moses, etc.) : ces derniers mois, Yussef Dayes s'est bel et bien imposé comme un grand nom de la nouvelle scène jazz anglaise. Pas un mince exploit quand on sait qu'elle abrite des formations comme The Comet Is Coming ou Ezra Collective.
À quoi ça ne ressemble pas ? À ses contemporains, justement. Mais pouvait-il en être autrement de la part d'un musicien qui dit rêver de sons venus d'ailleurs ? Comme dans cette interview à Fact : «J’ai grandi dans la fumée, habitué à enregistrer dans des sous-sols ou dans des studios installés dans une chambre. Alors je ne pouvais que saisir l’opportunité de pouvoir élever nos sons dans l’espace.»
Potentiel de séduction : À défaut de voir un jour ses albums se vendre par paquets de cent mille, l’Anglais est de ceux que l’on imagine prendre systématiquement la tangente afin de se construire une œuvre atypique. Et ça, selon une formulation chère aux publicitaires, ça n’a pas de prix !


BARRIE
L’histoire de Barrie Lindsay aurait pu s’arrêter en 2014. Celle d’une chanteuse et guitariste qui a longtemps regardé les choses se faire sans elle, qui a finalement vu l’opportunité se présenter quand elle n’y croyait plus, a saisi sa chance sans faillir, a tenté de marquer l’époque avec les compositions de son groupe (Grammar), puis a vu l’époque repartir vers d’autres horizons. Sauf que l’Américaine a fini par rassembler autour d’elle de nouvelles forces créatives et par donner vie à Barrie, quintette visiblement créé dans l’idée de défendre une pop extatique, presque béate – la preuve, leur premier album s’appelle Happy To Be Here
À quoi ça ressemble ? À ces instants de vie, légers, libres et rêveurs que l'on aimerait traverser en permanence.
Potentiel de séduction : Forcément élevé quand on a un morceau qui s'appelle Singles, un autre qui narre les joies de l'adolescence (Teenager), et un autre encore qui fait clairement référence à Wes Anderson (Darjeeling).

JACKIE MENDOZA
Six titres, c'est tout ce qui a fallu à Jackie Mendoza, élevée à la frontière mexicaine, côté USA, pour s'imposer et faire de sa pop hybride - un mélange évident de sa double culture et de divers genres musicaux (électronica, R'n'B, synth-pop) - autre chose qu’une simple curiosité. Six titres, chantés avec la nonchalance et la tranquillité de ceux qui ont tout leur temps, réunis plus tôt cette année sur LuvHz, un premier EP produit par Rusty Santos, proche collaborateur de Panda Bear.
À quoi ça ressemble ? À un séduisant croisement entre la pop bubblegum de Kali Uchis (le chant, sensuel, y est pour beaucoup) et celle, nettement plus bricolée, d'Animal Collective.
Potentiel de séduction : En conclusion de son EP, Jackie Mendoza s'essaye à une production lourde, angoissante, presque techno. On ne sait pas si c'est une piste pour l'avenir ou simplement un one shot, mais le résultat, deux minutes à peine, nous excite prodigieusement.  


MASTER PEACE
En interview, Master Peace dit avoir toujours l'impression d'être un outsider, un mec qui dénotait dans son quartier au Sud-Est de Londres avec ses goûts éclectiques (The Veronicas, Paramore, Fleetwood Mac, Biggie ou encore No Doubt). Raison pour laquelle le hip-hop de l'Anglais ne peut être réduit au grime et à son énergie brute. C'est parfois emo (Please Don't Touch Me), parfois pop (Night Time), mais c'est toujours, à l'entendre, le résultat de son «ADN».
À quoi ça ne ressemble pas ? «Beaucoup de musiques rap sonnent de la même façon, tout donne l'impression d'être dilué. Je veux être le contraire de ça». A-t-on vraiment besoin de rajouter quelque chose à ces propos tenu au NME ?
Potentiel de séduction : À le voir citer en référence les Sex Pistols, Kurt Cobain ou Jimi Hendrix, et à l'entendre poser des freestyles sur des mélodies typiquement eighties (Take On Me de A-Ha), on se dit que l'on trouvera bien quelques kids turbulents pour se souvenir de ce jeune MC, 19 ans, dans dix ou vingt ans. 


