Lavinia Meijer pose des questions à Someone

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Est-ce que tu as grandi dans un environnement musical, avec tes parents et tes amis ?
Il n'y avait pas de musiciens pros dans mon entourage. Mes parents sont traducteurs, mais ils écoutaient beaucoup de disques à la maison. J'ai grandi avec les Beatles, Bob Dylan, les Beach Boys, Ray Charles ou les Andrews Sisters. Mes parents pensaient que ça faisait partie de mon éducation, et d'ailleurs ils m'ont encouragé à étudier le piano dès mes six ans. Rétrospectivement, je leur suis reconnaissante de ces fondations musicales.   

C'étaient qui tes idoles ?
Honnêtement ? Je voulais être Julie Andrews, l'actrice qui joue Mary Poppins, jusqu'à mes douze ans. Mais après, j'ai switché vers le jazz, donc j'admirais plus Billie Holiday et Ella Fitzgerald. Je suis tombé dans la pop du début des années 2000 aussi, donc à l'époque je t'aurais répondu Christina Aguilera. Et puis j'ai écouté Feist et tout a changé.
 
Est-ce que tu n'as pas l'impression d'être marginale dans le monde de la musique ?
Pas vraiment. Plus les artistes osent prendre des risques et se lèvent pour élargir le spectre de la pop, comme genre et comme show, plus des lieux et des festivals ouvriront leurs programmations. Ensemble, nous pouvons créer une scène.
 

Et sur cette Terre, tu as trouvé ta place ?
On vit dans des temps incertains. Le changement climatique, ça me réveille la nuit. Cette génération est coincée dans une impasse, devant choisir entre des décisions qui vont contre les préférences personnelles  ou des des décisions qui compromettent la planète. Et puis on vit dans un monde qui n'a jamais été aussi technologique. J'aime ça mais ça crée des problèmes, on est tellement occupés à regarder des photos parfaites d'inconnus en permanence qu'on ne sait plus vraiment se parler.  
 
Comment tu vis le fait de jouer souvent très tard  ?
J'adore la nuit. Quand je bosse sur des nouveaux morceaux, je temrine souvent vers quatre ou cinq heures du matin. Mais j'aime beaucoup aussi taffer le matin, je suis très triste quand je dois manquer ça. Je m'adapte, chaque jour est différent. J'ai des périodes où je dors pas mal, d'autres où je tire sur la corde. Je fais des to-do lists, ce sont mes phares dans la nuit. 
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Et si tu pouvais être musicienne dans une autre époque, ce serait laquelle ?
Mon dieu, la fin des années 60 et le début des années 70, cette période me fascine, artistiquement et socialement. J'aimerais remonter le temps est obtenir un stage dans le Brill Building, immeuble new yorkais où beaucoup de compositeurs (Benny Goodman, Glenn Miller, Jimmy Dorsey) et membres de l'industrie musicale se rencontraient. Si je pouvais apporter un café à Carole King, je pourrais mourir tranquille.
 
Il y a une collaboration qui te fait rêver ?  
Il y en a beaucoup, c'est dur de résumer. En ce moment, je reviens vers un son plus acoustique, ça m'obsède. Les arrangements de clariennette sur le dernier album d'Andy Shauf sont dingues. Mais sinon je dirais Air (ou Nicolas Godin, je ne sais plus vraiment s'ils sont encore un duo). Sinon, Beck. Et Feist, encore et toujours Feist.
 
Quel message tu passerais aux jeunes qui font de l'EDM ? 
Je ne suis pas sûre de pouvoir les aider. Je leur dirais de ne pas se laisser cantonner à un style qui les enferme. Ne faites pas la musique qu'on attend de vous. Il y a tellement de morceaux fantastiques à faire et à découvrir.
 
Someone pose ses questions à Lavinia Meijer
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Quel morceau ou pièce aurais-tu secrètement rêver d'écrire ?

Metamorphosis 2 de Philip Glass, c'est une pièce tellement puissante ! Il m'a laissé la retranscrire à la harpe et je trouve que ça fonctionne parfaitement. Philip créé le maximum d'effet du minimum de matière.

En tant que femme, t'es-tu déjà senti désavantagée ou d'avantage sous pression dans le monde de la musique ? As-tu l'impression que les choses évoluent ?
A vrai dir,e jamais. Pour être honnête, tout ce qui concerne le mouvement #metoo m'était un peu étranger. Je me suis toujours sentie en sécurité et autant considérée que les hommes dans l'industrie musicale propre à mon style. Je suis mon propre patron et je trace mon propre chemin. Je préfère garder en mémoire les portes qui m'ont été ouvertes plutôt que celles restées fermées.

