Tu as commencé la musique très jeune. Comment est-tu entrée dans le monde professionnel ? 
Engrácia Domingues (Pongo) :
Cela a commencé à mes 15 ans quand je suis rentrée dans le Buraka Som Systema, mais je dansais déjà avec des crews de kuduro dans la rue.

Quand as-tu décidé de faire une carrière solo? 
Vers mes 18 ans. J'ai écrit la chanson Wegue Wegue au sein du Buraka et ça a connu un grand succès. Quand je l'ai entendu à la radio, ça a changé quelque chose en moi, je voulais faire mes propres chansons. C'était en 2010-2011, je dirais. 

Maintenant, tout le monde t'appelle la reine du kuduro, mais tu es un peu la seule non? 
Sur cette scène très internationale, loin de l'Angola, c'est vrai. Mes influences viennent de mon pays, en Angola, cela fait partie de la culture. Ce n'est pas facile d'avoir cette opportunité de s'exporter sur la scène internationale avec ce type de musique et j'aimerais justement ouvrir un peu plus cette culture. 

Comment fais-tu pour transformer le public français en une foule enflammée ? 
C'est le feeling ! Ce sont les ondes positives, je pense que tout le monde, que ce soit un Français ou un autre, recherche cette énergie. Quand tu as l'opportunité d'être vraiment toi-même, d'être libre de bouger, de sentir la musique... Il n'y a pas de secret. Je veux montrer la liberté que je ressens. Les Français sont libres aussi. 

Ta musique draine des sonorités de différents continents, comme la flûte arméniènne dans Kuzola ou les ondes latines dans Canto. Cela rend ta musique  assez universelle, c'était le but? 
Oui, totalement ! À propos de Canto, je chante en portugnol. Ce n'est pas pour les vibes latines, c'est une langue créole qui mélange le portugais et l'espagnol. C'est un bon moyen de montrer la communication entre les différents pays. À la frontière entre le Brésil et le Vénézuela comme entre le Portugal et l'Espagne, on parle cette langue-là. C'est une autre façon de se battre pour communiquer et être libre. Et quand je compose sur ces morceaux-là, je puise dans mes influences latines, j'écoute beaucoup de ces musiques.

D'ailleurs, tu écris déjà en deux langues en temps normal, tu choisis ta langue pour un sujet spécifique?
Non, c'est naturel. J'écris parce que j'ai grandi avec le kimbundu et le portugais. Le kimbundu est assez oublié de ma génération ; je veux en parler pour qu'on connaisse mieux ma culture, c'est l'idiome qui prédominait en Angola avant la colonisation. On a perdu cette langue dans l'enseignement et dans les villes, c'est pour ça que je veux leur faire redécouvrir. Ma grand-mère mélange le portugais et le kimbundu. Cette langue me renvoie réellement à mes souvenirs d'enfance, mais je sens qu'elle ne touche pas la jeune génération.  

En juin dernier, pour la fête de la musique, tu as joué à l'Elysée. Est-ce moins amusant qu'un concert habituel?
Je ne me suis pas ennuyée - pour moi, c'est un concert comme un autre. Quand on m'a dit que j'allais chanter pour Macron, je me suis dit "Bon, okay". La rencontre en revanche était drôle, car j'étais en train de me préparer, je mettais du gel, et Macron et Brigitte sont venus me saluer à ce moment. Ils étaient très naturels. Ils m'ont demandé comment prononcer "kuduro" et après j'ai fait danser Brigitte. 

Brigitte Macron voulait danser ? 
Oui, elle voulait apprendre le kuduro, donc je lui ai appris ! C'était très drôle ! C'était une opportunité particulière car mon message a pu aller plus loin, mais le concert était le même. Ce qui était spécial, c'était la sensation ressentie après le concert : nous sommes allés dans le salon, j'ai vu tout le monde applaudir et là j'ai réalisé quelque chose. 

Tu dis être une grande fan de Rihanna mais il semblerait que tu te sois aussi inspirée de la chanteuse congolaise M'Pongo Love, non ? 
C'est plus mon père qui était fan de M'Pongo Love et qui a eu l'idée de ce nom. Elle a eu beaucoup de succès en Angola dans les années 80, on a eu une vie assez similaires : on a toute les deux eu la jambe cassée. Quand mon père me voyait avoir des difficultés à marcher, il m'appelait M'Pongo Love. Au moment où l'on m'a demandé de choisir un nom de scène, c'était évident (car en effet, avant de se raccourcir en simplement Pongo, le premier nom de scène d'Engrácia Domingues était "Pongolove", tout attaché et sans le M', ndlr). 

D'autres musiciennes qui t'ont inspirée ? 
Oui, j'aime beaucoup Brenda Fassie aussi, une chanteuse Sud-Africaine qui s'est battue durant l’apartheid. J'aime les femmes puissantes avec des grandes histoires, mais Rihanna a quelque chose de mystique pour moi. Quand j'ai commencé la musique, elle en était à son deuxième album et son histoire m'a beaucoup inspirée. Elle vient d'un petit pays, Jay-Z l'a découverte, et moi c'était le Buraka Som Sistema. Pour différentes raisons, je me suis toujours senti proche d'elle. Et puis elle a quelque chose d'érotique, j'ai beaucoup rêvé d'elle, c'est très mystique. Il y a une connexion. 

++ Le dernier EP de Pongo, Uwa, est disponible sur toutes les plateformes. 

Crédit photo : Willy Graff.