BAKARI
Ce n’est pas parce qu’on commence sérieusement à se lasser de la coolitude hyper-marketée de Roméo Elvis et/ou que l’on a l’impression que Caballero & JeanJass sont arrivés au bout de leur formule que la hype du rap belge a fini par se tasser. Le plat pays reste un vivier de talents et, depuis Liège, Bakari le prouve avec un premier single extrêmement mélodique. Parce qu'on y trouve des punchlines, des rimes techniques, un refrain chantonné et cette foutue mélancolie qui fait écho au spleen de notre époque. Et parce qu'il s'appelle Mélodie, tout simplement.
À quoi ça ne ressemble pas ? Biberonné aux albums de 50 Cent et T.I., Bakari, qui a découvert le rap grâce au N°10 de Booba, développe un rap nettement moins testostéroné. Ce qui, soyons clairs, ne l'empêche pas de se définir comme un «jeune peu fréquentable», «drogué à la haine» et persuadé de chanter «le désespoir d'une communauté».
Potentiel de séduction : À en croire son attachée de presse, Bakari serait l'artiste que tous les labels cherchaient à s'arracher avant que Columbia ne remporte la mise. Simple argument promotionnel ? Peut-être. Mais, pour une fois, il paraît amplement justifié.


JGRREY
Écouter JGrrey, c'est s'offrir un joli trip dans l'héritage soul de Londres, c'est découvrir émerveillé un premier EP (Ugh) qui ne demande qu’à faire des câlins à l’âme. Enfin, c'est prendre conscience de l'état déplorable de notre monde, qui, à en croire l’Anglaise, a plombé le moindre de nos fantasmes : «Je ne veux pas me réveiller, si c’est à ça que ressemblent les rêves», chante-t-elle sur son dernier single, Dreaming Fool.
À quoi ça ne ressemble pas ? «Elle a un côté Jorja Smith mais en version punk». Voilà ce qu'on nous dit à son sujet. Et c'est vrai qu'avec ses tatouages sur la main et ses chicots en or, JGrrey se démarque illico de l'influence pesante de l’auteur de Lost & Found.
Potentiel de séduction : «Je n'ai jamais voulu devenir une chanteuse, mais j'ai toujours écrit des chansons». Dans une interview à The Line Of Best Fit, le propos de JGrrey (Jennifer Clarke au civil) en dit long sur sa modestie. Pourtant, c'est bien elle qui est soutenue par Lily Allen et Billie Eilish, dont elle a assuré les premières parties.


J HUS
En avril dernier, Drake, de passage à Londres, invitait sur scène J Hus, et c'était un moment mémorable. Parce que le rappeur britannique annonçait ainsi sa libération après huit mois de prison. Et parce qu'il était de nouveau sous le feu des projecteurs, deux ans après avoir été nominé aux Mercury Prize pour son premier album, Common Sense. Depuis, J Hus est revenu avec deux singles, dont un Must Be qui devrait effrayer les ayatollahs des concepts artistiques rigides. Ici, on emprunte aussi bien au dancehall et à l’afrobeat qu’au grime et au jazz. Forcément, c’est libérateur.
À quoi ça ne ressemble pas ? Ni à Ed Sheeran, ni à Young Thug, avec qui il a enregistré Feels, un single un brin anecdotique dont l’unique intérêt est de rappeler que le rouquin du Yorkshire fricote de plus en plus avec la scène hip-hop ces dernières années.
Potentiel de séduction : S’il est capable d’explorer les profondeurs de l’être humain (Disaster, son duo avec Dave en atteste), J Hus est avant tout en quête de singles. Et Must Be ou Did You See en sont indéniablement, des tubes, taillés pour les clubs et les supermarchés. Ce qui n'a rien d'une insulte.


