pocahontas

On le sait, Disney a une fâcheuse tendance à javelliser la culture populaire, en dotant des histoires plutôt sombres comme celle de La Petite Sirène d'Andersen d’un happy end du style “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. Et quand le studio s’est attaqué à l’Histoire de la première colonie britannique installée sur le sol américain avec Pocahontas, ils ont aussi passé un coup de polish sur une époque historique en réalité peu reluisante. Mais ne vous y trompez pas : la vraie histoire de John Smith et ses acolytes est très éloignée de ce qu’on peut voir dans ce dessin animé lénifiant, qui a le culot de faire de la conquête des Amériques un conte pour enfants.

Tout d’abord, la vraie Pocahontas a connu un destin tragique, à mille lieues d'une love story à la sauce Disney. Certes, les registres de la colonie britannique indiquent qu'elle a entretenu une amitié avec le capitaine John Smith, mais rien n’indique que ces deux-là auraient été amants. Après le départ de Smith, celle-ci sera détenue dans la colonie, avant d’être mariée de force à un homme beaucoup plus âgée qu’elle (un certain John Rolfe). Envoyée en Angleterre, elle sera exhibée aux quatre coins du pays comme un modèle de “sauvage civilisée”, avant de succomber d’une maladie inconnue à seulement 22 ans - on pense que l’air pollué de Londres aura eu raison d’elle.

Ensuite, la première colonie américaine a connu un sort absolument terrifiant après  le départ de Smith et le décès de Pocahontas. Famine à Jamestown, un docu diffusé sur Arte revient sur cette sombre période. Résidants sur une île inhospitalière, les  Britanniques ont été confrontés à une terrible famine qui a décimé la majorité d’entre eux (on estime qu’environs 80% ont trouvé la mort) à l'hiver 1609-1610. Pour survivre, les derniers d’entre eux ont dû s’adonner à l’impensable : manger leurs morts (littéralement). Une expédition archéologique, soutenue par le Musée national d'histoire naturelle du Smithsonian, a en effet découvert les restes d'une fille de 14 ans qui présentent des signes de cannibalisme. Des entailles sur son crâne montrent que des personnes ont procédé à l'extraction de sa matière cervicale ainsi que des tissus du visage et de la gorge du corps de l'adolescente pour les manger. Des écrits datés de l’époque faisaient déjà écho d’actes d’anthropophagie, mais les chercheurs pensaient qu’ils s’agissaient d’exagérations. On sait à présent que ces rumeurs étaient vraies et que l’Histoire de la naissance des Etats-Unis repose non seulement sur un cimetière indien, mais aussi sur un sombre secret.

++ Vous pouvez voir Famine à Jamestown sur le site d’Arte et dans le player ci-dessus jusqu’au 3 novembre.