JAMILA WOODS
«I’m not your typical girl», chante Jamila Woods en ouverture de son deuxième album, Legacy ! Legacy !. Tout, chez cette artiste originaire de Chicago, frappe en effet par sa singularité, de sa façon de croiser la trap au gospel (Baldwin) à ce mariage détonnant entre les guitares saturées et le boom-bap (Muddy). Quant aux thèmes de ses chansons, on tourne autour des discriminations raciales, du sexisme, des inégalités sociales et caetera
À quoi ça ne ressemble pas ? À Chance The Rapper, qui l'a en quelque sorte révélée il y a quelques années, ou à Noname, autre forte tête débarquée des rues de Chicago.
Potentiel de séduction : Chacun des titres de son deuxième album est nommé en référence à une grande figure de la culture afro-américaine (Miles, Basquiat, Betty, Sun Ra). Nul doute qu'un jour, une jeune artiste poursuivra la même idée et ajoutera un titre nommé Jamila au tracklisting de son album.


RETRO X
Depuis 2016, Retro X n'a cessé d'empiler les lignes sur le CV. En plus de quelques apparitions fugaces ça et là, celui qui a grandi aux côtés du Secteur Ä grâce à son oncle (Paul Gatse, producteur au sein du collectif) a multiplié les projets collaboratifs (avec Lala &ce et Jorrdee, notamment), figuré dans la playlist Blonded de Frank Ocean avec le titre Etho, monté son propre label (DGBE) en tant que filiale de Because Music et balancé une nouvelle mixtape, 24.
À quoi ça ressemble ? En France, à pas grand-chose, sinon à ses proches qui gravitent autour de lui (Cyka Vision, par exemple). Aux États-Unis, à la drill de Chicago, dont Retro X propose sa propose sa propre version : l’emodrill
Potentiel de séduction : Dans ses morceaux, Retro X parle (entre autres) de lean, (le fameux sirop contre la toux codéiné, anciennement connu en tant que sizzurp ou purple drank) de drogue et d'alcool. C'est évidemment des thèmes qui collent à la perfection avec ses ambiances vaporeuses, mais c’est aussi un bon moyen de faire comprendre à l’auditeur les bienfaits de ces substances psychotropes afin d’accueillir à leur juste hauteur ces beats taillés pour planer.

CHARLOTTE DOS SANTOS
Originaire de Norvège, Charlotte Dos Santos dit s'être longtemps construite en opposition à la musique scandinave, rêvant de soul américaine (D'Angelo, Erykah Badu), de musiques orientales et de flamenco - un héritage de sa mère, visiblement. De toute façon, cette jeune femme a déjà beaucoup trop bourlingué (Norvège, donc, mais aussi l'Espagne, l'Angleterre et les États-Unis) pour cadenasser sa soif de culture, pour définir sa musique selon un ancrage géographique précis.
À quoi ça ressemble ? En ouverture de Cleo, son premier album, Charlotte Dos Santos développe un son jazzy, qui rappelle par certaines inclinaisons Erykah Badu. Mais ces accointances s'avèrent vite être de simples clins d'œil, dans le sens où son naturel, la douceur de son chant et le minimalisme de son R'n'B reviennent rapidement au premier plan et dominent tout le reste de l'album.
Potentiel de séduction : Plutôt que de chanter à gorge déployée des niaiseries sentimentales, Charlotte Dos Santos donne parfois l'impression de rechercher au contraire les silences, dans lesquels elle sait parfaitement se lover. C’est beau, c’est doux, c’est émouvant : on espère simplement que ces silences ne soient pas éternels.


++ Tous ces artistes seront à découvrir en live au Pitchfork Music Festival Paris, qui se tiendra dans la Grande Halle de la Villette du 31 octobre au 2 novembre 2019.