Quand on est submergé d’informations anxiogènes sur le sort des ours polaires, la tentation est grande d’aller se la coller durant trois jours d'affilée pour noyer sa déprime existentielle. Oui, mais voilà : sans même parler de l'impact social et économique de la consommation de coke et de MD, ces dernières ont aussi un coût écologique énorme. Pour rassurer les drogués responsables, certains revendeurs du dark web tombent donc dans le greenwashing en vendant des drogues estampillées “bio” ou “ethically sourced”. Sauf que, vous vous en doutez, les conditions dans lesquelles sont fabriquées les substances illégales rendent impossible toute forme de contrôle. Il n’existe donc ni label européen, ni association de consommateurs de type “UFC quelle kétamine choisir”, réalisant des enquêtes pour vérifier les infos des dealos.

Si vous n’avez pas de connaissance qui fabrique de la DMT en circuit court dans une ferme en banlieue, le plus simple reste donc encore de se cantonner à une valeur sûre : l’alcool. Un bon vin naturel dans un cubi en carton recyclable, et le tour est joué. Quoique : une étude scientifique sur les émissions de méthane lors de l’Oktoberfest à Munich a révélé que les pets et les rots des festivaliers bourrés réchauffaient la planète. 

Faire rimer engagement et enjaillement, c'est possible ?
Et même si vous décidez de vous lancer sur la voie de la sobriété heureuse pour ne pas finir à bader dans votre lit à cinq grammes du matin en pensant à l’avenir de la planète, le chemin vers la fête éco-responsable est semé d’embûches. Récemment, on a vu émerger la "Rave pour le climat", un rassemblement festif en marge de la "Marche pour le climat" qui se proposait de faire défiler des chars technos avec des grosses enceintes pour amplifier le message des militants. Alors sur le papier, on n'a rien contre l’idée de faire rimer engagement et enjaillement. Mais dans la pratique, on a rarement vu une soirée avec zéro déchets - et ce n’est pas une métaphore pour décrire des teufeurs en fin de vie avec les mâchoires qui claquent.

Entre les sols des festoches salopés par des vieux mégots et les paillettes qui étouffent les baleines en finissant dans les océans, la nuit laisse souvent des traces de doigts crados sur le jour. Sans parler de la consommation énergétique des systèmes-son. Pour vous faire une idée, chaque club produit environ une centaine de tonnes de CO2 par an. À Berlin, il y en a trois-cents : on vous laisse faire le calcul. 

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Le Techno Viking détient-il le secret du moteur éternel ?
Pour ne pas faire fuir les danseurs soucieux de concilier leur envie de se mettre la tête à l’envers avec celui de ne pas avancer la date de l’Apocalypse, certains acteurs de la nuit essaient de prendre le train de la transition énergétique. Faire des travaux d’isolation ou remplacer le light show par des ampoules basse consommation : toutes les mesures sont bonnes pour diminuer son empreinte carbone. À Rotterdam, le club Watt teste même un dancefloor capable de transformer l’énergie produite par les pas des danseurs en électricité. Vous mettez le Techno Viking sous speed dessus, et vous inventez à coup sûr le moteur éternel.

En attendant que ce genre d’initiatives se démocratisent en France, le plus simple reste d’abandonner vos velléités de clubbing et de recycler d’anciennes amitiés pour organiser une bonne vieille soirée appart'. Et surtout, faites le tri sélectif parmi vos connaissances : balancez les parasites sociaux au lombricomposteur, n’invitez que vos indéboulonnables compagnons de biture, et éteignez votre chaîne hi-fi énergivore pour leur dire que vous les aimez. Alors, elle est pas belle comme ça votre soirée green ?

++ Sur une idée originale de Gaëlle Magnien.