Parce qu’on n’a jamais dépeint le côté pathétique des fêtes avec autant de justesse et de tendresse. Vous le savez, on vient tous de le vivre, entre le 24 décembre et le 1er janvier, on rentre dans une dimension parallèle où tout ce que l’on fait devient hautement existentiel et symbolique, sans que l’on sache vraiment l’expliquer. En gros, on sent que ce sont des moments importants et qu’on est certainement en train de les foirer. C’est cette tension palpable qui parcourt Echo, consciencieux portrait des Islandais qui tentent de trouver leur place au milieu des guirlandes. Entre le père Noël de centre commercial, le célibataire en tête-à-tête avec sa barquette micro-ondable, la social justice warrior en quête d’indignation, les proches pas très proches qui se fritent devant l’allocution du président, Echo, avec sa foule d’acteurs amateurs, est d’un naturalisme implacable. Mais le plus beau, c’est que Rùnarsson n’est pas un misanthrope, il arrive toujours à nous toucher ou nous intriguer. De quoi vous faire digérer ces derniers jours et prendre de la hauteur.

Capture d’écran 2020-01-01 à 12.08.46Parce que c’est un peu le Enter the Void des films de Noël. Avec ses cinquante-six scènes, totalement indépendantes les unes des autres, on traverse les murs comme un fantôme indiscret qui visiterait chaque foyer. Bon, contrairement au film de Gaspard Noé, les hallucinogènes n’ont rien à voir là-dedans. Mais l’inquiétante étrangeté de certaines scènes (des badauds qui discutent autour d’un incendie, un spectacle d’enfants ruiné par les parents accrochés à leurs smartphones...) et l’absence de personnages à qui se raccrocher font d’Echo un film qui concilie sociologique et psychédélique. Profitez du voyage, tout va bien se passer.

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Parce que ça fait du bien de voir un film qui ne se regarde pas le trou de balle. En 2019, la plupart des grosses productions ont adopté la même mécanique : tout semble construit pour arriver aux instants tant attendus où l’on va admirer les héros qui posent sur une musique choisie avec soin. Ce qui peut donner, au choix, des moments plaisants, comme Brad Pitt qui sillonne le Los Angeles des seventies avec la radio de sa bagnole à fond, ou des moments plus agaçants, comme la danse de Joaquin Phoenix sur du Gary Glitter amenée de manière bien balourde. Mais, toujours, cette même impression que le film se regarde dans la glace et s’embrasse les biceps comme un trader après sa première trace du matin. Echo, lui, à de quoi les faire passer pour des influenceuses d’Instagram. Pas de prises de vue au drone pour épater le chaland, le film est basé sur des plans fixes intelligemment pensés, suivant l’auguste tradition des frères Lumière. Pas de B.O. qui cache la misère des dialogues, on se nourrit des sons bruts de ce monde. Pas de stars, c’est le peuple qui a décroché le premier rôle. Du cinéma complètement débarrassé du marketing et de son égocentrisme, c’est ce qu’on veut voir d’avantage en 2020. Espérons qu’Echo ne soit que le premier d’une longue série. 

++ Echo de Rùnar Rùnarsson vient de sortir, et votre mère sera vraiment fière de vous si vous arrivez à aller jusqu'à un cinéma voir un chouette film islandais au lieu d'être des grosses loques.