De Pink Floyd à Pink Martini
Celui qui est adulé comme un messie ayant répandu la bonne parole du psychédélisme dans les sombres années 2010 a enfin dévoilé dans une interview chez nos confrères de Tsugi ce que certains supputaient mais que beaucoup avaient du mal à admettre : depuis Lonerism, le leader de Tame Impala a toujours voulu faire de la pop "vernie", "comme Britney Spears". Certains lanceurs d'alerte avaient essayé de nous prévenir (bisous Gonzaï), mais les fanatiques ne voulaient pas se résoudre à perdre leur faux prophète, qui arrivait à réconcilier teenagers et vieux briscards qui se sentaient à nouveau dans le coup. Dès Currents en 2015, le petit Kevin avait quitté les rivages du psyché-rock et du stoner, laissant Ty Segall s'y masturber frénétiquement pour faire ses 64 albums par an, adoptant un style plus maniéré, qui laissait tout de même place à quelques bons titres (Let It Happen, Eventually...). Mais déjà, on commençait à s'ennuyer sec. Et lorsque le clip de Lost in Yesterday, single du prochain album The Slow Rush est sorti, la vérité a été enfin révélée : le hipster de Perth tourne en rond dans sa salle des fêtes. Et si ceux qu'on annonçait comme les nouveaux Pink Floyd étaient en fait devenus les nouveaux Pink Martini (pour ceux qui ont une mémoire défectueuse ou qui ont eu une vie préservée de cette nuisance sonore, c'était ça), une lubie de trentenaires et de quadras rincés qui se la collent au vin naturel ? Car on ne voit pas trop qui pourrait supporter ce morceau, à part des primo-accédants à la propriété qui s'accrochent aux moindres grumeaux de hype qui flottent encore dans leur univers. 

IMG_1142Et Tame Impala inventa le rock de iencli
Certes, ce n'est pas beau de juger sur l'apparence, mais les chemises repassées et la coiffure grunge signée Franck Provost de l'Australien étaient des signes évidents : Kevin se la joue rockeur mais fait de la pop plus blanche que blanche. Si les fans de hip-hop ont appris à se méfier du "rap de iencli", cette variété française trap pour bobo, le public rock lui n'avait pas vu venir le rock de iencli. Une musique qui siphonne la légitimité du rock pour faire du stream en oubliant ses deux piliers : l'urgence et la folie. Du Muse pour hipsters. La bande pas très originale des pigeons qui claquent un Smic au Disquaire Day. Mais soyons justes : il constitue simplement l'un des exemples les plus flagrants de cette scène indépendante qui sonne presque plus commerciale que le mainstream. D'ailleurs, en France, on en a une belle tripotée. Salut Julien Granel, Suzane, Thérapie Taxi et The Pirouettes, inch'Allah vous finirez en enfer avec Pascal Nègre.

Lost in tout de suite
Et c'est bien le problème de The Slow Rush, accablé par une production insipide typique de notre époque : aucune innovation à l'horizon. Certains radicalisés rétorqueront après avoir écouté le projet qu'on y trouve une pincée de breakbeat, des clins d'oeil aux Chemical Brothers ou à la musique de club. Las, on s'embourbe dans des grooves orthopédiques et des mélodies kiwi-ananas-détox. Ne vous attendez pas à ce que ce soit la bande-son torride de votre Saint-Valentin, sauf si Hervé Morin et Vianney vous font bander. Mais cette vilaine critique n'y changera rien, le nouveau Tame Impala va être un succès, il le faut. Sinon, l'industrie et Les Inrocks ne s'en remettront pas. À votre bon coeur, chers clients.