 A quel moment dans ta carrière tu t'es intéressée aux collaborations musicales, et pourquoi ?
Ces 15 dernières années, j'ai eu la chance de travailler avec des compositeurs et des artistes venant d'horizons musicaux très différents du mien. Cela faisait sens pour moi de me dire : « C'est aussi la musique que j'aime écouter, pourquoi ne pas également en jouer ? » Mon rêve de rendre la harpe plus accessible et grand public me permet de rester à l'écoute et ouverte en ce qui concerne tous les types de styles musicaux.

 
Dis m'en plus à propos de ton dernier projet, comment en es-tu venue à jouer avec Maud  Geffray  ?
Nous avons toutes les deux été contactées par Culturebox afin de co-réaliser une pièce mélangeant musique électronique et harpe. Nous aimons toutes les deux Philip Glass et avons décidé de travailler sur un remix des musiques d'Einstein on the Beach » et The Photographer. Bosser avec Maud fut génial, ses compositions électro ont apporté une toute nouvelle dimension à la musique de Glass.

Comment s'est organisé votre tandem ? Avez-vous travaillé en studio ensemble, ou bien  échangiez-vous vos réalisations respectives via Internet ?
Nous avons pu travailler en studio ensemble plusieurs fois. J'enregistrais plusieurs versions de la musique de Glass sur lesquelles Maud travaillait, les modelant à son propre style, ce qui lui demandait énormément de temps. J'adaptais ensuite ses enregistrements à la harpe. Nous sommes toutes les deux très heureuses du résultat.

Que penses-tu de la scène classique hollandaise, de sa flexibilité et de sa propension à penser en dehors des cadres établis ?
Je pense que la scène classique hollandaise est l'une des plus ouvertes d'esprit au monde. C'est une chose que tu peux ressentir à travers les programmations du Holland Festival, d'Oranjewoud ou du Wonderfeel qui prouvent que le style s'ouvre à d'autres possibilités. Je pense que les Pays-Bas sont un bon exemple dans ce domaine pour d'autres pays. Ce n'est pas pour autant un problème de défendre le coeur historique de notre scène classique, il contient tellement d'oeuvres extraordinaires.

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Tu as déjà une très belle carrière derrière toi, comment fais-tu pour trouver l'inspiration et l'énergie pour toujours te renouveller ?
C'est grâce aux gens autour de moi, aux lieux que je visite, aux arts que j'expérimente et plus simplement à mon amour de la musique. Je suis devenue davantage consciente ces dernières années que la musique était réellement un style de vie : tu te réveilles et tu t'endors en y pensant. La rencontre avec Philip Glass a également été déterminante, il est devenu un très bon ami et ma boussole. C'est merveilleux de travailler avec lui sur de nouveaux projets, et il continue de m'inspirer jour après jour.

Quels sont tes futurs projets ? Du plus concret au plus fantasmé !
J'ai le sentiment de vivre pleinement mes rêves, et j'espère pouvoir continuer sur cette voie que j'ai décidé d'embrasser il y a maintenant 15 ans pour le restant de mes jours. Avec Philip Glass nous allons continuer de jouer et de travailler avec des compositeurs afin d'apporter de plus en plus de pièces au répertoire de la harpe. Je compose également seule depuis quelques années. C'est une démarche très stimulante et je prévois de produire un album de ces compositions dans un futur proche.

As-tu un lieu ou un festival à recommander aux Pays-Bas pour découvrir de la bonne musique et assister à des performances artistiques ?
Le Muziekgebouw aan 't IJ est très bien pour la musique contemporaine, j'aime beaucoup y aller pour découvrir de nouveaux spectacles mais également pour y jouer. Ils font de très belles choses avec l'acoustique de la salle, que ce soit pour les solistes, la musique de chambre ou les compositions orchestrées.

 
++ Someone sera en concert chez Carmen dans le cadre du MaMA Festival ce soir à 19h00 au Carmen à Paris. Son expo en réalité augmentée Orbit sera jusqu'au 18 octobre au Trois Baudets. L'album du même nom sera dispo le 18 octobre.
++ Lavinia Meijer sera en concert à La Cigale elle aussi pour le MaMA Festival, le 18 octobre à 20h. Son projet avec Maud Geffray, Still Life, verra le jour à la même date.