totoafrica

Autant le dire tout de suite : je n’ai jamais compris l’engouement d’Internet pour l’insupportable tube de Toto Africa. Pour moi, cette chanson représente le pire des années 80, entre sa mélodie synthétique sirupeuse pour bande FM qui essaie maladroitement d’introduire des éléments “world” et ses paroles absconses qui déroulent des clichés sur l’Afrique (et on ne parle même pas de son clip). L’auteur du morceau David Paich raconte lui-même qu’il ne connaît pas l’Afrique, comme notre Matthieu Chédid national, et que les lyrics lui ont été inspirées par la vision de spots humanitaires : « Les balbutiements me sont venus à l’époque où l’on voyait des pubs de l’UNICEF à la télé, qui montraient des familles et des enfants vivant dans la pauvreté. [...] Le refrain m’est venu comme par magie, et je me souviens qu’après avoir chanté “Je bénis les pluies d’Afrique”, je me suis arrêté et je me suis dit [...] : Dieu m’utilise comme instrument! ». En tout cas si c’est le Tout-Puissant qui lui a soufflé ces mots, il devait avoir un petit coup derrière la cravate ce jour-là. 

Mel Magazine a demandé à des spécialistes de fact-checker les paroles du morceau. C’est le météorologue Peter Knippertz qui ouvre la danse : « Parfois quand je donne des présentations scientifiques sur la météorologie africaine, j’aime utiliser des exemples tirés de chansons, de films ou de livres pour rendre mon propos plus divertissant. Mais il n’y a rien à tirer d’Africa de Toto [...] Il s’agit d’images de carte postale de l’Afrique, qui n’ont rien à voir avec la réalité» L’écologiste sud-africain Simon Gear tique quant à lui sur la strophe sur les « chiens sauvages qui poussent des cris dans la nuit » : « Les chiens sauvages ne s’appellent pas dans la nuit ! Ni même pendant la journée d’ailleurs. Ils confondent avec des hyènes. »

Après ces considérations scientifiques de première importance, ils observent quand même que les paroles d'Africa sont avant tout métaphoriques. Gear commente ainsi la phrase « Je bénis les pluies d'Afrique » : « Dans certaines régions arides, la population peut attendre longtemps avant que la pluie tombe. A ma connaissance, il s’agit ici d’une image du sentiment amoureux. » Il note aussi qu’il s’agit d’une chanson très populaire et appréciée en Afrique du Sud : « Elle est souvent interprétée par des chorales locales. [...] Mais quand on regarde bien les paroles, c’est à pisser de rire. C’est totalement ce qu’on peut attendre d’un groupe de gars blancs qui n’ont jamais mis les pieds sur le continent. »