La sauce barbeuc du "cannibale de Jacksonville", saveur sang humain

Qu’il s’agisse ou non de d’art culinaire, éventrer et grignoter le cadavre d’un congénère humain n’est en général pas une idée hyper judicieuse. Mais si vous venez de finir la bouteille de ketchup qui trainait au fond de votre frigo, c’est peut-être l’occasion d’expérimenter avec une recette très personnelle d’Ottis Elwood Toole, plus connu comme le "cannibale de Jacksonville", du nom de la ville où il a grandi en Floride. D’un côté, la biographie du bonhomme ne donne certes pas envie de casser la croûte. Reconnu coupable de six meurtres commis dans les années 70 et 80, dont la décapitation d’un gosse de six ans, ce serial killer cannibale et pyromane a avoué aux enquêteurs avoir zigouillé une bonne centaine de victimes avec le coup de main de son camarade Henry Lee Lucas – un autre cinglé. 

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La recette originale de sa sauce BBQ, écrite à la main

A noter aussi, pour continuer dans la joie et la bonne humeur, que le criminel avait été élevé par une grand-mère soi-disant sataniste et adepte de sorcellerie, qui l’aurait emmené, gamin, déterrer des macchabées dans les cimetières. Autre détail : il arrivait à Toole de grailler le corps des auto-stoppeurs qu’il liquidait. Et il a beau avoir fini sa vie derrière les barreaux (après avoir été emporté en prison par une maladie opportuniste due au Sida), le cannibale a trouvé le moyen d’expliquer la formule de sa sauce barbeuc à Stéphane Bourgoin, un écrivain français qui se présente comme un spécialiste des tueurs en série – même si la réalité est plus compliquée. Au cours d’un entretien mené en prison, l’auteur confie même à Toole avoir "essayé" la préparation culinaire en question, précisant : "Même si je ne l’ai pas essayé sur le même type de viande que vous".  

La recette signée de sa main, dont on peut retrouver la copie en ligne ici ou , intègre en effet un ingrédient un poil trash : une tasse de sang humain. L’idée a même été testé par le youtubeur québécois Gurky, avec de l’eau, de la farine et du colorant rouge en guise de faux sang. D’après lui, "l’alchimie est parfaite", la sauce ressemblant apparemment à du ketchup épicé : "Ottis Toole a fait beaucoup de mauvaises choses dans sa vie, mais il a su créer une délicieuse sauce barbecue". 

La recette qui tue : Prenez une tasse de sang, une demi-boîte de conserve de purée ou de concentré de tomate, deux gousses d’ail, une demi-tasse de vinaigre, un peu de sel, et quelques poivrons jalapeños et champignons. Mettez la tomate à cuire à feu doux pendant 15 minutes. Rassemblez le sang, les piments, les champignons et l’ail, et mélangez le tout avec le sel et le vinaigre. Quand la tomate commence à mijoter, mélangez tout, et faites cuire pendant cinq minutes pour obtenir une sauce épaisse. Bon pour quatre à six portions de viande.


Le Victoria sponge cake version milieu carcéral de Rose West

Pourquoi ne pas planter ses bougies dans un gros morceau de génoise pour fêter son anniv’ en famille, avec une recette de gâteau conçue par Rosemary West ? Qu’on se le dise : l’histoire de cette Britannique est un tantinet glauque. La tueuse en série, toujours incarcérée, a été condamnée en 1995 à la perpétuité pour avoir fait la peau de sa propre belle-fille âgée de huit ans en 1971, puis massacré au moins neuf jeunes femmes entre 1973 et 1987 avec son époux et complice Fred West, souvent à leur domicile. Cette "maison de l’horreur" située à Gloucester, au sud-ouest du pays, a depuis été rasée. Christmas pudding, rôti, gâteaux glacés… En mettant de côté les viols, la torture, la découpe des corps et toutes les activités sordides du couple, Rose West était par ailleurs une "cuisinière merveilleuse" d’après Mae West, l’un de ses filles, dont le témoignage est évoqué par The Sun.

maison-horreur_original_backupExtrait d'un article de Paris Match d'époque

A la maison, la mère avait l’habitude de mijoter des plats "traditionnels". Reste qu’en taule, Rose West a continué à développer son goût pour la cuisine familiale après avoir été visiblement félicitée par ses codétenus pour ses talents de fine bouche. La criminelle aurait ainsi compilé ses meilleures plats pour ses camarades, se lançant dans un livre de recettes carcérales, si l’on en croit une nouvelle fois les informations du Sun, citée par le Daily Mail (cet article s’appuie décidemment sur les sources les plus solides et réputées de l’industrie journalistique). Rations de nourriture comme ingrédients, une fourchette "de prisonnier" et un couteau en plastique comme ustensiles : le journal détaille carrément la recette d’un Victoria sponge cake.

La recette qui tue : Préchauffez votre four à 170. Versez huit cuillerées de farine dans un bol à part. Préparez par ailleurs un tube entier de margarine, huit cuillerées de sucre, quatre œufs, et de l’essence de vanille (une demi-cuillère). Mettez le gras et le sucre + la vanille dans un bol. Mélangez avec une "fourchette de prison" jusqu’à ce que le mélange soit aérien. Ajoutez les œufs (un à la fois) avec une cuillerée de farine et mélangez bien. Si le mélange a l’air caillé, pas de panique. Avec une cuillère, ajoutez et mélangez le reste de la farine. Graissez et farinez le grand moule à gâteau et ajoutez la moitié du mélange. Faites cuire pendant 20 minutes environ. Vérifiez la cuisson avec un couteau, au centre. S’il ressort intact, c’est bon. Déposez le tout sur une grille et laissez refroidir. Nettoyez le matériel et répétez l’opération pour obtenir deux beaux gâteaux à assembler ensuite.

