JEUDI 
Nous arrivons dans la cité phocéenne après un trajet en train agréable, malgré l’odeur de soupe caractéristique de toute la flotte Ouigo. Un rapide coup d’oeil vers le ciel et le soleil radieux donne le ton : les Sudistes vivent encore à l’heure d’été. Nous débarquons donc à la Gare Saint-Charles, le sourire aux lèvres et l’envie d’en découdre avec le cagnard chevillée aux lunettes de soleil. 

75339510_399114654364938_8674999026342428672_n (1)Nous décidons de nous rendre à notre hôtel à pied, pour profiter de la météo clémente et faire mentir les rumeurs persistantes sur l’incivisme des Marseillais au volant. Quelques minutes de marche plus tard (et autant de scooters évités), et nous sommes contraints de nous rendre à l’évidence : à l’instar des Franciliens, les conducteurs immatriculés dans le 13 ont leur propres règles de priorités, et elles prennent rarement en compte les piétons. 

Après un passage éclair dans notre chambre, nous nous dirigeons vers l’esplanade J-4, où se tiendront les festivités, bientôt rejoints par une amie qui a fait le déplacement depuis le département voisin pour l’occasion. Une initiative récompensée par l’arrivée sur scène de la grande prêtresse des fumeurs de roulées et des parents qui ont choisi de mettre leurs enfants dans des écoles Montessori : la renversante Catherine Ringer. 

Des milliers de quadras, fébriles comme des étudiants devant un open-bar, se pressent devant la scène pour ne pas louper une miette du show. Mais au milieu des tempes grisonnantes et des fans de la première heure se dressent, ça et là, des petits groupes de jeunes venus taper du pied sur Marcia Baila. Car c’est ça la force de l’ex-moitié des Rita Mitsouko, rassembler plusieurs générations dans une impressionnante ferveur nostalgique, que peu d’artistes francophones parviennent encore à susciter. Nous ressortons de ce bain de foule lessivés mais ravis de nous être imprégnés, le temps d’un concert, de l’enthousiasme contagieux de la chanteuse. 

73546179_260337168236020_8736793718717153280_nUn sandwich raclette vite englouti et quelques verres commandés au bar (en état de siège) plus tard, et c’est reparti pour la suite des concerts. Dub Incorporation s’apprête à monter sur scène et les enfants de Jah sont venus en nombre pour applaudir le groupe de reggae stéphanois. Rien de bien surprenant quand on sait le lien qui unit depuis deux décennies le duo à son public marseillais. Les deux bêtes de scène enchaînent leurs morceaux devant des spectateurs conquis, arborant pour la plupart un large sourire béat (même si les quelques volutes de fumée qui flottent au dessus de l’assistance n'y sont peut-être pas pour rien). 

Le concert s’achève et malgré l’excellente prestation des Laurel et Hardy du raggamuffin, c’est plus remontés que jamais contre Babylone que nous abordons la seconde partie de soirée. Par chance, le raï moderne de Sofiane Saidi & Mazalda électrise la scène Major, nous faisant bien vite oublier notre courroux, au profit d’une grande euphorie collective, rythmée par les arrangements audacieux du groupe de musiciens lyonnais, et sans cesse ravivée par les envolées bouleversantes du chanteur. Sublime. 

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VENDREDI
Les excès de la veille ont eu raison de notre foie. Nous décidons de garder le lit pour cette nuit, en prévision de la soirée de clôture du lendemain. Nous profitons de notre convalescence pour enquêter sur l’affaire Dupont de Ligonnès, tandis que les chaînes d’info en continu nous inondent de dépêches aussi enrichissantes qu’une intervention de Pascal Praud, à propos de l'homme qui a été arrêté à l’aéroport de Glasgow. 

Nous nous endormons, déçus d’avoir loupé le passage aux Fiestas des deux monstres sacrés du rock que sont Hubert-Félix Thiéfaine et Arno, mais pleins d’espoir à l’idée de voir le tueur-terrassier finir derrière les barreaux.  

SAMEDI
Une sale gueule de bois nous surprend au réveil, en dépit de notre sobriété d’hier. La faute aux médias, qui font désormais marche arrière à propos de la capture du Nantais, et diffusent en boucle le témoignage d'un voisin sceptique. On assiste sur tous les plateaux télé à des scènes de rétropédalage, dignes d’une séance de cardio-training. Le reste de la journée est à l'avenant : confus et sinistre (le soleil ayant décidé de se planquer, comme le criminel en cavale). 

72291198_465573280712224_8993596633753059328_n (1)Heureusement, la nuit tombe, annonçant le début des concerts et la possibilité de noyer notre chagrin dans l'alcool. Nous nous hâtons en direction du Mucem pour ne pas louper le live d'Hocus Pocus, mais un léger détour pour admirer le Vieux Port by night nous fait manquer la moitié du spectacle. Nous arrivons trop tard, tandis que 20Syl débite ses derniers couplets, devant un public ravi de ce grand comeback.

75435764_416265462392852_3320104127484133376_nQu’à cela ne tienne : nous décidons de nous rattraper en sautant comme si nous n’avions pas de ménisques sur les morceaux de Skip The Use. Portés par l’énergie du plus anglo-saxon des Ch’tis, Mat Bastard, nous entrons dans une transe franco-britannique où s'entremêlent des visions de théières ébréchées et des hallucinations olfactives à base de maroilles.

La soirée se poursuit entre sonorités brésiliennes et citations piochées au gré des interviews de Pierre Niney ou Jacques Brel, puisque c’est Bon Entendeur qui s’installe aux platines. Les membres du collectif nous gratifient d’un remix inédit (et fort apprécié) du tube de Jorge Ben Jor, Mas que Nada, et parviennent à faire danser les spectateurs, dont certains sont tout jeunes bacheliers, sur des extraits vocaux qui ne sont pourtant pas sans rappeler le stress post-traumatique de l’épreuve de philo. Belle perf’ ! 72898308_2492833857657098_3082714984317190144_n (1)Nous délaissons finalement l'électro-cocorico de Bon Entendeur pour remuer du bassin, quelques mètres plus loin, devant le set épatant de Dombrance. Le musicien en costume-cravate (et tout de moustache vêtu) préfère les personnalités politiques (de tous bords) aux comédiens vintage. Ainsi, il intègre à son show planant et de très belle facture, des visuels mettant en scène l’ancienne ministre Christiane Taubira, Giscard ou encore l’inoubliable Jean-Pierre Raffarin. C’est un grand “yes ([...] to win against the no”) !

C'est la mort dans l'âme que nous quittons le Sud-Est le lendemain, abattus à l’idée de reprendre le train vers les contrées froides et hostiles d’Île-de-France, mais bien décidés à revenir l'an prochain pour prendre part à ces nuits de liesse et esquinter à nouveau notre capital soleil.