Lous and The Yakuza
La galère, Marie-Pierra l’a longtemps connu. Notamment dans la rue, où elle vivait pendant un temps. Mais cette fan de Naruto est une battante, bien déterminée à vivre de sa musique. Après des centaines de concerts et deux années à bosser sur son premier album, dont sept mois à travailler comme une malade dans une cave de Molenbeek, celle que l’on surnomme désormais Lous & The Yakuza s’apprête à inonder le marché francophone. Avec son premier single, Dilemme, c’est plutôt bien parti. Mais il y a aussi cette création lors des prochaines Transmusicales et ce fameux premier album, Gore, produit par El Guincho (Rosalía), à paraître l’année prochaine.
À quoi ça ressemble ? Lorsqu’on lui pose la question, Lous dit vouloir être une icône pop, être à la fois Kaaris et Dalida, soit l’alliance parfaite d’un gangster et d’une diva.
Potentiel de séduction : «J’ai toujours cru avoir une vision artistique supérieure à mes capacités. Sauf qu’El Guincho m’a poussée dans mes retranchements pour que je donne vie à toutes mes idées», raconte Lous. Une preuve supplémentaire permettant d’affirmer que, après avoir collaboré avec Krisy ou Damso (elle fait d’ailleurs une apparition dans le clip de Bruxelles vie), la Bruxelloise, désormais signée chez Columbia, vient sans doute de trouver là le partenaire de jeu idéal pour «niquer le game».


Aly Bass
Elle aussi vient de Belgique. Elle aussi habite Bruxelles et est signée sur une major (Arista, filiale de Sony Music). Esthétiquement, Aly Bass paraît toutefois bien plus crue et énervée que Lous and The Yakuza. Ça n'a rien d'un reproche, simplement un constat que ses mots sur 97 viennent confirmer : «Ce soir j’ai pas envie de danser / Capuchée dans le fond du club / Je préfère les regarder twerker comme si j’avais une teub».
À quoi ça ne ressemble pas ? À 25 ans, Aly Bass a visiblement déjà les idées claires. Suffisamment en tout cas pour puiser autant dans les sonorités caribéennes que dans la trap ou la chanson. Avec, toujours, cette façon de piétiner le sexisme : «Cherche-toi le gros cul que je n'ai pas, j'vais pas faire des squats pour toi», chante-t-elle sur son dernier single, Baby Mama.
Potentiel de séduction : Dans une interview à Dazed, Aly Bass précise que son premier album sera différent de sa mixtape, Je 2 Société, et qu’il permettra à quiconque de découvrir qui elle est réellement. Et tout le monde sait qu’il n’y a pas meilleure façon de séduire que la sincérité, non ?


Beabadoobee
Depuis Londres, Bea Kristi, 19 ans, aime les pulls en laine avec des nounours dessus, les décolorations et, c'est finalement le plus important, ce rock que l'on joue tête baissée, comme pour se libérer du poids du monde le temps d’un morceau forcément gorgé de riffs nonchalants, de refrains bruts et de textes grattés rapidement pour combler l’ennui.
À quoi ça ressemble ? I Wish I Was Stephen Malkmus : tel est le titre d'un des singles phares de Beabadoobee. À croire que la Londonienne aime elle aussi jouer du rock indé' hérité des 90's et composé en pensant très fort à ces groupes à l'hygiène fracassée - on parle de Pavement là, bien sûr.
Potentiel de séduction : Beabadoobee a déjà trois EP à son actif, dont Space Cadet, tout juste sorti, et ils contiennent déjà suffisamment d'innocence, de dégoûts et d'émotion pour prendre la place de Stephen Malkmus dans le cœur des amoureux de cet indie-rock qui se chante l'air résigné, le cœur en berne.


Greentea Peng
Des premières parties pour Neneh Cherry, une Boiler Room, un Colors vu plus de 2,5 millions de fois, les compliments de Vivienne Westwood et des scènes partagées avec Migos ou Bad Bunny : un bref coup d’œil à la biographie de Greentea Peng suffit à faire monter la sauce autour de cette artiste originaire du Sud de Londres. Là où, visiblement, tout se joue ces dernières années.
À quoi ça ressemble ? Comme souvent, sur la simple base de sa voix soul et de son corps tatoué, les journalistes un brin racoleurs vont tenter de rapprocher Greentea Peng d’Amy Winehouse. Et, comme souvent, ils vont se ramasser dans des comparaisons aussi gênantes qu’un sketch d’Arthur, oubliant de préciser les régulières inclinaisons électroniques dans les morceaux de l’Anglaise. À l’image de Mrs. Sun (Miss Da Sun), produit par Eearbuds, également à l’origine de quelques beats pour Slowthai.
Potentiel de séduction : Si vous avez correctement lu les deux paragraphes précédents (c'est-à-dire en totale décontraction, et pas à l'abri du regard de votre patron), alors vous savez que Greentea Peng a tous les arguments pour mettre les pieds dans le plat de l’industrie musicale. Et, visiblement, elle chausse large.


