D’où vient-elle ? 
Je suis née à Goa en Inde, j’ai grandi à Malaga, je vis aujourd’hui en France mais j’ai la nationalité portugaise”. Non, ce n’est pas ce qui précède le “Je suis, je suis, je suis” de Julien Lepers, ni une mauvaise charade faite pour effrayer les membres du RN, mais bien l’histoire que raconte la rappeuse quand elle entre sur scène. Tracy de Sá a mis le pied dans la musique en dansant le flamenco, puis avec le reggaeton à la radio et le hip-hop en zonant devant les clips de MTV. D’abord danseuse, la jeune femme se met au rap lorsqu’elle arrive en France, à Montpellier, dans un premier temps pour rigoler, puis plus sérieusement : “les personnes de la brown culture comme les immigrants indiens ne sont pas représentés dans le rap, j’avais envie qu’on voit des gens de couleur”, explique-t-elle.  

Que fait-elle ? 
Beaucoup de choses, dans beaucoup de langues et avec beaucoup d’influences. Tracy de Sá fait “du hip-hop créatif” et peint dans ses musiques les paysages de l’Inde, l’Espagne et l’héritage du rap français qu’écoutait son grand frère, bien qu’elle ne s’y retrouve pas dans sa linéarité. Son flow, qu’elle a construit en répétant sur les sons de Lauryn Hill et Biggie, est rapide, très rapide. Il est aussi interchangeable, diversifié, bien qu’on retrouve parfois cinq chansons en une seule avec des paroles françaises, anglaises et espagnoles. De la guitare flamenco aux sonorités indiennes avec des rythmes qui explosent, la composition avec son beatmaker Tiery-F laisse parfois perplexes les accros du rangement qui aiment mettre les artistes dans des petites boîtes. 

 
 
 
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À quoi ça ne ressemble pas ? 
À tout ce que vous imaginez quand on vous dit rap ou Espagne, ou musique internationale. Tracy de Sá ne fait pas de grosse trap dark, ni de refrain R’n’B larmoyant, et encore moins de la zumba. Parfois, elle a même de grosses surprises : “Y’a des gens qui me disent que je ressemble à Rosaliá, mais je fais du rap moi, pas du flamenco !”. 

À quoi ça ressemble, alors? 
Eh bien à “pas grand-chose”, nous dirait-elle, mais certains se risquent à lui prêter le flow de Nicki Minaj, la classe de Princess Nokia ou les airs badass de M.I.A.. Il est clair que sa musique sonne plus Outre-Atlantique, de part l’énergie et la place de la danse dans le choix des rythmiques. Tracy de Sá enflamme la scène à coup de chalumeau vocal qui surplombe de grosses basses comme on les aime.  

On la retrouve où? 
Après une tournée hivernale en Inde, la rappeuse revient en France, pour un concert avec la Chica le 6 mars prochain et projette ses prochains concerts en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. En attendant, le nouvel album, qui se prépare pour l’année prochaine, son single annuel du 8 mars (Journée Internationale des Droits des Femmes pour ceux dans le fond de la classe à côté du radiateur qui ne suivent pas) est déjà prêt à sortir comme ses nouveaux titres prévus pour l’été. En jouant sur le tableau international, Tracy de Sá dit “laisser des graines un peu partout et voir ce qui pousse derrière” ; et en attendant, on a hâte de voir son album Commotion fleurir un peu plus dans l’Hexagone.

Crédits photo : Jean-Baptiste Barbier.