breton (1)Habitants de la cité phocéenne et séparatistes bretons : ce qui va suivre ne va pas vous plaire. Dans l’excellent ouvrage Bouffes bluffantes, Nicolas Kayser-Bril fait fondre tous vos préjugés bien tenaces sur la nourriture, comme du saindoux dans un wok. Ainsi, il explique que si les Marseillais ont adopté la célèbre soupe de poisson comme emblème de leur ville, et que la galette au sarrasin est devenue à la Bretagne ce que le mépris du rappeur Jul’ est aux puristes de la techno : un symbole familier d’appartenance à une grande communauté, c’est en partie grâce aux touristes parisiens.

En effet, le régionalisme culinaire ne date pas d’hier, mais presque. C’est à partir du XXème siècle seulement que les locaux de chaque région, sous l'impulsion du développement de l'automobile comme mode de transport individuel (coucou le guide Michelin créé par la société des pneumatiques) et face à l’affluence des habitants de la capitale venus se ressourcer dans les lointaines contrées de l’Hexagone, flairent le bon fumet de la gastronomie identitaire et revendiquent la paternité de certaines recettes. Dès lors, la bouillabaisse entre au patrimoine culinaire officiel du chef-lieu des Bouches du Rhône, alors qu'elle régale aussi les Nîmois depuis des siècles et une bonne partie de la Provence. Mais son origine reste aujourd'hui pour tous solidement ancrée à Marseille. 
Bretagne
C'est la même limonade pour la galette au blé noir dont il n'est fait mention qu'à partir du milieu du XIXème siècle dans Le dictionnaire breton-français de Le Gonidec d'après l'auteur, tandis que "sur les cartes gastronomiques de l'époque, la Bretagne n'apparaît que comme fournisseur de poisson". Pour satisfaire les vacanciers affamés en quête de saveurs nouvelles et auxquels on avait vendu le mythe national d'une France de terroirs dans les livres scolaires ("où les régions étaient présentées comme autant de petits pays qui formaient un tout"), les bigoudènes ont commencé à faire chauffer les biligs. Ce faisant, les Bretons ont transformé une céréale associée à l'alimentation des populations les plus modestes - les paysans du coin étaient si pauvres qu'ils étaient les derniers d'Europe à la cultiver - en véritable mine d'or. 

Libre à vous désormais d'aller répandre ou non la nouvelle à travers la France auprès de vos amis un peu chauvins, mais la rédaction décline toute responsabilité si vous vous recevez un biniou dans la tronche. 

++ Bouffes Bluffantes aux Editions Nouriturfu est une petite bible pour celles et ceux qui veulent en apprendre davantage sur l'origine du kebab ou la raison pour laquelle les sushis au saumon sont un sacrilège.