Gipsy Kings / Masters At Work Dub -  Ami Wa Wa (Solo Por Ti) - 1997
D’accord ce sont les Gipsy Kings, le groupe customisé gitan pour les divans en velours rouge de Michel Drucker qui, des enterrements aux bar mitzvot, va nous saouler les oreilles des années et des années entières avec Bamboleo. Mais se faire remixer par les Masters At Work, qui mélangent hip-hop, influences latines et house music depuis leurs énormes studios à New-York, est loin d’être un faux pas, tant le duo new- yorkais est capable de transformer tous ces gimmicks - façon feu de camp autour de la caravane - en tribal house assurée de faire un carton sur les dancefloors des clubs de la Grosse Pomme. Pour un public qui, à l’époque, raffole de ce genre de marathons exotiques et percussifs de plus de 8 minutes, kétamine oblige !

Patricia Kaas / Danny Tenaglia Blue Velvet Mix - Reste sur moi - 1993
Nous sommes en 1993 et la carrière de la blonde flamboyante casse des briques (Il me dit que je suis belle, Entrer dans la lumière) tout en continuant de nous briser le reste. Et là, la question qui tue : quel est le chef de produit qui a l’idée de dépenser autant d’argent pour un remix de Danny Tenaglia, DJ star du New-York nocturne qui, en ces temps-là, ne facturait jamais ses remixes à moins de 50 000 euros ? On n’aura jamais la réponse, mais il faut bien reconnaître que Tenaglia livre le service minimum, glissant sans aucun doute des bouts de sessions studio inutilisés pour nous refourguer plus de 8 minutes bêtement linéaires auxquelles on est incapable de trouver une utilisation, même pour emmerder ses voisins bruyants. Que les collectionneurs se rassurent, le prix d’occase du vinyle (4,54 euros sur Discogs) ne change rien à l’affaire.

Céline Dion / MK History Mix - Misled - 1995
Céline Dion est une déesse hors-norme dont chaque saillie, geste, tenue ou vidéo est à inscrire au musée du LOL de l’internet - sauf la musique, mais bon… Même si (on peut en mettre sa main au feu) elle n’a certainement jamais écouté ni même été au courant de l'existence de ce remix et n'a sans aucun doute pas la moindre idée de qui est Mark Kinchen, aka MK, il faut reconnaître à Céline l’art d’être dans le timing parfait. Le remix date de 1995, soit les années où le producteur américain est au sommet de sa forme et de sa gloire avec le remix du Push The Feeling On des Nightcrawlers, qui lui a valu la reconnaissance éternelle des dancefloors. Génie surhumain, Mark Kinchen transforme l’objet initial - une soupe tiède qui aimerait ressembler à du Whitney Houston lacrymal - en un petit bijou de house, aux vocals comme passés dans un hachoir à viande et qui se glisserait doigts dans le nez dans n’importe quel set de DJ house actuel, quitte à provoquer un plantage de Shazam. 

Mylène Farmer / Félix Da Housecat Remix - Je t’aime mélancolie - 2003
Il y a fort à parier qu’à l’époque, en pleine gloire de l’électroclash, Mylène Farmer rêvait d’être une nuit célébrée par Ivan Smagghe ou Jennifer Cardini sur la piste du Pulp, plutôt que d’être confinée dans les playlists de boîtes de nuit nommées le Macumba dans le meilleur des cas et situées en périphérie de zones industrielles où l’on boit du Malibu-Ananas (à la paille non-recyclable) en esquissant des pas de danse maladroits sur Sans Contrefaçon. Faire appel à Felix Da Housecat - DJ méga-star de l’époque qui après l’acid house s’est engouffré dans la très rentable vague électroclash - n’est en soi pas une sottise de la part de la rousse mélancolique ; non, le plus bête, c'est de ne pas avoir refusé (et la facture avec) ce remix bouclé en dix minutes... dont on ne dira aucun mal, par peur d’avoir à se prendre en pleine face la horde des fans de Mylène. 

