Parfois, les toasts et le champagne remplissent le bide. Parfois, ils écœurent au lendemain de cette 45ème cérémonie des César mortifère. Parfois, ce sont les chiffres secs qui révèlent le malaise générationnel du cinéma français. En 2018 (qualifiée souvent par les professionnels du secteur «d’année historique pour le cinéma français» grâce aux succès de La Ch’tite famille, Les Tuches 3 ou Le Grand Bain, ndlr), seuls 6 films hexagonaux, sur les 356 sortis, ont été réalisés par des cinéastes de moins de 30 ans. Résultat : 1,6 %. Non seulement le chiffre est pauvre comparé à la démographie de la jeunesse réelle en France, mais il est en régression, malgré un volume de production / distribution de longs-métrages en nette hausse. 

Ramené aux 5 943 films produits ou coproduits par la France depuis 1996, cela représente presque 600 films potentiels qui ne se sont pas faits. Alors forcément, quand elle prend connaissance de ces statistiques, pas exactement de nature à voir se dessiner les contours d’une «nouvelle Nouvelle Vague», la réalisatrice Inès Loizillon, membre de la SRF (Société des Réalisateurs de Films) tempère le constat. «Je ne dirais pas que c’est choquant car il y a une part politique et industrielle qui est compréhensible. Un film coûte beaucoup d’argent. La confiance ne vient pas tôt pour permettre à un réalisateur d’accoucher d’un premier long-métrage. À mes yeux, ce qu’on appelle le «jeune cinéma français» n’est pas un cinéma «jeune». (…) Mais produire et sortir un long-métrage à moins de 30 ans s’annonce de plus en plus exceptionnel en 2020.»

«J’ai pas envie que des jeunes lisent mon constat "triste" sur l’industrie, annonce Nathan Ambrosioni, réalisateur des Drapeaux de Papier. Quand je sais qu’un producteur ne me produira jamais parce que j’ai pas «le bon âge», ça fait mal. Pour mon premier long, j’avais 17 ans, venais du sud de la France et n’étais pas du milieu du cinéma. Les gens à qui j’ai envoyé le scénario l’ont rarement lu. On me disait d’aller faire une école ou de revenir plus tard. Enfin, heureusement il y a toujours aussi de vrais curieux dans ce métier qui lisent un scénario avant d'éplucher un C.V.»

«On dit que le cinéma français est en grande forme et n’a jamais produit autant de films. Il faut néanmoins avoir en tête que beaucoup de ces films sont des coproductions internationales.» Celle qui parle s’appelle Roxane Arnold. Directrice de la distribution chez Pyramide films depuis sept ans, la jeune femme a orchestré les sorties récentes des films de Céline Sciamma, Mia Hansen Love ou encore Aki Kaurismaki. «La France étant le paradis du cinéma d’auteur mondial, notamment grâce à l’aide aux cinémas du monde, énormément de films étrangers ont une partie de financement en France et donc un coproducteur français. Donc cette hausse du nombre de films «français» produits ne signifie pas que davantage de jeunes auteurs français passent à la réalisation. Je ne dis pas qu’il y a une crise, je reçois encore beaucoup de projets de premiers films de réalisateurs français ; je dis simplement qu’il faut nuancer.»

Vrai sans doute, mais pourquoi si peu de noms viennent à l’esprit lorsqu’il faut définir «le jeune cinéma français» ? Quel est son style ? Ses obsessions visuelles ou narratives ? Ses chefs de file à l’heure actuelle ? Quel est le grand film conçu par la génération Y sur la génération Y ? À part un Xavier Dolan québécois, où sont les jeunes créateurs français sortant des longs-métrages en salles et bousculant les codes établis ? Ceux qui ont bénéficié d’un enseignement et de financements nationaux ?

«La représentation de la jeunesse en France a souvent été stigmatisante, souvent dépréciée et mal considérée : frivole, impatiente, individualiste, dangereuse, replace le sociologue et directeur de recherche au CNRS, Olivier Galland. Les sentiments envers la jeunesse sont ambivalents dans la société. Il y a à la fois son idéalisation et son dénigrement.»

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Pour le dire autrement, la jeunesse est un concept fourre-tout. Complexe de la résumer à la fois sur un plan philosophique et sociétal. Des indices égrenés par la civilisation définissent des caps : la fin de la scolarité, l’entrée dans le milieu du travail, le mariage, le départ du foyer familial, l’obtention et le retrait d’une «carte jeune» dans certains transports voire la fin du rattachement au foyer fiscal des parents à 25 ans, âge moyen d’accès à l’autonomie. D’après Olivier Galland, la jeunesse est une appellation culturelle «historiquement datée, doublée d’une construction sociale». Pour les sociologues, «la jeunesse est moins un état qu’un passage. Il ne se définit pas par un âge mais par le franchissement de seuils sociaux.» D’un point de vue pragmatique, la jeunesse se terminerait à l’orée de la trentaine et se diviserait en deux parties : l’adolescence et la période «jeune adulte», allant de 20 à 30 ans. Un âge où généralement, l’éducation culturelle et personnelle est terminée et l’engagement dans le processus créatif a démarré. 

