Comme un second rôle dans un film catastrophe

Se confiner chez les beaux-parents, c'est déjà un bon gros coup dans l'ego, accepter de ne pas être au centre de l'attention voire un citoyen de seconde zone. Gaëtan, 27 ans, graphiste, bloqué dans le Finistère avec Michelle et Thierry, les heureux géniteurs de Mathilde, raconte : "Les deux premières semaines du confinement, j'avais mal à la gorge et ça me stressait de fou. Mais ça n'a pas inquiété sa famille, ils me faisaient des blagues sur le Covid. Par contre, ma belle-mère, dès que Mathilde a eu un coup de chaud, elle était à son chevet. Je sais que c'est nul parce que c'est ma copine, mais ça m'a choqué, l'inégalité de traitement. A un moment donné, je me suis dit que j'allais finir comme un perso noir dans un mauvais film d'horreur : j'allais crever dès le début  et tout le monde s'en remettrait." Pour d'autres, on se rapproche du cinéma muet. Se fondre dans le décor comme un caméléon est vite devenu une technique de survie. C'est le cas de Faustine, 34 ans, sociologue, confinée à Lyon avec Monica, sa belle-mère d'origine sicilienne pour que ses deux enfants puissent profiter de plus d'espace : "Mon conjoint s'engueule souvent avec elle en italien, pour que je ne comprenne pas. J'essaie de me rendre la plus invisible possible. Je laisse pisser beaucoup de choses. Je ne parle pas beaucoup dans la journée. Je dis "oui" à tout ce qu'elle dit et surtout je ne rentre pas dans des échanges politiques qui seraient sources de tension. En gros, à part parler de la pluie, du soleil, des températures et de son tiramisu, je ne dis rien !"

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"J'ai peur de finir dans Faites Entrer l'Accusé"

Il ne faudrait pas croire que les clashs se multiplient comme dans la villa des Marseillais. Au contraire, les gendres et les belles-filles confinées prennent sur eux pour supporter les habitudes et les manies de leurs hôtes. Pour Faustine, c'est le petit-déj' à la sauce Pôle Nord qui menace sa santé mentale : "Elle ouvre toutes les fenêtres du salon à 8h du matin parce qu'elle croit que le virus part comme ça. On se les pèle, ça me rend dingue." Myriam, chargée de com' de 25 ans coincée avec Anna et Joël, les parents de sa copine, a un peu de mal avec la relation compliquée entre les boomers et les écrans : "Quoi que tu regardes à la télé, infos, films, séries, docus, ils parlent, on dirait que la télé est éteinte pour eux ou que le jeu est de deviner ce qu’il se passe deux minutes après." Alors, parfois, elle se laisse aller à des fantasmes à la Xavier Dupont de Ligonnès : "Quand une situation m’énerve mais que je peux rien dire, je rajoute deux bandes noires en haut et en bas de mon champ de vision pour faire comme si c’était un film de Tarantino et j’imagine ce que je ferais. Pour l’instant, j’ai pensé à mettre une tête dans le Thermomix vitesse 6, et de ranger les corps dans le congelo avec la canette de Pâques." Gaëtan aussi se plaît aussi parfois à imaginer 50 nuances d'homicides pour se détendre : "Quand Thierry est allé applaudir les soignants à 20 heures dans le jardin, alors que je sais qu'il a voté Macron et que le premier voisin est à 200 mètres, j'avoue que je me suis vu l'étrangler avec la ficelle à rôti. Si ça dure trop longtemps cette histoire, j'ai peur de finir dans Faites Entrer l'Accusé. Je rigole, hein, je précise." Trop tard Gaëtan, nous t'avons tout naturellement signalé à la gendarmerie la plus proche.

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Sexe, mensonges et chambre d'ado

Et l'intimité dans tout ça ? On la roule en boule et on la jette dans la poubelle jaune ? Non, heureusement, la vie trouve toujours un chemin, comme le disait le grand Jeff Goldblum dans Jurassic Park. Le confinement à fait d'eux des ninjas du coïts qui s'adaptent à la configuration des lieux, font vite et, surtout, sans un bruit. Myriam nous explique : "Je suis persuadée que d’autres gens chez leur beaux parents se tapent la tête contre les murs parce que c’est dur pour eux d’avoir une vie sexuelle épanouie, et d’un côté, peut être que ça les challenge et les excite de devoir faire ça en mode mute. Ici, l’avantage est que ses parents dorment au rez-de-chaussée, et que son frère a une chambre à l’opposé de la nôtre, on est pas vraiment gêné. Après trois semaines, t'apprends vite à faire abstraction de la vingtaine de peluches de la chambre d’enfants de ta meuf qui te matent en train de faire l’amour..." Pour Romain, 22 ans, étudiant en AES, enfermé avec Régis, le papa de Solène, parce qu'il rêvait du jardin du pavillon familial comme d'une oasis, ça a été compliqué de faire la bagatelle dans une pièce où il y a un poster Code Lyoko et une peluche Bourriquet : "Franchement, ça donne un peu l'impression d'être pédophile, mais avec une adulte. C'est trop chelou. C'est con mais il a fallu que je mette Bourriquet dans le tiroir de la commode pour que ça aille mieux." Et puis, il a fallu trouver de bonnes raisons pour s'éclipser : " L'excuse de Netflix, c'est nickel. Je mets des films bien bruyants genre John Wick et on est peinards." Keanu Reeves appréciera.

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Bouffe et alcool : les gardiens de la paix ?

Chez les gaulois, c'est bien connu, on se réconcilie autour d'un banquet. Pour Myriam, les repas apaisent toute la tribu : "Le frère de ma copine travaille avec beaucoup de grands restaurants et a décrété dès le premier jour qu’on allait être ses cobayes. Je peux pas me plaindre, on mange les produits du potager, le lait est celui des vaches de son père, les oeufs sortent tout droit du cul des poules de sa grand-mère. Bon, là j’ai mangé du chou sous toutes ses formes et même des pâtes avec des fucking tiges de poireaux cuites dedans. RIP my système digestif." Pour Gaëtan, faire la cuisine a été un moyen de se faire accepter : "À partir du moment où ils ont goûté à mon chili et mes œufs brouillés, leur regard a changé. Et puis, j'ai arrêté de me sentir comme un parasite." Sans oublier l'alcool qui fait tout digérer, n'est-ce pas Romain ? "Régis a des bonnes bouteilles dans sa cave et ça, ça nous rapproche. Quand j'ai un coup dans le nez, je me rappelle que je l'aime plutôt bien au fond, le pépère." Voilà, c'était la conclusion qui donne les larmes aux yeux de cet article. Fin.

++ Illustration : Petit Monsieur