TANT PIS POUR LAMOUR (1) (1)TANT PIS POUR L'AMOUR, OU COMMENT J'AI SURVÉCU À UN MANIPULATEUR, de Sophie Lambda, éd. Delcourt, 294 p., 23,95 €
On commence par là, parce qu’on veut déclarer notre amour à Sophie Lambda, qui signe ici le scénario, le dessin et la colorisation d’une BD qui relate son expérience propre. Autant dire qu’à part un rendez-vous chez le proctologue, on ne fait pas plus intime. Le coeur de Sophie a eu la mauvaise idée de tomber amoureux d’un manipulateur. Son cerveau raconte la descente en enfer. Évidemment, Tant pis pour l’amour agira comme une thérapie pour toutes les victimes.TANT PIS POUR LAMOUR_13 (1) © Éditions Delcourt, 2019 – Lambda

En particulier la fin du récit (qui propose même adresse et numéro de téléphone pour s’en sortir). Mais si vous n’avez pas été victime d’un(e) manipulateur(trice), vous allez adorer quand même. C’est là la grandeur de ce livre. Quel humour et quelle mise en scène ! Il y a du cinéma dans les doigts de Sophie Lambda. On s’arrête sur certaines cases comme sur des plans de David Fincher. Et l'on se marre, parce que Sophie ne se ménage pas ; elle se moque d’elle-même et allège le propos, qui n’a pas besoin de violons pour être universel. Verdict : c'est un grand oui.
animaux

LE CHÂTEAU DES ANIMAUX, de Félix Delep et Xavier Dorison, éd. Casterman, 71 p., 15,95 €
La BD parfaite. D’abord, parlons des dessins de Félix Delep. Première BD pour ce dessinateur animalier de 27 ans - et quelle beauté ! Un parfait équilibre entre réalisme et graphisme. La réussite de donner des émotions à un bestiaire sans tomber dans la caricature anthropomorphique. Et un mouvement, une tension permanente que bien des cinéastes envieraient. Quant au scénario de Xavier Dorison… Un casse-gueule. Le Château reprend le court roman en dix chapitres de 1945 de George Orwell, La Ferme des animaux. Quand on s’attaque à un tel monstre de la littérature, reprenant la fable animalière giron de la culture européenne pour dénoncer les plus grandes dictatures du siècle dernier… disons qu’on n’a pas beaucoup le droit à l’erreur. Tant mieux, Xavier Dorison n’en commet pas une seule. Bon, vous l’aurez compris, pépite en vue. Un seul regret : les trois tomes suivants ne sont toujours pas disponibles. 
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MISHIMA, MA MORT EST MON CHEF-D'OEUVRE, de Li-An et Patrick Weber, éd. Glénat, 245 p., 22 €
Quoi ? Vous ne connaissez pas Yukio Mishima ? On avoue piteusement cette faille béante dans notre culture générale : nous non plus avant de lire ce livre. Mishima est pourtant un écrivain majeur du XXème siècle, et un paradoxe ambulant. «J’ai mis tout mon génie dans ma vie, je n’ai mis que mon talent dans mes livres», se vantait Oscar Wilde. Eh bien, il semblerait que Mishima ait réussi à mettre du génie dans les deux. L’auteur a écrit sa vie autant que ses livres. Ne se plaisant à être que là où on ne l’attendait pas.Haute_013 MISHIMA (1)Esthète de son corps, politisé à l’extrême, allant jusqu’à mettre en scène sa mort avec le seppuku. Avec le noir et blanc et le trait minimaliste de Li-An, la force du propos jaillit en plein visage. En moins d’une heure, on découvre une vie. On la ressent. On l’admire. La BD dans toute sa puissance évocative.
Fichtre-couv (1) (1)

FICHTRE, d’Alberto Montif, éd. Çà & Là, 160 p., 14 €
Les éditions Çà et Là se sont fait une spécialité de traduire en français les BD des auteurs étrangers. Et on les en remercie : comment aurions-nous pu, sinon, par exemple découvrir le travail de l’Équatorien Alberto Montif ? Ceci dit, si vous êtes friand de dessins postés sur les réseaux, vous avez peut-être déjà vu l’un des siens y circuler ; ce livre les regroupe. Une page, un dessin. Point. Rien de plus simple. Et un petit bonbon acide au final, comme quand vous lisiez en cachette les Reiser ou Wolinski dans la bibliothèque parentale. À picorer sans modération. Et à offrir !Viande-&-Macaroni_Notre-chouette-famille_couvNOTRE CHOUETTE FAMILLE, de Viande et Macaroni, éd. Payot, 144 p., 17,90 €
On retrouve nos amis Viande et Macaroni. Et on laisse la bien-pensance et le politiquement correct aller faire un tour pour s’aérer. Ode à la famille avec ce nouveau livre. Un père ancien acteur porno, une grand-mère raciste, réac' et sans pitié, un chien rêvant d’exterminer les humains… Une famille normale, quoi. Du cul, du sang, du mauvais sentiment… Tout ce qu’il faut pour passer une bonne journée. À garder pour vos dimanches après-midi pluvieux, avec un plaid et une tasse de thé. Rien de plus rassurant que de partager ses défauts avec ses contemporains. 
Haute_CV1 BRAM STOKER DRACULA (1)DRACULA, de Georges Bess et Bram Stoker, éd. Glénat, 202 p., 25,50 €
On ne sait pas qui est ce Bram Stoker au scénario, mais il ira loin. Attention, ce n’est pas une BD pour enfants que vous tenez entre les mains. Dark, très dark. Avec un trait gothique à filer les poils. Du noir, du blanc. Des dessins si détaillés qu’ils en paraissent torturés. Une œuvre d’art. Évidemment, vous connaissez déjà l’histoire. Pas beaucoup de surprise, donc pas de spoiler possible. Mais rarement, si ce n'est avec Coppola, on ne s’est plongé aussi profondément dans ce monde.Haute_004 BRAM STOKER DRACULA (1)Pour être franc, il faut parfois reposer le livre tant on sent les ténèbres nous remonter le long des mollets. Avec Georges Bess, on ne raconte pas Dracula, on le rencontre.Le Cimetière des ames C1 (1)LE CIMETIÈRE DES ÂMES, d'Éric Corbeyran, Francesco Manna et Marie-Odile Gaultier, éd. Glénat, 144 p., 19,95 €
Encore un livre frustrant. Encore une réussite qui va nous demander d’attendre le prochain volet. Corbeyran voit le dessin comme une thérapie ; donc, il y met ses doutes, ses questions, ses angoisses... et l'on s’y vautre sans poser de questions. Pas surpris finalement de voir des gorilles évolués mener l’enquête à côté des humains. Pas plus que de voir apparaître un ersatz de Don Quichotte revenir du passé, ou des morts envahir notre monde. En fait, on n’est pas dans une BD ici, mais dans une série Netflix. De la SF post-punk, post-moderne, post-technologie, post-tout-ce-que-tu-veux-tant-que-ça-veut-dire-que-c’est-cool. «La Terre se couvrira d’un linceul de cendres et ce sera la fin du mondei, annonce la couverture. Un programme ambitieux. Et qui ne déçoit pas.