D’après la liste des films en première exclusivité disponible sur data.gouv.fr, 13 065 films seraient sortis entre 2018 et 1996 dans les salles françaises. Sur ces 13 065 films, 5 943 sont produits ou en partie produits par la France, soit 45 % de la production totale. Sur ces 5 943 films sortis depuis 1996, 139 sont réalisés, produits et distribués en salles par des réalisateurs(trices) français(es) en dessous de ou à 30 ans. Soit 2 % des films français qui sortent en salles depuis 1996 et 1 % de la production totale.
205 films français ont un réalisateur dont l’âge n’a pas pu être proprement identifié, soit 3 % de facteur inconnu des films français depuis 1996 et 1,5 % de la production totale.
D’après la pyramide des âges par Régions et Départements disponible sur le site de l’Insee, la jeunesse active entre 20 et 30 ans sur la population entière varie entre 11 et 14 % en prenant le spectre de la période 2018/1996. Si l’on prend les chiffres de manière «crue» et «littérale», pour que l’équilibre ait lieu, il aurait fallu au moins 10 % supplémentaires pour que la jeunesse hexagonale soit correctement représentée à la tête des longs-métrages distribués, soit 600 films potentiels manquants sur 5 943 films produits ou coproduits par la France. Autant de jeunes réalisateurs, d’univers et de styles novateurs perdus sur plus de 20 ans.
«Je constate que les réalisateurs sont de plus en plus âgés au moment de réaliser leur premier film, replace Roxane Arnold. Nous avons sorti la même année La fête est finieSauvage et Après la guerre, trois premiers films où les réalisateurs avaient 45 ans.»

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Quels sont les risques de cet effacement générationnel sur le long terme ? «Le jeune cinéma français, ce sont des gens très bien formés et talentueux mais qui ont beaucoup de mal à faire des films, justifie Stéphane Cazes, réalisateur d'Ombline, avant de rentrer dans le dur. J’aurais du mal à réunir tous les scénaristes et réalisateurs sous une seule sensibilité, mais on galère tous. C’est une galère collective, c’est ça qui nous rassemble». Et le réalisateur William Tissy d’ajouter une histoire édifiante : «Une fois, on m’a totalement évincé d’un travail d’auteur. Je bossais sur le projet depuis trois mois et le producteur, dont je tairai le nom, (chevronné et proche des 60 ans) me trouvait trop jeune pour le sujet, qui était celui d’un film historique. C’est un processus mental insidieux. On a ce système de jugement de valeurs qui s’enclenche par rapport à l’âge lorsqu’on a dit le numéro.» 

«Le jeune cinéma français, c’est un milieu très vivant et varié qui, malheureusement, traverse une phase où le montage financier des films est plus compliqué qu’il y a 4 ou 5 ans», rappelle néanmoins Nathalie Coste-Cerdan, directrice générale de la Fémis et ancienne directrice du pôle thématique cinéma de Canal +

Ce poids de l’âge, le réalisateur Morgan Simon le perçoit à travers la méfiance du milieu à la présentation de ses projets : «J’ai toujours fait plus jeune que mon âge et ai été obligé de prouver plus, c’est certain. Le fait d’avoir tourné autant de films en un laps de temps court m’a donné, à force, une légitimité. Mon premier long-métrage, Compte tes blessures, a beaucoup aidé en ce sens. Parfois, tu te retrouves devant des cinquantenaires installés qui te regardent de haut, qui ne comprennent pas leur époque et face à qui tu dois faire tes preuves. Je procède simplement : je ne m’étale pas sur mon travail passé, les gens assez curieux comprennent par eux-mêmes que je ne suis pas qu’un «petit jeune», les autres, je leur souhaite de retrouver l’appétit.»

Sur une note plus optimiste, la réalisatrice Léa Frédeval souligne le rôle crucial de son entourage dans la conception de son premier long-métrage, Les Affamés : «J’ai eu la chance d’avoir été entourée de deux jeunes producteurs de 30 ans tous les deux. Ils voulaient faire mon film car ils avaient vécu la même chose, en tant que jeunes. Ils savaient de quoi ils parlaient. C’était aussi leur premier long-métrage. Lorsqu’on se présentait aux financiers, on avait l’impression que ce qu’on voulait faire (parler d’une partie de cette jeunesse) n’était pas arrivé depuis 30 ans. Quand j’ai tourné Les Affamés, j’ai eu la chance d’avoir une équipe technique qui était à la fois consciente de mon inexpérience et qui avait en même temps envie de faire ce premier film avec moi. C’est ailleurs que j’ai senti que j’avais la double peine d’être à la fois jeune et une femme. Par exemple, les propriétaires des lieux qu’on a visités en repérages me prenaient pour la secrétaire du reste de l’équipe.»

