shroomsD’abord célébration païenne, associée au solstice d’hiver dans l’Antiquité romaine ainsi qu'aux fameuses Saturnales, aux cours desquelles on s’échangeait de nombreux cadeaux entre deux godets de vin au miel, Noël a progressivement remplacé les rites anciens pour se muer en fête de la Nativité avec l’arrivée de la chrétienté en Europe. Et l'incarnation de cette période de ripailles et de générosité a elle aussi connu plusieurs évolutions au cours des siècles, passant du personnage de Saint Nicolas, homme pieux faiseur de miracles en habits bleus ou verts et toujours coiffé d’une mitre, au papy bien en chair vêtu de rouge dont l’iconographie est aujourd’hui gravée dans la mémoire collective. 

Toutefois, et contrairement à la croyance populaire, ce relooking extrême ne s’est pas fait à l’initiative d’une marque de sodas. En effet, le Bonhomme Hiver tel qu’on le connaît aujourd’hui puise une partie de ses origines dans la littérature anglophone de la seconde moitié du XIXème siècle — notamment grâce au poème A Visit From Saint Nicholas, publié dans un journal américain en 1823 et qui modernisait considérablement la légende du patriarche, le débarrassant de ses attributs religieux au profit d’un bonnet rouge et d’un traîneau volant, ou encore à travers les contes de Charles Dickens, qui connurent un franc succès en librairie et participèrent grandement à inventer "l'esprit de Noël". Enfin, le caricaturiste new-yorkais Thomas Nast contribua lui aussi avec ses dessins à forger le mythe actuel du vieillard bedonnant résidant au Pôle Nord. thomasnast

Dessin de Thomas Nast, en 1866. 

Mais il se pourrait que ce changement de personnalité et ces nouveaux accessoires ne soient pas uniquement le fruit de l'imagination fertile de quelques auteurs, et que le folklore finlandais leur ait servi d’inspiration pour élaborer la légende du Petit Papa Noël. C’est en tout cas la théorie de plusieurs personnes, parmi lesquelles un ethnobotaniste, Jonathan Off, ainsi qu’un écrivain spécialiste en mycologie, Lawrence Millman. Le dessinateur Mathew Salton a tenté d’illustrer cette thèse dans la courte vidéo en fin d'article qu’on vous résume ici,  si vous avez séché les cours d'anglais au lycée. amanite (1)Millman prétend que les rituels chamaniques des Samis, un peuple autochtone qui s’est établi de la Suède à la Laponie, ont beaucoup influencé la représentation moderne de Santa Claus (qui est l'abréviation de Saint-Nicolas, n'est-ce-pas, ndlr). Il explique qu’il n’était pas rare que les sorciers se servent des propriétés d’un champignon, l’amanite tue-mouche, pour entrer en transe et rapporter des messages de l'au-delà à la tribu. Ce faisant, leur esprit réalisait un “vol” à travers le trou des yourtes qui permettait à la fumée de s’échapper, puis celui-ci réintrégrait leur corps, les bras chargés de messages consolatoires, de conseils ou de bénédictions. Ça ne vous rappelle rien, cette histoire de vieux monsieur qui passe par la cheminée pour offrir des cadeaux ?

D’autre part, lesdits chamans avaient pour habitude de se déplacer en traîneaux tirés par des rennes avant l’invention des motoneiges, et ces animaux sont eux-mêmes friands d'amanite tue-mouche, dont l’une des spécificités est de donner l’illusion de s’élever dans les airs. Des rennes qui planent, un vioque philanthrope qui n’entre pas par la porte d’entrée… Ça commence à faire beaucoup, mais si tous ces arguments ne suffisaient pas déjà à vous convaincre, le mycologue en rajoute une couche en expliquant que les Samis croyaient dur comme fer que ceux qui avaient pour habitude de consommer ce champignon magique finissaient immanquablement par en prendre l’apparence. Et à bien y regarder, c'est vrai que Monsieur Noël, avec son chapeau sur la tête, a des airs de ressemblance avec le champignon charnu rouge et blanc. 

Pensez-y le 24 au soir pour désamorcer une discussion sur la réforme des retraites autour de la bûche en glissant, l’air de rien, que la légende du Père Noël est peut-être issue d’un trip sous psychotropes. 

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