Ça se binge : The End Of The F***ing World
«Pas la peine d’en faire un plat». Ça, c’est la dernière phrase de la saison 2. Celle d’Alyssa, celle qui vient conclure The End Of The F***ing World. Et on imagine déjà les principaux détracteurs de la série (en gros, ceux qui n’aiment pas les échappées belles, les vestiges de l’adolescence, les romances candides et les bonnes BO) s’approprier cette phrase, prétextant que la série de Charlie Covell n’est rien d’autre qu’un show mettant en scène deux adolescents faussement torturés, qui tentent de donner un sens à leur vie, passée dans un bled paumé, en jouant les rebelles et en écoutant des musiques composées bien avant leur naissance. Sauf que The End Of The F***ing World n‘est en rien un ersatz de Stranger Things (autre blockbuster made in Netflix). C’est une série qui, au contraire, réussit à mettre en scène la cruauté des adolescents - qui dissimulent bien souvent derrière leur excentricité une profonde tristesse et un mal-être silencieux -, et qui parvient ici à séduire en s'émancipant de la BD originelle. Notamment à travers le personnage de Bonnie, une post-adolescente noire au profil tarantinesque dont les traumas et l'esprit de vengeance agitent ces huit nouveaux épisodes, mais surtout grâce à la relation James/Alyssa, qui gagne ici en profondeur et en émotions.

Alors, oui, ce n’est «pas la peine d’en faire un plat», et le rythme de la série (ainsi que sa durée : 2h40) y incite, mais tout de même : on reste émerveillé devant cette façon qu'a Charlie Covell de mettre en place son intrigue (les plans, la relation musique/image, le restaurant très lynchéen de la tante d’Alyssa, perdu au milieu de la forêt, etc.) et de poser un regard sur le monde, fait de solitude, de regrets et d'absence. Ici, James et Alyssa ne sont pas que des adolescents profondément affectés par leurs pensées et le monde des adultes : ce sont surtout deux jeunes gens qui font mieux que survivre avec toutes ces souffrances qu'ils se trimballent – «Que faire avec toute la souffrance ?» est d'ailleurs LA grande question posée dans l'avant-dernier épisode. The End Of The F***ing World, bien sûr, n’a pas une réponse toute faite, mais la façon dont elle l'aborde, avec ce mélange de mélancolie, de beauté sombre et de réflexions piquantes, suffit pour relativiser. Après tout, il suffit peut-être de tout envoyer bouler et de se rappeler cette ultime réplique d’Alyssa : «Pas la peine d’en faire un plat».

Le trailer qui fait le buzz
Rappel des faits : à la fin de la saison 4, Jimmy perdait son frère et apparaissait désormais sous les traits de Saul Goodman (contraction de «It's all good, man»). Autant dire que les choses sérieuses commencent pour cet avocat véreux. Et visiblement, cela ne devrait faire que s’intensifier au cours de la saison 5, à en croire ce teaser où l'on retrouve le personnage de Bob Odenkirk assis à l'arrière d'une voiture, le regard posé sur un flingue, tandis que Murder On My Mind de Win Can’t Lose passe à la radio. Bon, on sait d’avance qu’il va s’en tirer, mais on a tout de même hâte d’être le 23 février 2020 pour connaître la suite.

OSEF: la saison 2 de Sex Education
Après tout, a-t-on vraiment besoin d'une nouvelle salve d'épisodes autour d'Otis Milburn, jeune puceau mal dans sa peau, pour comprendre que le sexe hante les années lycées ? La réponse, vous l’avez : non, il suffit de se rappeler de son premier râteau, et c'est réglé - oui, celle-ci elle est pour toi Julie du collège Franklin : j'espère que, depuis, tu t’es fait larguer par un mec fan de Bigflo & Oli et que tu pleures des rivières en lisant du Amélie Nothomb.

Le twist du mois
Si les années 2000 ont eu l'épisode The Constant de Lost pour brouiller les cartes de la science-fiction. Les années 2010, elles, auront l'épisode six de la première saison de Watchmen, pour cette faculté à désorienter le public, à la fois perdu et fasciné par ces allers-retours entre présent et passé, noir et blanc et couleur, féminin et masculin. Traduction : le monde des séries de ces deux dernières décennies ne serait définitivement pas le même sans Damon Lindelof.
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La punchline du mois
«Allez, go go go, t'attends quoi Cendrillon là, des souris qui parlent ?» Lionel Planche, patron d’une boite de production cinématographique, à une journaliste, qu’il prend avec beaucoup de machisme pour la nouvelle boniche. Au passage, cette réplique en dit long sur l’humour (noir, burlesque, absurde ou tout ce que vous voulez) et la performance de Baptiste Lecaplain dans Pitch, sa web-série pour Canal+.

Le retour prett-ay, prett-ay, prett-ay good : Curb Your Enthusiasm
Curb Your Enthusiasm, pour les incultes, c'est cette émission qui a «changé la comédie à jamais» (dixit Ricky Gervais), c'est cette série qui se moque ouvertement des règles propres aux sitcoms et qui a directement inspiré divers projets ces dernières années : Master Of None, Platane ou Louis C.K. Tout ça pour dire que son retour pour une dixième saison en janvier est un réel événement. Et que si vous souhaitez en savoir plus sur la dimension révolutionnaire de la série de Larry David, étant donné qu’il y a peu de chances pour que les médias français en parlent, sachez qu’il y a de quoi se faire une idée via cet article (#autopromo).