Musique Chienne
Si l'on se fie à son pseudonyme, on peut logiquement affirmer que Sarah-Louise Barbett a deux passions dans la vie : la musique et les chiens. Mais c'est évidemment un leurre : la Française, formée au Conservatoire, aime aussi les bidouillages électroniques, les synthés, la pop lo-fi, les dessins et Elie Kakou, dont elle réinterprète un sketch sur Je suis partie pour rester, extrait de son dernier EP (Percussive Music).
À quoi ça ressemble ? À ses débuts, il était encore possible de rapprocher Musique Chienne des productions les plus épurées (et les moins torturées, donc) d’Aphex Twin. Désormais, on pense davantage à une version alternative de Salut C’est Cool. Et c’est très bien comme ça aussi !
Potentiel de séduction : En début d'année, Musique Chienne a assuré des premières parties pour Flavien Berger, un an après que ce dernier a posé fièrement avec le vinyle de La Maison de Billy. En clair, Musique Chienne, repérée autrefois par La Souterraine, est déjà bien identifiée au sein du paysage indé'. Ne reste plus qu'à espérer que son amour pour la race canine attise également la sympathie de Michel Drucker ou Christophe Dechavanne. Histoire de remplir le compte en banque, quoi.


Snoh Aalegra
On ne sait pas s'il existe un Eric Zemmour suédois, on ne l'espère pas, mais nul doute que son cerveau surchaufferait à l'écoute de cette métisse de 32 ans, née en Suède de parents originaires d'Iran. En plus, Snoh Aalegra, comble du blasphème, chante en anglais et préfère citer Whitney Houston comme principale influence plutôt que les quatre gus en collants à paillettes d'Abba. Bref, un véritable cauchemar pour les nationalistes qui, une fois n’est pas coutume, auraient tort de se priver du premier EP de cette artiste chouchoutée par Prince au cours des deux dernières années de sa vie.
À quoi ça ressemble ? À ces moments intimes que l’on aimerait perpétuellement avoir uniquement pour pouvoir consommer tout cet amour en écoutant des titres tels que You ou Find Someone Like You.
Potentiel de séduction : Des chansons mid-tempo, une voix soul, un sens de la mélodie évident : sur le papier, Snoh Aalegra aurait tout pour être la nouvelle protégée des rappeurs (avec qui elle collabore, de Common à Vince Staples), histoire d'assurer leurs refrains. Sauf que l'époque où les chanteuses R'n'B se contentaient de ce statut un peu bâtard est révolue, et la Suédoise, désormais installée à Los Angeles, compte bien faire de son premier album, Feels, une référence pour les années à venir. 


Carla Dal Forno
D'un point de vue purement vestimentaire, Carla Dal Forno a tout de la fille sérieuse, travailleuse, du genre à s'excuser pour sa vulgarité après avoir dit «zut». C'est sans doute un cliché, mais il faut bien admettre que sa vision de la pop, très belle, très douce, très minutieuse, entretien la même idée. 
À quoi ça ne ressemble pas ? Sur un de ses derniers EP, l'Australienne, aujourd'hui basée à Londres après un long séjour à Berlin, compilait différentes reprises de Lana Del Rey. Si elle partage avec l'Américaine la même passion pour les chants lancinants, presque sensuels, c'est un autre versant de la pop qu'elle creuse avec son nouvel album, Look Up Sharp, à écouter dans l'obscurité d'une cave, de préférence aux côtés de Robert Smith.
Potentiel de séduction : Carla Dal Forno a trop longtemps bossé chez un disquaire pour ne pas être au courant que sa cold wave n'est pas ce qui risque d'exploser les ventes en cette fin de siècle. Qu'importe, on sait que sa musique ravira les lecteurs de Pitchfork comme les amoureux de Kaitlyn Aurelia Smith ou Broadcast


Normani
L'Américaine, ex-membre de Fifth-Harmony, a déjà enregistré des duos avec une partie du gratin US (Sam Smith, Khalid, 6Lack, Nicki Minaj et même Ariana Grande), mais c’est avec son premier titre en solo, Motivation, qu’elle pourrait bien se faire une place. Sous le soleil californien, de préférence.
À quoi ça ressemble ? Une danse sensuelle effectuée le nombril à l'air, des chorégraphies entamées à plusieurs en plein milieu de la rue, un refrain bien catchy et un final sous la pluie. Pas de doute : Normani a beaucoup regardé les clips des Destiny's Child, de J.Lo ou de Ciara étant gamine. Ça fait un peu pastiche, on ne va pas se mentir, mais ça n’empêche pas Motivation d’être de ces gourmandises que l’on a envie de croquer si vite qu’on en oublie d’enlever le papier. Quoi que cette phrase puisse vouloir dire.
Potentiel de séduction : Des Destiny’s Child, Normandi dit préférer Kelly Rowland à Beyoncé, et ça, ça pose la singularité d’une artiste, non ?


Lucie Antunes
Un pied dans la formation classique (résidente de la Cité Internationale des Arts, mastère du Conservatoire National Supérieur de Lyon), l'autre dans la pop (Moodoïd, Aquaserge ou Yuksek, pour qui elle assure les parties de batterie), Lucie Antunes est ce que l'on pourrait appeler une artiste érudite. Du genre à vouloir susciter l'euphorie sur la piste de danse avec uniquement des instruments électro-acoustiques. Sans pad ni ordinateur, donc.
À quoi ça ressemble ? À une artiste chapeautée par InFiné, c'est-à-dire une musicienne constamment à la recherche de nouvelles sonorités mais perpétuellement capable de capter l'oreille sans jamais paraître trop complexe ou abstraite. Et non, ce n’est pas un mince exploit.
Potentiel de séduction : Début octobre, la musicienne / performeuse / metteuse en scène livrait Sergeï, un premier album où l'on croisait Julien Gasc, Kim, Carmen Maria Vega, Halo Maud ou Jean-Sylvain Le Gouic de Juveniles. Un sacré casting pour une belle carrière qui s’annonce.