Capture d’écran 2019-10-17 à 11.32.38Le 11 octobre, on apprenait que Stromae envisageait de porter plainte contre la Manif pour tous, afin d'éviter que Papaoutai devienne un tube anti-PMA, sa chanson ayant été utilisée pour faire remuer les chaussures bateau et les pulls sur les épaules lors du rassemblement du 6 octobre. Et ce n'est pas la première fois qu'un musicien doit se battre pour éviter que des mouvements conservateurs ou des hommes politiques de droite (et plus si affinités) ne volent l'âme de leur oeuvre afin de servir leurs intérêts et leurs plans de conquête du monde. Brain revient sur les plus grands matchs de cette lutte entre pop et propagande. 

Springsteen vs Reagan : victoire de la team premier degré 
Transformer une chanson qui critique la guerre du Vietnam en slogan patriote bien bourrin, c'est le joli tour de passe-passe du deuxième Ronald le plus connu au monde pour assurer sa réélection en 1984. D'abord utilisée par le Président comme un moyen de s'assurer les votes des habitants du New Jersey, dont Bruce le boss est originaire, le titre est devenu la bande originale de son triomphe. Et Born in the USA de devenir au grand dam de son créateur un hymne à une Amérique résiliente et fière d'elle-même.

MGMT vs Sarko : quand le rock indé a dépouillé l'UMP
En 2009, les gars de Brooklyn n'ont vraiment pas su apprécier l'honneur de servir de bande son de deux vidéos de feue l'UMP, voyant leur tube Kids grossièrement utilisé pour racoler l'électorat jeune. Prétextant avoir utilisé la chanson par erreur, l'association de malfaiteurs a voulu régler le conflit avec la classe et le sens des affaires qu'on lui connaît, en proposant 1 euro symbolique au groupe. Une réaction que leur avocate française  avait qualifié d'insulte, elle qui obtint finalement 30.000 euros en justice, soit 29.999 euros de plus-value. Une somme que MGMT reversa à une asso pour soutenir le droit des artistes. Cocasse quand on sait que dans le même temps, le petit Nicolas essayait de faire passer Hadopi...

Neil Young vs Donald Trump : touche pas à mon tube
Entre le rockeur canadien et le twitto fou, l'amour n'est pas réciproque. Trump a toujours déclaré son admiration pour Neil Young, trouvant sa voix "parfaite et obsédante". Pourtant, dès 2015, le songwriter à rouflaquettes lui a demandé d'arrêter d'utiliser son hit Rockin' In the Free World pour lancer sa campagne. Malheureusement, vous commencez à connaître le monsieur orange qui squatte la Maison Blanche, ce n'est pas le type le plus à l'écoute de la planète, et Young a continué à se plaindre de l'usage illégal de la chanson au fil des ans. En réponse, Trump a raconté lors d'un meeting dans le Maryland que Young faisait moins le malin lorsqu'il lui réclamait 5 millions de dollars pour fabriquer un synthétiseur. Même tarif que Springsteen sous Reagan, le message amer de Rockin' In the Free World a été simplifiédevenant le pendant du Make America Great Again : "le monde libre c'est nous et on doit persévérer". 

Marion Maréchal vs Ellie Goulding : quand les fafs veulent voir le monde brûler
Lors de son Erasmus facho chez l'American Conservative Union, après son speech devant Mike Pence, le vice-président américain, le saint homme qui déclarait être contre le port du préservatif, la nièce de Marine a fait sa sortie sur Burn d'Ellie Goulding. Sur Twitter, la britannique lui a demandé de plus jamais reprendre sa musique pour ses discours, la confondant au passage avec sa tata. Dans cette ritournelle insipide de 2013, que beaucoup d'entre nous ont bien fait d'oublier, Goulding chante : "Cause we got the fire, and we're burning one hell of a something". Un bon résumé de l'incendie identitaire et nationaliste qui ravage le monde et fait de nos vies un enfer.