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Cooking with a serial killer, le livre de recettes de Dorothea Puente

"On a accusé Dorothea de beaucoup de choses, mais jamais d’être une mauvaise cuisinière". Voici les premiers mots de "Cooking with a serial killer – Recipes from Dorothea Puente", un bouquin de cuisine d’apparence banal autoédité par un certain Shane Bugbee en 2004, sur lequel j’ai pu mettre la main via Amazon. Pas franchement menaçant, à part un texte d’intro qui prévient que sa lecture "pourrait bien vous faire prendre 10 kg", le livre a surtout une mise en page assez kitch et fait-maison, avec des polices d’écriture ringardes ainsi que des photos floues et étirées. Mais le nom de Dorothea Montalvo Puente, appelée "Thea" par ses proches (ou bien la "Death House Landlady" par la presse, au choix), cache au contraire une histoire beaucoup plus flippante. 

Cette gérante de pension américaine, installée à Sacramento en Californie, a été arrêtée en 1988 puis condamnée à vie sans libération conditionnelle possible, pour trois meurtres officiellement (sept cadavres ont été retrouvés dans sa cour). Ses victimes : ses propres pensionnaires, pour la plupart âgés ou handicapés, qu’elle droguait, avant de leur faire la peau et d’encaisser leur sécu ; jusqu’à amasser un pactole d’environ 5 000 dollars par mois grâce à ses meurtres. Une décennie après avoir été incarcérée au Central California Women's Facility, une prison pour femmes située à Chowchilla, la serial killer a été ensuite approchée par l’auteur du recueil qui nous intéresse.

Et pourtant la cinquantaine de plats sélectionnés n’ont pas grand-chose à voir, ou presque, avec les crimes de cette dernière. Sauces salsa, courgettes frites, nachos, patates glacées à l’orange, chaudrée de palourdes, cookies au miel… Outre une bonne quantité de matière grasse et d’épices globalement, les instructions sont aussi parsemées de citations plus ou moins passionnantes via lesquelles on apprend que Dorothea Puente – ancienne cuistot – a cuisiné dans certains restos pour "300 ou 400 personnes par service", qu’elle adorait la salade aux pois chiches (un "repas plein de protéines, très copieux") ou encore que sa soupe mexicaine au gésiers et foies de poulet lui rappelait sa grand-mère.

Si beaucoup de recettes comportent de la viande, comme son filet de porc grillé ou sa tarte au poulet, et même si Puente nous précise que ses plats sont en général pratiques à conserver au congélo, il ne s’agit en aucun cas de bidoche humaine ; contrairement à notre ami Ottis, Thea n’avait aucun penchant cannibale. A noter que la tueuse propose aussi des menus végé, avec des veggie burgers et un pain de lentilles végétarien. Mais l’entrée la plus intéressante reste sans doute les Tamales – un plat amérindien cuit à la vapeur avec des feuilles d’épi de maïs – version "prison style". Un peu comme Rose West, l’idée est de pouvoir réaliser le plat depuis derrière les barreaux.

En plus de la section cuisine, le reste du bouquin contient aussi tout un tas de documents reçus par l’auteur : des lettres et des boucles d’oreilles (scannées) ; divers croquis illustrant des fleurs, des oiseaux, un arrosoir mais aussi une pelle (commentaire de Shane Bugbee : "Probablement l’un des dessins les plus parlants de Dorothea") ; et enfin quatre poèmes d’amour, l’ensemble étant signé par la meurtrière. Mais la crème de la crème se trouve surtout dans un entretien XXL de Puente depuis son pénitencier, discrètement annoncée sur la quatrième de couverture où il est écrit "INTERVIEW EXCLUSIVE !! Dorothea évoque ses crimes pour la toute première fois !!!!". La discussion rassemble en fait en fait une série d’appels en PCV, largement retranscrits, menés par Bugbee pendant une année entière.

L’occasion, pour Dorothea, de clamer son innocence en expliquant que toutes les victimes sont "mortes de causes naturelles" et qu’elle était trop frêle pour pouvoir porter les corps : "Aucun d’eux n’a été tué… Je n’aurais jamais pu faire ça de toute façon. Je ne suis pas ce type de personne. Je suis trop attentionnée et je suis trop occupée à nourrir mes pensionnaires. Tout le monde vous dira la même chose. Pourquoi j’aurais dépensé de l’argent à les engraisser si j’allais les tuer ?". D’où en tirer quelques pépites, comme "Shane, est-ce que tu te rends compte à quel point c’est difficile de se retrouver dans un endroit comme ça, alors qu’aucun crime n’a été commis ?". Ironie du sort, Puente a, elle, bel et bien fini en 2011 par crever en taule à l’âge de 82 ans, de mort naturelle.

La recette qui tue : prenez un paquet de chips de tortillas, une boîte de conserve de chili sans haricot, une boîte de conserve de rôti de bœuf, huit jalapeños émincés, une cuillerée et demi de poudre de chili, deux gousses d’ail émincées, une tasse de fromage râpé, une portion de bouillon de poulet et une tasse et demi d’eau chaude. Ecrasez bien les chips. Versez l’eau chaude et le bouillon avec la poudre de chili. Ajoutez la boîte de chili, le bœuf, le fromage, l’ail et les jalapeños dans un bol. Mélangez bien. Placez la masa (NdlR. N’étant pas adepte de cuisine hispanique, je suppose qu’il s’agit des tortillas écrasés, mais il est possible que je me goure complètement) sur du film étirable. Placez le mélange de viande au centre de la masa. Roulez le tout et placez-le dans un sac plastique. Faites cuire à la vapeur pendant trois heures et demi. Prêt à déguster.