«Ça m’a choquée qu’on pense que mon âge pouvait être synonyme d’incompétence, constate à son tour Inès Loizillon. «On prend des critères qui sont externes à la qualité inhérente d’un projet pour se rassurer. Ce qui est dangereux dans cette question du temps qui est liée à l’argent et le manque de confiance des investisseurs du milieu du cinéma, c’est son impact sur la création en elle-même. On sent qu’il y a des films qui ont été usés : ils auraient dû se faire avant. On sent qu’il y avait un élan, une fougue, mais le scénario est passé entre trop de mains ou a été trituré dans tous les sens. Ça, c’est dangereux et terrible, car ce qui s’use dans la création ne se retrouve pas.»

À l'évidence, le système de financement et de production du cinéma en France fait tout pour repousser inexorablement l’âge du premier long-métrage sorti en salles. Une faute, si l’on admet qu’un réalisateur possède «une vie artistique». Parallèle à celle allant de la naissance à la mort, «la vie artistique» doit être prise en compte chez un jeune créateur car elle suit naturellement son évolution morale et stylistique. En moyenne, un réalisateur a 60 années pour bâtir une œuvre signifiante. Dans sa jeunesse artistique (de 20 à 45 ans), le créateur cherche son style, le perfectionne et l’assume. Dans sa maturité artistique (de 45 à 80 ans), il pourra renier ce style, en trouver un autre, revenir au précédent et ainsi de suite. La plupart des cinéastes d’aujourd’hui démarrent leur «vie artistique» vers 40 ans, et condensent sur les 90 min express de leur premier long-métrage 20 ans d’évolution stylistique. maurice-pialat(Maurice Pialat : influence écrasante chez les réals FR, 43 ans à la sortie de son 1er long-métrage, L'Enfance nue)

À cela s’ajoute cette obligation absurde que le réalisateur fournisse dans son premier film la thèse, l’antithèse et la synthèse de son style. Accouchées dans la douleur, difformes et grossières, beaucoup de premières œuvres françaises semblent contenir plusieurs films en un. Ni le public, ni la critique ne se reconnaissent dans ces boursouflures. Traumatisés, les créateurs abandonnent, ou restent, dans le meilleur des cas, indépendants. Mais pour beaucoup, ils sont en pleine reconversion, évoluant dans un circuit précaire dans lequel ils disparaissent. Or, nous avons assez d’artistes ratés reconvertis profs, essayistes / universitaires qui polluent leur monde avec des idées toutes faites sur ce que devrait être le cinéma. Pour justifier, cacher leur échec personnel à travers des dogmes inventés de toutes pièces. Il y a des éléments à réunir pour créer une bonne carrière, une bonne industrie et un style visuel / narratif cohérent.

Seul un Xavier Dolan québécois a transformé assez tôt l'essai pour enchaîner les films depuis dix ans. Lorsqu’on regarde un film comme J’ai Tué ma Mère, nous ne voyons pas un film parfait. Nous ne voyons pas un réalisateur accompli mais en devenir. Le film est un brouillon, mais un beau. Le réalisateur n’a pas directement sorti Mommy.

j-ai-tue-ma-mere-15-07-2009-6-gNous ne laissons plus à un créateur trois films pour se construire. En retirant cet apprentissage, nous obtenons des œuvres trop écrites et trop pensées. En France, depuis l'année dernière, l'arbre qui cache la forêt aurait pour nom Nathan Ambrosioni, qui a sorti en salles Les Drapeaux de Papier à l'âge de 19 ans. «Comme on m’a souvent comparé à Xavier Dolan pour mon premier film, on veut déjà que pour mon deuxième, je fasse Mommy explique-t-il, choqué. «J'ai l’impression qu’on oublie vite comment un cinéaste apprend à se construire.»