LE JUIICE
Toujours une joie de revenir dans le 94 lorsqu'on parle de hip-hop - surtout quand celui-ci est incarné par une jeune femme prête à défoncer les portes. Celles de Planète Rap (Marwa Loud, Hayce Lemsi...) ou de Rentre dans le cercle, c'est déjà fait. Ne reste plus qu’à briser celles d’un studio, le temps d’enregistrer un premier projet qui témoignerait de sa faculté à dégainer des punchlines aiguisées. Qui ont le mérite de mettre les pieds dans le plat : «Ils se mettent à faire de la zumba, donc je me dois de faire le sale job», rappe-t-elle sur Wells Fargo.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Passi, MC Solaar et tous ces rappeurs que sa mère écoutait. Le Juiice, elle, confesse se passionner davantage pour Gucci Mane, et cela s'entend dans son énergie et sa façon d'agencer ses rimes – pas pour rien, finalement, si elle se surnomme «Trap mama».
Potentiel de séduction : «J’ai rendez-vous avec le succès», clame-t-elle sur Clean, avant d’affirmer, quelques rimes plus loin, être «née pour briller». Au moins, on ne pourra pas dire qu’elle ne nous avait pas prévenu. 


CAPTAINE ROSHI
Le Français a longtemps été entre de bonnes mains : membre du collectif Ultimate Boyz, il sillonnait dans l'entourage de Makala, Key Largo, Youv Dee ou Alpha Wann. Il fallait au moins cette dream-team pour ce rap tout en charisme, en voix cassée et en rimes noircies par la morosité quotidienne d’une vie passée au sein des rues parisiennes.
À quoi ça ne ressemble pas ? Koba LaD avait monté la série Ténébreux. Moha La Squale avait quant à lui ses freestyles du dimanche. De son côté, Captaine Roshi, 23 ans, a su faire monter la sauce à travers les huit freestyles SDD (pour Serpent Deviendra Dragon). La comparaison s'arrête là, tant la voix rocailleuse du Parisien permet à sa première mixtape (Attaque) d’incarner une vraie proposition artistique, d’être excitante et plombante dans la même ardeur.
Potentiel de séduction : Si Captaine Roshi a opté pour ce pseudo, c'est parce qu'il pense être celui qui fait ressortir les qualités des autres, celui qui prend les commandes et annonce les directives au sein d’une équipe. Alors, forcément, on a hâte qu’il prenne en charge les rênes du rap français.


WIT.
Dans une discrétion qui confine à l’injustice, Wit. est possiblement l'un des rappeurs les plus productifs du paysage hexagonal (NĒO, sorti cette année, est déjà son sixième projet). Dès lors, difficile d'expliquer ce manque de reconnaissance : est-ce dû à ses morceaux, hostiles aux compromis, taillés pour le futur ? Ou bien à cette étiquette de «rappeur alternatif», qui empêche également un mec comme Laylow, dont il est proche, de percer davantage dans les charts ? Ce qui est sûr, c'est le MC montpelliérain est la définition même d’un artiste imprévisible, capable de placer dans une même phrase une référence à Matrix, un big up à Schoolboy Q et un rappel : «Je suis né pour lutter».
À quoi ça ressemble ? À Laylow, forcément, chez qui il a longtemps vécu et avec qui il partagé un certain nombre de productions.
Potentiel de séduction : Dans une interview à Yard, Wit. dit : «Les gens écoutent David Guetta de 19h à 5h du matin et j’aimerais qu’on écoute ma musique de la même manière». Ce n’est pas la mélancolie inhérente à des titres comme Blues, Aller sans retour ou Sèche tes larmes qui risque d’aider, mais pourquoi pas, après tout.


GLINTS
Dernièrement, on a eu la chance de s'entretenir avec Glints. Alors, on lui laisse la parole : «Personne dans ma famille ne pratiquait vraiment la musique, même si elle était généralement appréciée. Cela dit, mon oncle et ma tante sont compositeurs et professeurs de piano. Petit, je passais mon temps à chanter et composer des chansons. À 8 ans, mon oncle et ma tante ont donc dit à mes parents que je devais faire quelque chose de cette passion, et ils m'ont inscrit dans une chorale d'enfants à l'opéra. Ensuite, je suis allé dans une école de musique et j'ai monté mon premier groupe à 13 ans. Le hip-hop, je ne l'ai découvert que plus tard.»
À quoi ça ressemble ? «Les médias me comparent beaucoup à Mike Skinner, et je pense que ça vient du fait que l'Anglais est l'une des seules références crédibles en termes de brit-hop. Cela dit, c'est une vraie influence, dans sa manière d'écrire comme dans ses productions, qui allient des éléments de la UK Garage, du grime et d'autres genres 100% britanniques. Mais je ne me limite pas à ça : j'aime vraiment des artistes comme Aphex Twin, Burial ou Flying Lotus.»
Potentiel de séduction : «Ce qu'on voit dans mes clips, c'est une représentation de mon univers. Ce sont mes amis, nos voitures, nos chiens. D'une certaine manière, c'est notre réalité. Il n'y a rien de gangster là-dedans.»  Glints, un rappeur de proximité ? Réponse avec son premier album, tout juste achevé et à paraître en 2020.


