Astérix, Lucky Luke et les super-héros, ces flaques gauchiasses

Pour vous mouiller la nuque, on commence par une chronique de l'avant-dernier Astérix, La Fille de Vercingétorix. On se dit que que ça va être un bukkake d'éloges pour le village d'irréductibles qui résiste encore et toujours aux envahisseurs, auquel doit s'identifier toute la rédac' de Geoffroy Lejeune. Que nenni, le bébé d'Uderzo et Goscinny est traité comme l'organisateur d'un camp décolonial et se fait juger pour haute trahison. Dans le nouveau tome de ses aventures, le moustachu aurait laissé filé "son esprit de résistance franchouillarde", son "humour potache" et son "esprit de camaraderie", battu par "l'invasion féministe". Mais pourquoi donc ? Parce que le babtou fragile laisse la vedette à Adrénaline, une "Greta Thunberg" qui "check les garçons du village" et ose être "irrévérencieuse", la bougresse. On imagine l'ulcère foudroyant du petit Maxime Coupeau, l'auteur de l'article, et les vilaines ridules sur son visage poupin lorsqu'il a découvert qu'Adrénaline avait en plus deux papas, Monolitix et Ipocalorix. Une "curieuse représentation de la famille montrée aux enfants". Mais le pauvre n'était pas au bout de ses peines : "La fille de Vercingétorix s’attaque également à des thèmes sociétaux marquant comme la surconsommation, la grossophobie et le racisme. La dernière planche de l’ouvrage est très équivoque. On y voit le personnage central recueillir trois petits enfants de différentes origines. Un appel clairement lancé au droit d’asile et à l’accueil des migrants. Toute cette modernité en Gaule dénature l’œuvre originale. Ils sont fous ces gauchistes."  C'est vrai quoi, qu'est-ce que c'est que ces gaulois qui veulent accueillir toute la misère du monde ? Quant au tout dernier Lucky Luke, Un cow-boy dans le coton, d'après Laurent Dandrieu, il enfoncerait des portes ouvertes en critiquant les esclavagistes. Surtout, ce qui étonne le tronpa de la rubrique, c'est que "Jul dit s'être interdit, pour cet album, de caricaturer les Noirs, dans une série dont le dessin repose pourtant en bonne part sur la caricature." Leur mettre de grosses lèvres rouges ou un os dans le nez, ça aurait été quand même plus Charlie, non ? Enfin, chez VA, l'ennemi c'est la "propagande progressiste", celle qui passe par le casting d'une femme noire pour jouer 007 ou par la création de personnages musulmans chez Marvel. La crainte du grand remplacement s'exprime aussi dans le domaine de la fiction. Bon courage à ces Don Quichotte réac' pour leur chasse aux ennemis imaginaires. 

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Joker et culture de l'excuse
Plus surprenant est le sort réservé au Joker de Todd Phillips. A la manière de Manuel Valls qui visait les sociologues en affirmant que "expliquer le jihadisme, c'est déjà vouloir un peu excuser", Laurent Dandrieu estime que "tout le film est sous-tendu par une culture de l’excuse qui veut que la violence soit une résultante directe de l’indifférence des puissants vis-à-vis des plus faibles, des marginaux, des excentriques : invisible au reste de la société, le Joker n’acquiert une reconnaissance sociale que du jour où il devient l’emblème de la révolte des humbles contre les riches." Non, rendre compte de la violence symbolique et des mécanismes sociaux qui broient les plus modestes, ce n'est pas excuser les crimes et les déviances. Et ce n'est pas non plus en vanter les mérites. Mais le journaliste n'est pas vraiment ce qu'on appelle un philanthrope qui a confiance en ses contemporains puisqu'il écrit : "Si on ne peut pas parler d’apologie de la violence à proprement parler, il paraît évident que le film sera pris comme tel par beaucoup d’esprits faibles, dans un contexte social où l’indignation a été érigée en idole, susceptible de justifier n’importe quelle violence du moment qu’elle est commise au nom du “Bien” (des blacks-blocks qui se glorifient de vouloir “tuer du flic” aux écolo-terroristes)." Effectivement, on a pu voir le déferlement d'attentats écolo-terroristes qui a secoué la France depuis la sortie du film. Une analyse visionnaire.

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Downtown Abbey contre Marx
Heureusement, il existe un antidote au poison jokero-anarchiste : la série Downtown Abbey. Le patronyme de l'auteur de la critique de la série anglaise, Yves de Kerdrel, laisse vite comprendre pourquoi il se pâme à l'idée d'un conservatisme "garant de la cohésion sociale". Il s'extasie comme si la Révolution Française n'avait jamais existé : "Manifeste anti-lutte des classes, Downton Abbey est aussi une réplique à la logique contemporaine du chacun pour soi : ici, chacun, qu'il soit maître ou serviteur, propriétaire ou métayer, n'existe que par et pour les autres." Ah, la royauté, cette belle époque où nous vivions tous heureux main dans la main dans une grande solidarité organique. Ou pour reprendre M. de Kerdel, "une communion autour d'une même vision de l'existence, où chacun doit permettre à l'autre de donner le meilleur de lui-même" et non un "affrontement entre maîtres et serviteurs".  C'est vrai que le noble était un peu le coach fitness des gueux, qui les poussait à se donner à fond. Joli révisionnisme enthousiaste et déni total de la notion d'aliénation. Chapeau bas, sire.