Après mon incursion chez les branchés, cette fois-ci, les vautours de chez Brain m'ont demandé de me faire une séance de rattrapage de la nouvelle saison de Sex Education, le nouveau Hélène et les Garçons qui émoustille les millenials. Tant mieux, cette fois, pas besoin d'esquinter mes arpions et ma philanthropie. Comme il est hors de question de rater Téléfoot pour une sitcom à la mords-moi le noeud, je décidais de m'enfiler toute la saison 2 en un samedi. Il paraît que vous appelez ça "binge-watcher", vous autres. Peu enclin à taquiner la langue de Lady Di à cause de mes racines normandes du côté de mon père (Guerre de Cent Ans, ni oubli, ni pardon), j'ai décidé de sortir mon Robert & Collins, qui prenait la poussière dans ma bibliothèque, entre Ma vie pour une étoile d'Aimé Jacquet et Et la retraite, bordel ! de Sim. J'y découvrais que "binge", ça veut dire cuite. Donc, si j'ai bien compris, vous regardez vos petits programmes en sirotant de l'alcool. Là, je dis oui. On a peut-être pas le même maillot de corps mais on a les mêmes valeurs, mes cailles au raisin. Illico, j'ai glissé mes ongles incarnés dans mes Geox et j'ai filé au Netto prendre huit packs de 33 Export et un pot de cancoillotte à l'ail. Après avoir installé ma glacière/repose-pieds et rempli une tasse de cancoillotte, j'étais prêt pour ma croisière Costa vers les contrées moites de l'exploration sexuelle pubère.
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Première mousse, première minute, première surprise : pas un seul de ces petits têtards n'a d'acné. Le choc. A mon époque, c'était la grande foire du chtar sur la gueule. Je peux te dire que si on fermait les yeux quand on s'embrassait, c'était pas à cause de l'ivresse de la romance. Fallait être sacrément déterminé pour faire du crawl dans la bouche d'autrui. Quand tu galochais dans les recoins sombres en soirée, t'avais une chance sur deux de pousser des cris de chouette quand on rallumait les lumières. Vous savez pas à quel point la science et l'évolution sont clémentes avec vous, les enfants. Sinon, les dents droites et blanches des personnages alors que j'ai jamais vu un rosbif qu'a pas les ratiches en chantier interdit au public, j'ai tiqué un peu, mais je me suis dit qu'il fallait laisser opérer la magie de la téloche.

604EA006-559E-40A3-860D-80A8FB120EEDDe voir le héros, Otis, qui a du mal à dompter son andouille à col roulé, ça m'a rappelé mes jeunes années, quand je devais appuyer à deux mains pour ne pas pisser au plafond au petit matin. Ça m'a filé un coup de nostalgie, parce que ça fait bien longtemps que ma belette n'est plus sortie de son terrier avec un tel panache. Mais ça m'a aussi replongé dans l'angoisse du puceau, qui ne vit et ne rêve plus que pour un objectif : que quelqu'un joue enfin des doubles-croches avec sa flûte à un trou. Toute cette tension, ça a réveillé mes hémorroïdes. Sinon, jusque là, rien de bien subversif. Sauf la scène où il se masturbe dans l'auto de sa daronne. Là j'avoue que ça m'a scandalisé. Je sais que vous pensez éoliennes et panneaux solaires les jeunes, mais faut respecter la belle mécanique. Si moi j'avais eu l'audace d'éjaculer dans l'habitacle de la Renault 16 familiale, mon cul aurait remplacé la balle de tennis sur le crochet d'attelage. Ce qui m'amène à ma deuxième réflexion : les héros se déplacent tous en bus ou en vélo. C'est tendax de pécho quand tu ressembles à un Daft Punk Leader Price avec ton casque. De mon temps, t'avais une mob' ou une moto, t'étais un seigneur de la drague. Et les mecs de 30 piges qui appâtaient de la minette avec leur tacot, y'en avait à foison. Je peux te dire qu'en 1973 devant le lycée Jean Monnet d'Yzeure, ça vrombissait pour épater les Patricia et les Isabelle. Et ça marchait. Avec la fin du gasoil, j'ai l'impression que c'est tout un tas d'opportunités de fricoter qui disparaît. J'aimerais pas être à la place des petiots, choisir entre son dépucelage et les ours polaires, c'est de la torture.
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Mais pour moi, le plus gros défaut de cette série, c'est de nous montrer des gamins aussi sexuellement actifs. Après, je connais pas le pays de Galles, c'est peut-être des chauds du Sloggi là-bas, mais ça reflète clairement pas les pratiques françaises et encore moins mon adolescence. Vous baisez pas des masses d'après les études, les minots. Mais vous bilez pas, nous on en causait pas mal mais on en faisait pas beaucoup plus. Les plus avancés, c'étaient les petits couples, casés depuis le collège et qui parlaient déjà mariage et pavillon. Le grand truc des gars de mon coin, pour prouver qu'ils avaient une copine, c'était de lui demander une culotte. C'était le trophée, les mecs ramenaient ça à leurs potes pour qu'ils la sentent. Et vas-y que ça étudiait le bouquet et que ça discourait sur les cépages. On était plus sur de l'oenologie que de la vraie vie sexuelle. Et puis, quand tu réussissais par chance à jouer au docteur, après avoir dû faire croire pendant trois mois que t'aimais bien Mike Brant ou Claude François, c'était Byzance. T´enchaînais pas directos sur des cinq à sept toutes les semaines. Surtout que moi, j'ai vécu l'expérience carcérale, l'internat, dont on ne parle pas dans Sex Education. Là-bas, c'était le western, sauf que les doigts dans le cul remplaçaient les colts. Pour avoir un peu d'intimité, je devais me masturber dans le placard de la chambre, au cas où quelqu'un passe à l'improviste. Sauf qu'un jour, mon camarade de chambrée est rentré plus tôt de sa douche que d'habitude et a trouvé bizarre que le meuble sautille comme si on était à 6 sur l'échelle de Richter. Pas besoin de vous faire un dessin, à cause de ça, on m'a appelé Roche-Bobois pendant deux ans. C'est pour ça que j'ai dû attendre les grandes vacances et les bonnes grâces d'une touriste hollandaise pour devenir un homme. Ah, l'été 1976. Pour beaucoup ça reste la grande sécheresse, pour moi ce fut tout l'inverse.CC549432-D716-498C-8076-7B498AEE0378