Les Rita Mitsouko / Daniel Wang Remix - L’ami ennemi 
Le duo frenchy a toujours eu, depuis ses débuts, les yeux grands ouverts sur le dancefloor, avec l’idée d’y insuffler son univers cosmopolite qui n’appartient qu’aux Rita. La preuve, puisque dès 1989, le duo travaille avec William Orbit, soit quasiment une dizaine d’années avant que Madonna y songe dans un petit coin de sa tête. Faire appel ensuite à Daniel Wang, le DJ/producteur qui connaît le mieux la disco au monde, pour une version remix de leur album Variety (un poil fatigué, avouons-le), est là aussi loin d’être une mauvaise idée. Sauf que Daniel Wang, pourtant capable du meilleur, navigue à vue, se paume, tourne en rond et ne sait pas trop quoi faire de cette ritournelle franchouillarde. Et en tout cas – c’est certain -, il n’arrive pas à lui faire passer la porte des clubs house. Les physios, on le sait depuis la nuit des temps, sont des êtres intraitables. 

Lagaf / Aziz House Mix By Dimitri - La Zoubida - 1991
C’est un secret partagé, mais largement éventé : l’encyclopédie vivante et le dieu de la disco Dimitri From Paris a participé (de près) à cette odieuse version moqueuse du French Kiss de Lil' Louis par Lagaf, renommé Bo le lavabo. Un pastiche qui avec le recul a peut-être fait plus de mal à la house naissante que l’avènement de David Guetta, mais une collaboration qui a certainement permis à Dimitri de compléter sa collection de vinyles disco, de s’acheter un appartement, et c’est tant mieux ! Question existentielle :  Dimitri ne pouvait-il pas se contenter d’un one shot monétaire ? Était-il obligé de persévérer avec ce remix de La Zoubida, le tube suivant, en version acid house (enfin «aziz house», sic) ? Après écoute, on n'a plus qu'à se poser, inspirer un grand coup et réfléchir à cette éternelle question philosophique : l'être humain est-il fondamentalement mauvais ? 


Demis Roussos / Dimitri From Paris Sunday At The Loft Remix  -
Love Is - 2009
Demis Roussos et sa sublime barbe devenue légendaire (qui n’est pas sans rappeler celle de l’un des inventeurs de la club culture et de la disco, aka David Mancuso du Loft) a toujours eu une carrière discographique surfant entre tous les genres possibles et imaginables. Il ne s'est jamais refusé d’aller vers un style qu’il ne connaissait pas mais qui pouvait rapporter gros, quitte à dire merci aux ingés de studio qui bossent pendant que je bois des gins au bord de la piscine avec cette charmante Cynthia rêvant de devenir mannequin. Dont acte avec cette série de remixes une nouvelle fois signés par Mister Disco, Dimitri From Paris, qui fait ce qu’il peut pour nous faire remuer sur cette sorte de disco-house qui, euh, mériterait plutôt d'être instrumentale. Mais bon.

Julio Iglesias / David Morales Dub Mix - La Gota Fria - 1998
Vous pensiez que le Julio qu’on aime tant était déconnecté du monde réel, simplement occupé à enduire de brillantine sa merveilleuse coupe d’hidalgo Playmobil ? Eh bien vous vous trompiez. Élevé au son d’Ibiza (c’était un grand habitué de l’hôtel Pikes et ses frasques célèbres dans toute l’île), Julio n’a pas son pareil pour faire le malin sur la piste. Pour remixer La Gota Fria, classique colombien, il fait appel à un Latino comme lui, à savoir David Morales, grand pote de Frankie Knuckles. Le résultat final est aussi pénible que de gravir la cordillère des Andes en talons aiguilles, mais on a la classe ou on ne l’a pas.

La Compagnie Créole / The Larry Levan Mix - A.I.É.- 1998
Terminons enfin avec une note positive. Si personne n’avait pu imaginer qu’un jour la fusion entre le groupe préféré des bals masqués et le grand-père de tous les DJ’s sonnerait comme un avant-goût du paradis, ce remix est en la preuve flagrante. Produit par Daniel Vangarde (le père de Thomas Bangalter) des Daft, remixé par Larry Levan qui officiait au Paradise Garage, club mythique des années 80 new-yorkaises, ce tube disco est tellement beau qu’on devrait l’envoyer dans l’espace au cas où les extraterrestres auraient envie d’apprendre à danser.