Ramy, c’est une série d’autofiction imaginée par Ramy Youssef, un acteur et humoriste américain habitué des seconds rôles, qui co-signe ici avec le scénariste Ari Katcher son premier grand succès télévisuel sur Hulu. On insiste sur “premier”, parce que le bonhomme est bien parti pour faire des émules, avec deux autres projets en préparation pour Apple TV et Netflix à tout juste 28 ans et un récent Golden Globe du meilleur acteur dans une série comique. 

Si à la première lecture, le pitch présente quelques similitudes avec celui de The Big Sick (une romcom de 2017 produite par Judd Apatow qui racontait les déboires amoureux du comédien d’origine pakistanaise Kumail Nanjiani, aux prises avec le rigorisme religieux de sa famille très réfractaire à ses choix de vie, et le décalage culturel qui semblait immanquablement mettre en péril chacune de ses relations), la comparaison s’arrête là. En effet, Ramy Yassan, le personnage principal éponyme de cette comédie dramatique, est lui aussi en quête de quelque chose, mais il ne s’agit pas de la femme de sa vie. Enfin, pas uniquement. Le héros, de confession musulmane et issu d’une famille égyptienne de classe moyenne qui s’est installée dans le New-Jersey, essaye surtout de concilier tant bien que mal sa foi avec son quotidien de millenial.

Sauf qu’avec ses ambitions professionnelles contrariées, ses potes un peu lourdingues qui le pressent de se trouver une épouse qui partagerait ses croyances, et ses parents indiscrets : Ramy rame dans la grande pataugeoire de l’existence. Mais surtout, il se débat avec les contradictions qui l’habitent tandis qu’il s’efforce de trouver un compromis entre sa vie spirituelle et ses envies. Entre ses histoires d’amour ou de cul et ses ablutions à la mosquée. 

ramy

Tout en nuances et en introspection, la série se propose aussi d’interroger la société américaine sur son rapport à l’Islam depuis le 11 Septembre à travers un épisode flash-back d’une grande sensibilité qui dépeint le moment où tout a basculé pour le jeune Ramy – dont la religion, qui était jusque là un non-sujet, est soudain devenue un motif de haine et de division. Elle s'efforce par ailleurs d’explorer les différentes facettes de l’identité musulmane. De l’aveu même de l’auteur, elle a également pour vocation de changer la perception du public à propos de sa foi, en rompant avec les représentations stéréotypées à la sauce 24h Chrono et Homeland, qui ont participé à ternir l’image d’une communauté entière depuis presque deux décennies. Ou, comme il le résume dans l'un de ses spectacles, les clichés qui voudraient faire croire aux auditeurs de Fox News que chaque musulman à l'aube de ses trente ans reçoit une lettre d'acceptation façon Poudlard de la part de Daesh

Mais la série aborde aussi d’autres thématiques avec plus ou moins de virtuosité, comme la libido des personnes handicapées ou le quotidien des femmes au foyer esseulées. À ce titre, l’épisode centré autour de Maysa, la mère du protagoniste jouée par la remarquable Hiam Abbass, qui se lance dans une carrière de chauffeur Uber pour tromper l'ennui et l'isolement, est peut-être le plus émouvant.

Bonne nouvelle,  la chaîne a d'ores et déjà commandé une seconde saison qui devrait voir le jour cette année. Alors dépêchez-vous de binger la première. Bonus : si vous avez aimé l’humour grinçant d’Atlanta, l’un des 50 projets auréolés de succès du rappeur touche-à-tout Childish Gambino, vous aimerez aussi probablement l’écriture de Ramy Youssef, que certains surnomment déjà avec beaucoup d’emphase le “muslim Donald Glover”.