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A la fin du XIXème siècle, Elisabeth Nietzsche, la soeur du célèbre philosophe allemand, et son mari, Bernhard Förster, un agitateur d’extrême-droite et antisémite notoire, sont sur un bateau. En compagnie d’une poignée de colons allemands choisis pour leur pureté génétique, ils naviguent à travers la jungle amazonienne afin d’établir une colonie aryenne au Paraguay. En Allemagne, Förster a promu l’idée d’une paradis pour la race blanche dans le Nouveau Monde. Ce projet de communauté agricole, sobrement nommé Nueva Germania ("Nouvelle Allemagne"), doit démontrer les qualités de la culture germanique.

Mais rien ne se passe comme prévu. Les membres de l’équipée sont aussi sûrs de leur supériorité que mal préparés, et la communauté va rapidement sombrer dans la faim et la maladie. Comme Nueva Germania recèle aussi peu de médecins qu’un village de la diagonale du vide, un grand nombre de gens meurent du paludisme et des infections causées par les puces de sable. La plupart des survivants - dont Elisabeth Nietzsche - prennent leurs jambes à leur cou afin de revenir en Allemagne. Bernhard Förster, qui ne supporte pas l’échec de son projet, met fin à ses jours en ingurgitant de la morphine.

Mais certains restent. Convaincus des enseignements de Förster, ils se marient entre eux pour éviter le métissage. À ce jour, leurs descendants souffrent des conséquences de la consanguinité, avec des cas de problèmes mentaux et de malformations physiques. Ces tares génétiques sont la preuve vivante de l’absurdité du postulat pseudo-scientifique du Nazisme, selon lequel une "race pure" serait supérieure.

Des décennies plus tard, un correspondant du New York Times est parti dans la jungle retrouver la trace de ce projet raté de colonie aryenne au Paraguay. Son documentaire, que vous pouvez voir intégralement dans le lecteur ci-dessus, montre ce que sont devenus les petits-petits-enfants des fondateurs. Après des générations de mariages entre ces derniers et les locaux, la culture de l’ancienne colonie est presque entièrement paraguayenne, avec quelques spécificités teutonnes. On y parle ainsi l’espagnol, même si quelques notions basiques d’allemand sont enseignées aux enfants deux fois par semaine.

Certains des habitants de la région souscrivent toujours aux croyances dans la supériorité allemande. Dans le film, on croise ainsi la route d’un homme qui dresse une terrifiante hiérarchie des peuples, classant les Allemands en premier, les Japonais en deuxième - et les Paraguayens en dernier. Mais d'autres considèrent au contraire que leur métissage, que craignait tant le couple Förster-Nietzsche, est une source de fierté.