On pourrait penser, au vu de ton âge (23 ans), que ce sont les débuts de ta vie et les débuts de ta carrière musicale. Pourtant tu as commencé la musique très tôt et connu beaucoup d’emmerdes. Cela te paraît-il important de le partager ? 
Lous : Oui. Je pense que ça va aider à ne pas se mettre dans la même merde, ne pas faire de bêtise. Je souffre du besoin irrépressible de devoir m'exprimer, je veux que les gens m'entendent alors autant qu'ils entendent quelque chose de vrai.

Avant d’être signée chez Columbia, tu avais déjà composé une cinquantaine de titres en indé, tout ça avant tes 22 ans. Ce sont des compositions étendues dans le temps ou tu écris plus vite que ton ombre? 
Je pense que j'écris vite, on me le dit souvent. Tout arrive comme la foudre, je ne choisi pas quand ça arrive.  J'étais dans un autre processus avant, j'ai fait 7 EP de mes 18 à mes 21 ans, ils n'étaient pas très longs, j'avais besoin de m'exprimer. Quand les gens disent que je suis un produit des maisons de disques, je suis dead!

On retrouve dans ta musiques des rythmiques du rap américain et des mélodies du R&B: c’est ce que tu écoutes le plus ? 
Non pas du tout. Ce que j'écoute le plus, c'est la musique traditionnelle japonaise ou de la musique classique japonaise comme Ryuichi Sakamoto. J'écoute beaucoup de compositeurs, j'adore Philip Glass. Beaucoup de Kpop aussi ! Et en ce moment, c'est vrai, je me mange beaucoup de R'n'b mais ce que je fais n'est pas à l'image de ce que j'écoute, car il y a une différence entre ce qu'on aime entendre et ce que l'on sait faire.

Ton flow et tes paroles semblent plus inspirées de la variété francophone que des rappeurs US, là c’est la Belgique qui parle? 
Ah non rien à voir, je pense que c'est mon héritage mélodique quoi. La variété française, ça s'appelle variété parce que déjà ça, c'est emprunté, c'est une variété de choses. Après, je pense que j'ai trop d'inspirations, j'écoute trop de musiques différentes. Par exemple, Dilemme, on dirait du rap, de la chanson, du slam dans le bridge, des fois de la musique épique, on dirait pleins de trucs ! C'est parce que je suis un énorme fourre-tout... C'est très bizarre cette phrase, non ? (rires)

Tes chansons relatent parfois des choses un peu déprimantes mais en l’écoutant, on ne ressent l’envie de se pendre pour autant. Comment tu expliques cette énergie ? 
Non ce n'est pas volontaire, ça vient comme ça. Dans la vie je suis très pétillante et contente alors que mon passé est assez sombre. Je suis vraiment euphorique tout le temps ! 

Tes clips sont très artistiques avec beaucoup de danse. Ton look est aussi très original et marquant. Ce sont des choses importantes pour amener les gens dans ton univers? 
C'est plus une façon de s'exprimer. C'est comme les vêtement, tu t'habilles souvent en fonction de ton humeur, les dessins sur mon visage c'est pareil. Les clips aident à comprendre un peu mieux la chanson, j'écris pas une chanson en lâchant un communiqué de presse après pour expliquer chaque phrase, mais le clip illustre un peu mieux ma vision. 

D’ailleurs est-ce que tu pourrais expliquer ce symbole que tu dessines parfois sous ton oeil et que l’on retrouve comme logo à côté de ton nom de scène? 
Je l'ai créé il y a cinq an, c'est un symbole qui veut dire "les mains levées vers le ciel". C'est un mouvement de joie et de peine, on lève les bras pour ces deux situations opposées. Pour moi, tout est soit blanc ou noir, je suis encore en recherche de la zone grise. Le point, c'est l'intelligence, l'arc de cercle c'est l'amour et la ligne droite, le chemin. 

Mais que viennent faire les Yakuza dans cette histoire?
Les Yakuza, c'est autre chose. C'est tous les gens qui travaillent avec moi, je suis soliste mais il y a des gens derrière moi, c'est le moyen de faire le lien avec ceux qui vivent dans l'ombre. Bon puis, c'est aussi parce que j'aime le Japon et que le mot "Yakuza" veut dire perdant et c'est une position qui fait écho, c'est la position des noirs. C'est qui les perdants dans la société? Les immigrés, les femmes, c'est tous ces gens là et je voulais twister le terme comme le "nigga". En plus de ça, les Yakuza sont très fidèles et loyaux, c'est l'explication complète!

Tes titres sont produits par El Guincho, un compositeur espagnol qui a récemment collaboré avec Rosalia, comment vous êtes-vous rencontrés?
J'ai vu un extrait de "Malamente", de Rosalia, j'ai trouvé ça fou ! On a cherché le producteur, on l'a contacté, il m'a dit de venir à Barcelone, je l'ai rencontré et je savais qu'il allait produire tout mon album ! Je lui ai dit : "Merde, t'es bloqué avec moi mon gars". Il sait où il va et ça j'aime beaucoup. 

Tu es un peu un ovni dans le rap féminin francophone et il me semble d’ailleurs qu’on te compare parfois à Neytiri dans l’Avatar de Cameron. Avoue-le, tu n’es pas que de ce monde ? 
Je le pense aussi ! On me l'a dit trop de fois, mais ça va, je le prend comme un compliment. Quand on me dit que je suis bizarre, je remercie les gens. Là, c'était un fan qui a fait un montage sur Instagram, c'était très drôle, bien que je préférai ressembler à Zoé Saldana qu'à une Na'vi. (rires)

 
 
 
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On voit émerger de plus en plus d’artistes féminines dans le rap français. Penses-tu que ce soit plus facile aujourd’hui d’être une fille dans ce milieu ? 
Non, sinon on serait plus. Et d'ailleurs, je ne suis pas sûre d'être rappeuse moi, on me le fait remarquer de plus en plus, surtout depuis la sortie de Dilemme. Je me suis toujours définie comme chanteuse mais le rap fait partie de mon ADN. Après, j'ai mal pour les Eminem, ça c'est des rappeurs. Je pense qu'on peut plus dire que je fais du hip-hop, maintenant du rap je ne sais pas. Bon puis, en femmes noires dans le rap, il y a Shay, c'est tout. Même aux States, on est sur un ratio de cinq rappeuses maximum. Je pense qu'en temps que femme et en temps que noire, ça va encore être un peu compliqué pendant les cent prochaines années. Ce qui se passe quand tu es une femme noire, c'est que tu représente toutes les femmes noires. Aya Nakamura, la pauvre, elle est seule au top partout, elle a pas le droit de faire une erreur, elle a 25 ans !

Avec les beaux jours arrivera aussi ton LP, Gore, qui reprend d’ailleurs l’un de tes titres. Tu n'essayerais pas de concurrencer Alkapote dans l’empire du sale?
Ah non, Gore n'a rien à voir, c'est un clin d’œil à la sous-branche du cinéma d'horreur, un peu ironique. Je suis toujours dans l'autodérision, la vie est tellement trash et toi tu dois accepter, mais à la fin il y a toujours la lumière au bout du tunnel. L’idée c’est que tout est gore, qui finit gore, et d’un côté c’est presque humoristique.