R-112269-1309284477.jpegElle était une icône underground de tous les passionnées de disco mutant, celui qui avait germé à New York dans les années 80’s, quand la mégalopole était au bord du gouffre financier et un terrain culturel sans limites où les artistes, touche à tout de génie, – peintres, musiciens, graffeurs, écrivains – se mélangeaient comme jamais. Comme la musique d’ailleurs, grand mix d’électro, de disco, de funk, de new-wave et de punk. Connue sous le nom de Cristina, Cristina Monet-Zilkha, vient de mourir du Covid-19 à 61 ans, a-t’on appris sur la page Facebook de Michael Esteban, co-fondateur du mythique label Ze-Records qui dans les années 80 va accueillir la crème du post-disco avec Lizzy Mercier Descloux, Marie et les Garçons, James Chance ou Was Not Was et bien sûr Cristina.

Américaine arty jusqu’au bout des ongles, sortie d’une école de théâtre, Cristina a passé sa post-adolescence à naviguer entre les Etats-Unis, l’Italie, la France et l’Angleterre. Aux débuts des années 80, elle rencontre Michael Zilkha (deuxième homme derrière le label Ze Records qui deviendra son compagnon) dans les bureaux du journal new-yorkais phare et branché de cette époque, le Village Voice, où ils sont tous les deux journalistes. C’est Michael qui la poussera à écrire un morceau de disco, en forme de pastiche du genre, aux paroles très second-degré. Soit Disco Clone, un titre produit par John Cale, devenu désormais un classique, et qui rencontrera, malgré son acidité, un franc succès.

Il n’en fallait pas plus pour initier la production d’un premier album en 1980, Michael Zilkha ayant décidé de faire de Cristina, son intelligence aiguë et son caractère de cochon en bonus, une Madonna intello. Ce sera Cristina (rebaptisé Doll In The Box à sa ressortie en 2004), produit par Auguste Darnell des Kid Creole and The Coconuts avec une reprise mémorable du La Poupée qui fait non  de Michel Polnareff, et une autre du Is That All There Is ? de Peggy Lee qui lui vaudra un procès venant des ayant-droits, Cristina s’étant permise de changer les paroles qu’elles trouvaient trop mièvres, elle qui déplorait dans une interview donnée au New York Magazine le manque d’ironie de la pop music. 

Beauté racée et sublime devenue une égérie underground de l’agitation artistique de l’époque, quelques années plus tard, en 1984, Cristina récidive avec Sleep It Off (agrémenté d’une sublime pochette signée Jean-Paul Goude) où elle mélange allègrement world music, beat disco, voix passant du chant à la diction, du rauque au sirupeux, guitares électriques et cavalcades de violons, en un joyeux bordel sonore et jouissif. Mais qui fit un joli flop ! 

Divorcée de Michael Zilkha en 1990, Cristina avait depuis quitté le monde de la musique pour se recentrer sur son travail de chroniqueuse théâtre, tout en se voyant remise régulièrement en lumière, au gré des rééditions et des compilations régulières du fabuleux label Ze Records, comme un fantasme oublié de la magie des années 80. Le musicien et touche à tout anglais Richard Strange déclarera d’ailleurs à son propos : « dans un monde plus impertinent, plus spirituel, plus intelligent et plus drôle, Cristina aurait été Madonna.»