Nous n’avons pas la jeunesse que nous méritons en salles, et une génération est en train d’être effacée de sa propre histoire culturelle. Ça ne choque personne, ça n’a pas l’air violent et c’est exécuté de manière à ce qu’on ne puisse pas se plaindre. Indolore, sans bruit. Pourtant, lorsque nous devrons raconter à nos enfants quels sont les cinéastes de notre jeunesse, il n’y aura quasiment rien. Il faut défendre le droit fondamental de créer maintenant. Que les artistes fassent leur film maintenant. Et s’ils n’en sont pas capables, ils ne le seront jamais. Cela ne sert à rien de les faire attendre vingt ans, de leur faire croire qu’ils vont devenir des cinéastes alors qu’ils n’en ont pas les épaules. Aucune école, aucun assistanat, aucun concours ni aucune formation n’arrangera ça. Ils peuvent faire 1 000 tournages après, s’ils sont vides, ils sont vides. Si talent il y a, il s’exploite maintenant. Pas en allant gagner un prix inconnu dans un sombre festival de courts-métrages. Pas en sacrifiant plusieurs mois et semaines de travail pour plaire à deux professionnels du milieu parisien qui ne les produiront jamais. Une réalité du milieu que confirme et rappelle cruellement Stéphane Cazes : «ll ne faut pas se leurrer ; la majorité des projets ne verront pas le jour, et ce sont davantage des critères marketing qu'artistiques qui vont faire que les films existeront ou non. Mais de notre génération, il y en a très peu ; or il y a des milliers d'étudiants qui sortent des écoles de cinéma chaque année. Ils ne sont pas préparés, c'est très violent. Ils ont appris à faire un métier, sont doués et passionnés, mais statistiquement, il y en aura très peu à qui l'on donnera les moyens de l'exercer. Il faut s'accrocher.»

Nous sommes entrés dans un grand bouleversement de l’économie du cinéma national. Une période de transition où «la jeune création» a du mal à se faire une place. En rappelant l’étude du CNC sur la fréquentation des salles de cinéma en 2019, on s’aperçoit que ces dernières signent leur «deuxième plus haut niveau depuis 53 ans». Pourtant, cette embellie ne profite pas aux films français, en baisse de –5,7% par rapport à 2018. On peut attribuer cette descente à plusieurs facteurs : la concurrence agressive de Disney qui verrouille le marché, l’hégémonie du streaming avec Netflix et Amazon Prime, ou encore les suites réchauffées inutiles (Nous Finirons Ensemble, Tanguy le retour, Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?). Mais ce serait trouver beaucoup d’excuses au pays de l’exception culturelle. Contrastant avec ce discours enchanteur de façade, le CNC s’est aussi engagé cette année à baisser de 5 % toutes les aides cinéma. «Les mécanismes de soutien vont évoluer et par rapport au jeune cinéma français, les choix vont être encore plus forts,» prévient Nathalie Coste-Cerdan. «À Canal +, nous avions une jauge de préachats avec les créateurs confirmés «qui savent déjà faire de beaux films», mais aussi de l’autre côté, en parallèle de nouveaux producteurs, auteurs et metteurs en scène prometteurs. (…) Maintenant, il y a toujours 40 films chez Canal, mais ces derniers intègrent plus de comédies, proposées par des collaborateurs de la chaîne ou du stand-up déjà installés.»

Quel est le produit final nocif de ce manque de jeunesse dans le cinéma français ? En plus des abus moraux et physiques, ce manque de renouvellement générationnel provoque une stagnation où les acteurs du milieu sont réticents à prendre des risques. Dans une industrie en partie tenue par le financement télé, qui privilégie le «diffusable» à la «qualité», l’aboutissement de cette paralysie s’incarne dans ce que nous appellerons «le film moyen». Au-delà du débat «Netflix VS exploitants» et autres combats de Don Quichotte, ce qui éviscère réellement le 7ème art reste la tiédeur. Les mauvais et les bons films font vivre le cinéma. Un nanar fait réagir. Un chef-d’œuvre fait réagir. On peut écrire sur eux. En bien. En mal. S’en émerveiller ou s’en scandaliser. Mais un film moyen ne provoque rien. Pire ! Nous devons fouiller les recoins d’Allociné pour se souvenir qu’une armée de professionnels à bosser sur de l’oubli fait DCP. Après étude de la liste des films en première exclusivité, le film moyen constitue l’essentiel de la production cinématographique française actuelle et représente le futur grand danger de notre temps pour cet art. Sur le premier trimestre 2019 seulement, près d’une vingtaine de films bleu-blanc-rouge possède des notes critiques / spectateurs moyennes. Un bilan objectif atterrant, l’équivalent d’une petite tape sur l’épaule, accompagnée d’un «pas mal» ou d’un «pas grave, tu feras mieux la prochaine fois», reflet d’une industrie qui ne se bouge pas, n’écoute pas et ne fait plus d’effort. Fonctionne à un rythme stakhanoviste abrutissant «sans élever la barre». Ce même système bloquant une génération d’un revers de la main avec ces «fais d’abord un clip», «fais d’abord un court», «fais d’abord un master», «reviens quand tu auras fait de la télé», «quand tu auras fait 5 ans d’assistanat». Ce même pays qui aime les jouvenceaux et jouvencelles nus devant leurs caméras mais les baillonnent lorsqu'ils passent derrière. Bref, petit mot aux jeunes du cinéma français : «revenez plus tard» !