SIR
En janvier 2017, SiR, auteur/compositeur/interprète originaire d’Inglewood, rejoignait les rangs de Top Dawg Entertainment, le label de Kendrick Lamar et SZA. Depuis, le Californien a publié Chasing Summer, où il impose son style et sa voix, plaintive et radieuse. Surtout quand elle est comme ici richement accompagnée de beats tout en plénitude, en groove et en toupet.
À quoi ça ne ressemble pas ? Sur Chasing Summer, SiR a eu l’intelligence de placer son premier single (Hair Down, avec Kendrick Lamar) dès l’introduction. Une manière subtile de se débarrasser d’emblée de l’influence de K.Dot et de trainer ensuite son hip-hop dans des contrées nettement plus soul et R'n'B.
Potentiel de séduction : Pendant que certains artistes fantasment sur le mythe hollywoodien, SiR préfère visiblement composer la bande-son des plages californiennes, en quête d’un été éternel - son dernier projet, on vous le rappelle, se nomme Chasing Summer.


YELLOWSTRAPS
Dans une lignée infinie de duos formés par deux frères, Yvan et Alban Murenzi, nés au Rwanda et basés à Bruxelles, séduisent de plus en plus, avec ce supplément d'âme et de soul hybride, qui donne originalité et profondeur à ce R'n'B réalisé en équipe – après avoir bossé avec Le Motel et traîné dans les pattes de LeFtO, les frangins ont fait appel à Vynk, claviériste de Roméo Elvis, sur Goldress.
À quoi ça ne ressemble pas ? Entre futur et tradition, la néo-soul de YellowStraps a la classe, la mélancolie et la langueur de ces musiques que l'on chante pour des beautiful people sur des bateaux de luxe. Sauf qu'elle est ici interprétée avec les tripes, la sensualité et cette science de la mise en son qui empêchent tant d’artistes de toucher aussi profondément les âmes sensibles.
Potentiel de séduction : En 2014, YellowStrap remporte le prix Red Bull Elektropedia de l’«Artiste le plus prometteur». C’est certes anecdotique, mais ça permet de comprendre la genèse de Goldress, leur nouvel EP, enregistré dans les studios Red Bull à Berlin et voué à investir les chambres à coucher du monde entier - pour le plus grand plaisir des amateurs de siestes crapuleuses.


MAVI 
MAVI n'a que 20 ans. Alors, comme beaucoup de gens de son âge, l'Américain est encore à l'école, et plus précisément à la Howard University où il étudie les neurosciences. Pas étonnant dès lors que son rap soit si hybride et sonne comme le résultat de multiples expériences mystiques réalisées en studio. «J'essaie d'utiliser le hip-hop comme un moyen de transmission plutôt que de simplement composer des morceaux de rap», racontait-il à Sikk Magazine en avril dernier.
À quoi ça ne ressemble pas ? Entre son amour pour les maths et les équations musicales, il serait facile de considérer MAVI comme un geek privé de toute vie sociale extra-scolaire. Et donc de le rapprocher de N.E.R.D., cette formation qui, depuis le début des années 2000, a prouvé qu'il était parfois bien plus cool de préférer aux soirées alcoolisées des burgers faits maison, conçus pour être dégustés devant un énième épisode de Star Trek. Sauf qu’on pense plus au rap torturé d’Earl Sweatshirt qu’à la coolitude de Pharrell à l’écoute de Let The Sun Talk, son dernier projet.
Potentiel de séduction : Composée comme une unique piste de 32 minutes, cette cassette, co-réalisée aux côtés de l’ex-Odd Future (tiens, tiens) est sans doute trop cryptique pour le grand public. Son ambiance trop lourde, ses refrains trop pesants et ses questions beaucoup trop existentielles. Mais on aime cette façon d'être en phase avec le terme «DIY», c'est-à-dire d’envisager une musique relativement brute, insaisissable, qui fait du hip-hop un genre mouvant par excellence, toujours plus ouvert et imprévisible.