[Ceci est un debrief, il contient donc du spoil]

 Avant de démarrer les hostilités, il est de bon ton de rendre à César ce qui lui appartient. La Casa de Papel est devenu en un temps record une institution télévisée qui a su séduire autant les amateurs de films d’action patriotiques que les révolutionnaires du canapé en manque d’un V pour Vendetta ou d’un Fight Club en épisodes. Les deux premières saisons de la série d’Alex Pina ont renversé les clichés que se traînait Netflix et l’audiovisuel espagnol. On a pu profiter d’une histoire prenante à la mise en scène énergique, contrairement à un Sense8 mourant, avec des personnages singuliers et attachants, au point de les retrouver à nouveau sur la plateforme (Miguel Herrán et Jaime Lorente font partie du casting de la série teen espagnole à succès, Elite). C’est à partir de 2019 que les choses se gâtent, lorsque la série se voit prolongée dans une troisième partie, exclusivité Netflix, où l’on pousse à continuer les aventures des braqueurs milliardaires en rapieçant des petits bouts d’histoire qui n’ont rien à voir entre eux. Pour cette quatrième saison où l’échec semblait annoncé, on n’a pas été déçus.

D’un point A à un point A
Si La maison de papier, comme on dit au Québec, était déjà branlante, la saison quatre confirme l’effondrement du château de cartes dans une suite où les personnages, confinés comme nous mais dans la Banque d’Espagne, tournent en rond dans des scènes de suspens prévisibles vingt minutes avant et un dialogue social gênant. Alors que la partie 3 avait libéré Rio au détriment de Lisbonne, l’ex-inspectrice Raquel Murillo partenaire de plumard du Professor (c’est la seule chose qu’on la voit faire dans la série malgré ses compétences), capturée par ses anciens collègues, la saison 4 illustre à merveille la “politique des petits pas”.

 Le rythme plaisant de la série qui ne copiait aucun autre s’est fait avoir à son propre jeu. Des voyages temporels, deux pas en avant, trois pas en arrière, qui emmènent le téléspectateur d’un point A à un point A. Les braqueurs se retrouvent à gérer des situations complexes qu’ils ont eux-mêmes créés (la libération d’un otage qui s’avère être un rambo des services secrets espagnols par exemple) et tournent en rond dans leur fonderie d’or géante. Soit les personnages se tirent dessus, soit ils essayent de sauver les dommages collatéraux, comme Nairobi, blessée par une énième connerie. En attendant, on regarde passer les dramas et les flashback soporifiques du Professor : pas d’avancée dans le braquage. Quand Lisbonne, parvint à se faire extirpée de sa détention par les autorités, c’est pour aller se jeter dans la gueule du loup en s'infiltrant elle aussi  dans la Banque d’Espagne. L’équipe a perdue une femme, la fameuse Nairobi en l'occurrence, une nouvelle arrive, ils vont “gagner la guerre”, tout le monde est content. Fin. 

Sur l’autoroute de la Télénovela 
Le point décevant aurait pu être le scénario décousu comme vos vieux jeans de l’adolescence, mais c’était sans compter sur l’absurdité des dialogues, entre drague et crises de nerfs infantiles, on attendait presque les assiettes cassées. La Casa del Amor mets en scène des intrigues amoureuses bidons, où on retrouve Tokyo et Denver qui se foutent allègrement de la gueule de leurs âmes soeurs. Nairobi, l’une des héroïnes les plus badass du feuilleton va utiliser les derniers instants de sa vie à faire des déclarations d’amour dignes d’une fan fiction pour au final se prendre une balle dans le crâne. C’est beau l’amour. Après avoir perdu tout sens de la poésie au sujet des couples créés dans la série, seule  Alicia, l’inspectrice sans-coeur en charge de l’interrogatoire de Murillo, procure un semblant d’émotion en évoquant le cancer de son mari. D’ailleurs, c’est encore un des seuls personnages à qui la série va encore bien au teint. 

Un féminisme d’apparence, c’est tout
Peut-être est-ce parti d’une bonne intention, d’une volonté de coller aux courants de pensée actuels, mais la quatrième saison semble avoir anéanti les bons côtés de cette série qui donnait à des femmes de bons rôles avec des personnages construits. Denver, qui n'était déjà pas le roi de la classe, s’est transformé en macho inculte et déçoit sa compagne, qui semble le découvrir en même temps que nous. Arrivent de nouveaux personnages comme Manille, gâchée par un dialogue lunaire sur la transphobie avec ce même Denver et une insignifiance totale sur le déroulement de la saison. Pour les protagonistes féminines du début, c’est la même recette. Nairobi oublie totalement son gosse au profit d’un nouveau projet de procréation, hantée par l’horloge biologique et le besoin de vie de famille. Tokyo, elle, se contente d’une prise de pouvoir ratée. Heureusement que son actrice, Úrsula Corberó, sait à merveille faire le regard intimidant et parler très proche de son adversaire, c’est tout ce qui lui reste. La totalité des épisodes sont pollués par des phrases lourdingues, des semblants de féminisme et un viol tombé de nulle part, évacué aussi vite qu’il est venu, un bon exemple pour illustrer le purplewashing gênant des productions audiovisuelles. 

En temps de confinement, il faut bien admettre qu’on s’enfile cette série comme un paquet de M&M’s, mais les moyens mis en place pour cette saison ont jeté par la fenêtre le réalisme. Des petits détails, comme la foule qui déjoue des policiers armés jusqu’aux dents, et réussit à atteindre Lisbonne menottée : même le plus farouche des Gilets Jaunes vous racontera que c’est peu probable. On ne vous empêchera pas de regarder cette saison quatre ou de continuer à aimer nos héros masqués en costume rouge, mais il est clair que les braqueurs 2.0 auraient dû s’arrêter à la Fabrique de la monnaie.