Capture d’écran 2019-11-06 à 10.55.41C'est au XVIIème siècle que les origines de la poupée qui fait du bien prennent racine, au moment où des navigateurs hollandais découvrent la tradition coréenne des "épouses de bambou" (ou Juk Bu In). Ces cylindres étaient, et sont toujours, utilisés pour, soit-disant, refroidir les cuisses des dormeurs, qui doivent les placer entre leurs cuisses et les enlacer. Mais vous vous doutez bien que cette forme oblongue avec plein de petits trous a inspiré aux marins en rut une toute autre utilisation. Ces derniers se mirent à confectionner leur propre femme de substitution, ou "dame de voyage", sorte de traversin fourré avec des chiffons rapiécés. La pratique se répandit dans tous les équipages d'Europe au point de devenir l'accessoire indispensable aux voyages. 
Capture d’écran 2019-11-06 à 10.53.14C'est grâce à la maîtrise du caoutchouc au début du XXème siècle que ces messieurs vont pouvoir se frotter à autre chose qu'un vieux polochon lépreux. Lors de l'Exposition Universelle à Paris, des modèles gonflables font scandale et la police traque les revendeurs qui tentent d'écouler leur produit aux touristes fortunés. Dans Les Détraqués de Paris, étude de moeurs écrite en 1904 , l'écrivain René Schwaeblé décrit lui aussi le commerce sulfureux dans la capitale de "poupées fornicatoires" qui possèdent cheveux et poils. Dès 1906, il semblerait même qu'il existe des versions masculines qui reproduisent l'éjaculation, via des tubes pneumatiques, comme le documente le psychiatre et dermatologue allemand Iwan Bloch dans La vie sexuelle de notre temps. La course folle du progrès en somme.  

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Un homme seul et désespéré a marqué l'Histoire par sa détermination à mettre dans son lit une réplique de sa femme idéale : le peintre Oskar Kokoschka. Largué en 1912 par Alma Malher, veuve de Gustav, le fameux compositeur, l'artiste n'arrive pas à faire le deuil. En 1918, alors que la Première Guerre Mondiale prend fin, il s'empresse de commander une réplique de la jeune femme à une costumière de théâtre munichoise. Dans d'interminables lettres, il détaille ses exigences : une bouche qui s'ouvre, avec une langue et des dents, et une peau qui pourrait abuser les sens. Lorsqu'il reçoit l'espèce de piñata duveteuse, Kokoschka est déçu. Il l'emmène tout de même à l'opéra, la balade en calèche mais se résout à la décapiter lors d'une soirée arrosée. RIP Alma, l'Olympia des poupées sexuelles.

Capture d’écran 2019-11-06 à 10.53.00Il faudra attendre les années 60-70 pour que le marché explose, grâce aux filles et garçons en vinyle, en latex puis en silicone, produites en série et qui se commandent par correspondance.  En 1977, c'est la révolution. Rien à voir avec le punk, c'est l'arrivée des "love dolls" japonaises, qui ont un squelette, sous l'impulsion de la firme Orient Industry. Le plastique, c'est fantastique.
Capture d’écran 2019-11-06 à 15.08.12On évolue ensuite vers de plus en plus de réalisme et c'est d'ailleurs la marque RealDoll qui accède à la gloire dans les années 90, avec ses mannequins anatomiquement corrects en silicone, avant de développer les premiers sex robots et de lancer des recherches sur l'intelligence artificielle. Le futur de la poupée sera cybernétique ou ne sera pas, à moins que la réalité virtuelle ne signe leur extinction totale. Renversement passionnant, ce qui a commencé comme la recherche d'une jouissance purement instrumentale, sans affect, a muté vers de plus "l'objectum sexualité" ou le "pygmalionisme", termes qu'on applique à ceux, sans cesse plus nombreux, qui tombent amoureux de leur poupée. Chassez l'amour, il revient au galop. 

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