Tu as déclaré en interview qu'écrire des chansons est un moyen de te purger. Mais de quoi au juste ?
Kaya Wilkins (Okay Kaya) :
J'étais quelqu'un de plutôt timide mais j'ai décidé de défier ma propre peur. J'avais du mal à communiquer quand j'étais gamine et ado, du moins avec des mots. Je m'en sortais en faisant marrer les gens avec mon grand corps dégingandé et maladroit. Mais j'en avais marre de me sentir piégée. Écrire, c'est s'extraire de toute cette pression de la conversation, s'offrir de l'espace. Mais du coup, maintenant, je mets beaucoup de choses très intimes dans ma musique. Trop, sûrement !

Ne me dis pas qu'on va tomber dans les clichés du genre "la musique est ma thérapie" ...
Ahaha ! Non ! J'ai un peu de mal avec ce genre de discours. Si vous avez des troubles psy, ça ne vous aidera pas. J'en sais quelque chose. Parce que j'ai été en hôpital psy. Mais là-bas, une infirmière m'a dit : "Si tu peux parler de tes troubles dans ta musique, ça aidera à les normaliser, pour toi et pour les autres". Ça m'a enlevé de la honte et permis d'écrire. 

Ce qui frappe dans ta musique, c'est ton humour surtout.
Sur cet album, j'ai voulu polir mes émotions, travailler dessus et en faire quelque chose de drôle. Beau mais drôle. Quand on parle de choses graves, comme la dépression, il ne faut surtout pas se dire : "Je vais choisir la production la plus dark possible." Faut transcender ce bordel, cette haine de soi, avec des sons et une narration plus ludiques. Ça reste authentique, plus même. Car finalement, les relations, le sexe, tout ça, c'est bizarre et souvent ridicule. La domination, le désir, les corps nus, les contextes improbables...  Tout ça, c'est de la matière pour moi.

Pourquoi t'être tournée vers la folk alors que tu jouais dans un groupe de black metal plus jeune  ?
C'est une fake news ! Ça a été déformé. Mon frère est batteur dans un groupe de black metal. Quand on avait 12-13 ans, on apprenait la musique ensemble, je suis familière de cette culture mais je n'ai jamais eu de projet metal. Mais si mon frère me demandait, je chanterais avec plaisir sur son disque. En Norvège, ce n'est pas vraiment une musique underground. J'ai pas mal écouté Burzum, Darkthrone ou Battery. 

En Norvège, vous avez aussi un scène nu-disco de haute volée, avec Lindstrøm et Prins Thomas. C'est ce qui t'as influencé sur Mother Nature's Bitch ?
Au début, c'était plutôt un titre dub mais qu'on a accéléré, avec John Kirby, aussi producteur pour Kali Uchis ou Solange. Je suis très contente de ce morceau, parce que j'aime la "sad dance music". Je voudrais davantage explorer ce genre-là. 

Donc tu veux faire pleurer sur les dancefloors ?
Non, sauf si tu en as besoin,  c'est toi qui vois.

Asexual Wellbeing est plus électro aussi. Mais tu prends le contrepied total de tous ces titres qui parlent crûment de cul. 
C'était l'idée. Ma confiance en moi était à zéro à ce moment-là. Je me sentais nulle au pieu, sans désir. Notamment à cause des antidépresseurs. Je me suis dit que ça changeait de toutes ces chansons où la personne prétend être un dieu ou une déesse au lit.  Parfois, on a le droit d'être fatigué de tout ça...
D6BC79B5-5E24-4140-8E29-0C0FC60C8815M'en parle pas. J'ai à peine dormi parce que mon voisin a passé la nuit avec une fille et ils étaient très... expansifs, on va dire. 
Hahaha, mince, c'est dur.  C'est la dure vie en appartement. Tu as osé leur dire d'arrêter ?

Non, je ne voulais pas leur casser leur coup.  Même si au fond de moi, j'aurais bien aimé les tabasser à coups de batte.
Tu m'étonnes. Tu sais, ça pourrais faire une super chanson. J'ai déjà écrit en français.

Oui, sur Tu me manques. 
C'est ça. J'ai une amie française à qui j'aime demander les expressions en argot. Dans Tu me manques, j'utilise "au bout de ma vie". Mais pour ton histoire, je verrais un titre comme "En PLS",  où le narrateur serait en boule sur son lit, dépité pendant que ses voisins baisent de l'autre côté de la paroi. 

J'espère que ce sera sur ton prochain album !
Promis !

++ Watch This Liquid Pour Itself de Okay Kaya est sorti chez Jagjaguwar