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"Le visage belge ou plutôt bruxellois, obscur, informe, blafard ou vineux, bizarre construction des mâchoires, stupidité menaçante.
La démarche des Belges, folle et lourde.
Ils marchent en regardant derrière eux, et se cognent sans cesse.
Affreuse laideur des enfants.
Pouilleux, crasseux, morveux, ignobles.
Laideur et saleté.
Même propres, ils seraient encore hideux.
Peuple siffleur et qui rit sans motif, aux éclats.
Signe de crétinisme.
Tous les Belges, sans exception, ont le crâne vide."

C’est en ces mots peu flatteurs que Baudelaire décrit la terre de Roméo Elvis et d’Angèle. On le sait peu, mais le poète a écrit un pamphlet inachevé contre le Plat Pays, sobrement nommé Pauvre Belgique. Mais pourquoi tant de haine ? Pour comprendre la belgophobie baudelairienne, il faut remonter le fil de sa biographie. En 1864 - trois ans avant sa mort -, le poète s’installe à Bruxelles pour y donner des conférences, fuir ses créanciers et surtout essayer de faire éditer ses oeuvres complètes par Albert Lacroix, qui venait de publier Les Misérables de Victor Hugo. Mais rien ne se passe comme prévu : ses conférences sont un véritable fiasco (il n'en donne que trois faute de public), et ses espoirs de voir ses écrits publiés tournent vite court. Le dandy parisien a du mal à s’adapter hors de ces cercles parisiens, et à comprendre la culture breughelienne (oui on utilise des mots que n’emploient que les champions de Scrabble, et alors?). 

pauvrebelgique

Dans les deux années qui suivent, l’auteur des Fleurs du Mal voit sa syphilis s’aggraver. Son état  misérable n’améliore pas ses tendances misanthropes et réactionnaires notoires - certains d'entre vous se souviennent peut-être de sa charmante ode à la solidarité sociale, Assommons les pauvres. Reclus dans son appartement d’un quartier pauvre de la ville, il passe le temps en tirant à bout portant sur tout ce qui a trait à son pays d’adoption - saleté des rues, physique des femmes, parfum des bières artisanales - et en écrivant des punchlines telles que : "La Belgique est le bâton merdeux de l'Europe".