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Capture d’écran 2020-02-04 à 12.31.26Quand vous avez choisi de mettre "Saint Jean La Puenta" en couv’, vous aviez la volonté de provoquer une épidémie d’AVC chez les «puristes» de l’électro ?
On a choisi de mettre Jul en couverture simplement parce qu’on trouve sa musique intéressante. Ses 3,5 millions d'albums vendus lui ont récemment valu le titre de plus grand vendeur de l'histoire du rap français. Pourtant, il est devenu une source d'inspiration pour une jeune génération de DJ et producteurs confidentiels et avant-gardistes. On s’est demandé comment un jeune rappeur originaire des quartiers populaires de Marseille a pu devenir l'une des plus grandes stars du pays en produisant des morceaux par dizaines avec une absence quasi-totale de moyens et aucun soutien de l’industrie musicale. Comment, en piochant spontanément dans des références de dance music, de chanson française, d'EDM et de musique des années 1990, Jul a réussi à faire danser tout un pays et à inspirer des DJ's comme Low Jack, Moesha 13 ou Simo Cell. Et puis, tout simplement, parce qu’il y a plein de morceaux de Jul que l’on trouve très bons. 

Capture d’écran 2020-02-05 à 11.35.04Est-ce qu’il n’y a pas une hypocrisie dans le milieu, qui prône l’inclusivité et la tolérance, et qui affiche son mépris social pour la musique populaire ?
Oui, peut-être. Jul, en tant qu’artiste populaire, est souvent vu comme un repoussoir. Beaucoup le critiquent mais connaissent en réalité assez mal sa discographie et ne peuvent citer de lui que les quelques hits qu’il a sortis, comme Tchikita (morceau qui, au passage, nous a tous fait danser en soirée un jour ou l’autre). Mais, comme l’indique DJ Koyote ou King Doudou dans notre dossier central, la discographie de Jul contient quelques très bons morceaux. La question du mépris social rejoint toujours celle de la légitimité culturelle et des a priori que l’on peut se faire sur certains genres musicaux. Pour les désamorcer, il faut commencer par s’intéresser à ces artistes, à cette musique et comprendre qu’elle est populaire parce qu’elle signifie quelque chose pour beaucoup de gens. Selon nous, l’inclusivité et la tolérance passent par cette curiosité.

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Beaucoup de commentaires se moquent des fans d’électro «avec leur spritz en rooftop». Est-ce que vous pensez que l’électro est définitivement devenue une musique de bobos ?
Non, l’électro n’est pas devenu une musique de bobos. La musique électronique est partout, elle est autant diffusée sur des rooftops avec des spritz que sous des abribus avec des Kronenbourg. On la trouve en fond sonore lors de meetings de la République en Marche, mais aussi lors de free parties qui terminent en bavures policières. Aujourd’hui comme hier, elle a influencé le rap et s’en est inspirée elle-même. Et Jul, qui s’inspire sans complexe de dance, d’EDM et «d’Ibiza», rappelle naturellement que la musique électronique est aussi et toujours populaire.

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Est-ce qu’on ne serait pas face à une guerre de générations ? Entre celles qui se définissaient par leur élitisme musical, et la nouvelle, qui ne s’embarrasse plus de tout ça ?
Il est certain qu’aujourd’hui, on n’écoute plus la musique de la même manière qu’il y a dix ou vingt ans. A priori, on pourrait croire que Jul s’adresse plutôt à un public jeune. Dans notre dossier central, des DJ de tous âges viennent cependant témoigner de leur intérêt pour sa musique. DJ Koyote est quadragénaire et ça ne l’empêche pas d’être enthousiaste quand il parle du rappeur marseillais. On n’est pas obligé d’écouter la musique des gens qui ont le même âge que nous. Bizarrement, on ne reproche pas à un jeune de 18 ans d’apprécier Jeff Mills, qui a pourtant 56 ans. L’ouverture d’esprit n’est pas l’apanage d’une génération ou d’une autre. Il n’y a rien d’humiliant dans le fait d’aller écouter ce que l’on ne comprend pas du premier coup.

 

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À ceux qui vous disent que vous vous attaquez à une musique (le rap) à laquelle vous ne connaissez rien, vous leur répondez quoi ?
On est convaincu qu’il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste du rap pour écrire sur le hip-hop. Il faut, en revanche, faire son métier de journaliste, c’est-à-dire se renseigner en faisant des recherches, des interviews et en allant parler aux intéressés. Et, par ailleurs, on écoute aussi plein de rap. Vous connaissez IAM ? Super groupe.

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En parlant de DJ Mag, est-ce que vous pourriez mettre un DJ d’EDM, une autre musique populaire mal-aimée, en couv’ ? Et pourquoi ?
Évidemment qu’on pourrait parler d’EDM. D’ailleurs, David Guetta a déjà fait la une du magazine, il y a quelques années. Si l’EDM s’avère être une source d’inspiration pour des artistes que nous souhaitons défendre, alors il est important que l’on puisse se permettre d’en parler. Et on le fera. Vous verrez.