Par contre, me faites pas passer pour un réac', j'ai rien contre le fait qu'on se ripoline le frein à main entre mectons ou que les filles s'embrassent la tabatière les unes les autres. Chacun fait c'qui lui plaît, comme disait Chagrin d'Amour. C'est clair que c'était foutrement plus dur d'oser l'assumer dans les années 70 qu'aujourd'hui. Mais quand même. Je ne suis pas sûr que ça passe comme un café-crème au comptoir même en 2020. Je pense que sortir du placard, c'est toujours plus chaud que ce qui est montré dans la série, et je m'y connais en placard, cf. paragrahe précédent. Alors c'est bien mignon de les voir tous assumer leur sexualité et faire une comédie musicale avec des chibres venus de l'espace (si ça vous a plu, allez zieuter Flesh Gordon, c'est bonnard), mais je trouve qu'on passe un peu vite sur les difficultés à s'assumer, sur les réputations qui te pourrissent la vie et les enfoirés qui te tabassent pour un oui et surtout pour un non. Y'en a qu'un dans la série, et il devient un gentil homo au dernier moment, c'est quand même du gros foutage de gueule, bienvenue à  Eurodisney. Après, c'est peut-être passé vite parce que l'alcool m'embrumait un peu la carafe et que j'ai fini les trois derniers épisodes en accéléré, il paraît que c'est la mode. Du coup, ça ressemblait aux courses poursuites de Benny Hill, mais avec moins de culs à l'air.  81039365-2BA5-4CCD-92F2-9097D7B77873

Sinon, l'idée de séances de consultation avec un sexologue dans les bahuts, je vais peut-être vous surprendre mais moi je suis pour. Parce qu'à part les planches anatomiques en sciences nat', on nous a clairement pas beaucoup aiguillés. Perso, j'ai tout appris d'un copain qui lui-même tenait ses conseils de son grand frère qui avait regardé des couples baiser dans les toilettes du camping de La Bourboule tout un été. À quinze piges, la Scully, elle m'aurait bien aidé à me débloquer le cerveau et le pelvis. En revanche, si vous comptez sur Netflix pour devenir des cadors au plumard, vous êtes à la ramasse. Ça s'apprend sur le terrain, bande de feignasses. Vous êtes des énarques du cul ou quoi ? 75E6436B-86B8-4713-ABA0-4B6174B5D7CE

Parce qu'en gros, les seules choses à retenir de cette série, c'est qu'il n'y a pas de formule secrète pour faire grimper aux lustres vos amoureux et vos amoureuses, et qu'il faut les écouter. C'est sûrement pour ça que Véro est partie avec un prof de tennis il y a sept ans. Jeu, set et match sur Tinder. Après, c'est pas toujours facile d'écouter quand la partenaire en question a la voix plus aigüe qu'un dauphin qui se fait examiner la prostate au couteau électrique. Elle est pour toi celle-là Véro, sans rancune, j'espère que ton beau gosse t'as éliminé aussi vite que les Français disparaissent de Roland-Garros. Bon, faut que je vous laisse, le mois prochain, je vous raconterai si les bons gars dans mon genre peuvent espérer quoi que ce soit de vos sites de rencontres, parce que cette petite séance de visionnage a réveillé la tornade latine qui sommeille sous mon Damart.

Boomerement vôtre,

Bernard.

++ Photo sur le trône signée Petit Monsieur.