La série qu’on aimerait spoiler : Un chant de Noël 
Voir le créateur de Peaky Blinders, Steven Knight, plonger dans l'univers de Charles Dickens, on ne vous cache pas que ça fait un petit quelque chose - au cœur, à l'imaginaire et un petit peu partout. Bien sûr, aucune chaîne française ne s'est encore manifestée pour assurer la diffusion d’Un chant de Noël (dont les premiers épisodes arrivent en décembre sur la BBC), et c’est dommage quand on sait que Knight, dans une interview à Variety, la présente ainsi : «Cette adaptation se présente comme l'interprétation respectueuse d'une histoire intemporelle qui fait écho à la situation actuelle».

L’instant drama : la fin de The Deuce
Début novembre, après trois saisons assez libres d'un point de vue temporel, les protagonistes de The Deuce tournaient définitivement la page au cours d’un final bouleversant. Parce qu'on est triste de dire au revoir à des personnages auxquels on s'était attaché (Candy, interprétée par Maggie Gyllenhaal, les jumeaux Frank et Vincent Martino, interprétés par James Franco). Mais surtout parce qu'on reste fasciné par la façon dont David Simon dresse le portrait de la mutation des rues new-yorkaises durant plus d'une décennie (de 1971 à 1984, en gros). Et le bilan est amer, voire mélancolique au cours de la troisième saison, qui s’achève donc sur la vision d'un des personnages errant sur la 42ème, telle qu'elle est en 2019 (gentrifiée, sans âme...), avec pour seul réconfort ces souvenirs d'un temps où tout paraissait plus libre, plus vivant.

Et le meilleur Christmas episode de la décennie est… : L'incontrôlable Noël d'Abed
En 2010, Community est encore au sommet. Comprendre : la série n’a pas encore été maltraitée par NBC, et Dan Harmon a encore le contrôle total sur son projet. Alors, forcément, la saison 2 atteint des sommets en termes d'humour, de narration et d'imaginaire. À l’image de L'incontrôlable Noël d'Abed, où Abed imagine tous ses amis en pâte à modeler (offrant ainsi de jolis clins d'œil aux classiques de Noël des années 1960), comme pour mieux affronter la tristesse de passer ses premières fêtes de fin d’année loin de sa mère. C'est touchant, c'est blindé de chansons mièvres et de pulls kitsch, mais c'est d'un réconfort à fendre le cœur des durs à cuire.

L’interview du mois
Dans les Inrocks, Dan Harmon, justement, détaille la façon dont sont conçus les épisodes de Rick & Morty, dont la quatrième saison vient de débuter : «En réalité, nous n'appliquons aucune méthode d'écriture particulière, ou si nous en avons une, il s'agit précisément de prendre le plus de distance possible avec tout carcan d'écriture. Ce qui se produit la plupart du temps, c'est que nous nous enfermons avec une bande de scénaristes dans une pièce. Pour peu que nous nous entendions bien et que nous partagions un penchant pour la science-fiction, nous commençons à rire ensemble, à déconner et à partager des trucs plus personnels sur nos vies. Il y a dans la pièce un assistant d'écriture dont la tâche est de garder la tête froide, de maintenir un cap et de surtout garder une trace écrite de nos délires, de nos blagues et de nos pensées.» On ne sait pas vous, mais on aimerait beaucoup en savoir plus sur l’état de santé de cet assistant.

La guest star ultime : Bill Murray
D'un côté, il y a les fidèles de Parks and Recreation et Angie Tribeca - ceux qui, en gros, aiment l'humour, l'absurde et les apparitions furtives de Bill Murray. De l'autre, il y a les habitués des films des frères Farrelly, ceux qui apprécient la façon dont les Américains se moquent bien du politiquement correct, quitte à tourner en dérision l'handicap de leurs personnages (le petit Billy, aveugle, qui se fait refourguer une perruche morte dans Dumb & Dumber, l’architecte Tucker, qui se fait passer pour un invalide en béquilles uniquement dans l’idée de sauter Cameron Diaz dans Mary à tout prix). Après des années à fantasmer la réunion de ces deux univers, la rencontre est sur le point de voir le jour. Ce sera dans The Now, la prochaine série de Peter et Bob Farrelly, centrée autour d'un homme dépressif (Ed Pool, interprété par Dave Franco) et diffusée sur Quibi. Oui, on sait, encore une nouvelle plateforme...

La vidéo du mois : 
Des fous rires, des décors qui s'écroulent et des textes oubliés : le bêtisier de la saison 3 de Stranger Things, c’est un peu tout ça. Mais c’est aussi l’occasion de constater que les gamins de la série ne sont pas toujours aussi énervants qu’ils peuvent l’être sur plateau télé. Ou alors est-ce simplement la jalousie de voir des gamins d’à peine 15 ans avoir une telle assurance quand il s’agit de chanter, de danser ou d’interpréter une émotion ? Passons…

La photo qui rend nostalgique
Parce que, selon les générations, Tom Selleck était soit l’incarnation du playboy à moustache au volant d’une grosse berline censée affirmer sa virilité ; soit le petit ami un peu trop âgé de Monica dans Friends. Dans tous les cas, il reste le symbole d’une époque à jamais perdue : celle des années 1980 et 1990.
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