1# Le bodybuilding est un truc de virilor
Muscles “bandés”, attributs symboliques de la virilité (force, capacité à se battre…) exacerbés : les bodybuilders souffrent-ils d’un besoin compulsif d’affirmer leur masculinité ? Pas si simple. Comme nous le démontre de façon convaincante Tous musclés, le culturisme brouille les frontières traditionnellement érigées entre les genres. Les bodybuilders peuvent être vus comme des sortes de pin-ups au masculin, et leurs compétitions s’enracinent plus dans la tradition des concours de beauté que de bites - on pourrait presque y voir une forme de drag. Un intervenant du documentaire rappelle d’ailleurs que les photographies de leurs corps huilés ont participé à l’émergence d’une “proto-visibilité gay” en faisant la couverture de magazines érotiques masculins dans les 50's. Quant aux bodybuildeuses, elles “bousculent le slip de notre société” (comme on vous l’avait dit ici) en montrant l’image d’une féminité hyper musclée et gonflée à bloc. 

2# La volonté de sculpter son corps est narcissique 
Parfois surnommés les miror athletes (les "athlètes du miroir"), les bodybuilders sont souvent considérés comme des sortes de Narcisse contemporains. Pourtant s’ils se regardent autant dans la glace ce n’est pas parce qu’ils sont amoureux de leur reflet, mais parce qu’ils ont fait de leur corps un objet de travail. Une sorte de "glaise" comme l'a dit le grand Schwarzie himself, à sculpter en vue d’objectifs sportifs. Le culturisme procède donc d’une sorte de dépersonnalisation, à rebours de l’image nombriliste qui lui colle au slip rouge. 

3# La culture du muscle est de droite (voire Nazi)
S’entraîner plus pour gagner plus de muscle : tel pourrait être le slogan du bodybuilding. Entre culte de la performance et exaltation de l’effort, le culturisme n’a pas franchement l’air ancré à gauche. Selon l’historien Johann Chapoutot, la volonté d’hypertrophier le muscle est liée à la diffusion et au triomphe du darwinisme social de la fin du 19ème siècle - en gros, l'idée selon laquelle la loi du plus fort est la meilleure -, lequel trouve écho dans le culte de la win qui se développe à partir de la fin des années 70.

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Bernard Tapie en pleine séance de fitness dans l’émission Gym Tonic de Véronique et Davina

Aujourd’hui, le sport est devenu le support d’un véritable “entreprenariat de soi” comme le théorise l’économiste Guillaume Vallet : il faut contrôler son corps comme on gère tous les autres aspects de sa vie. Quand on est frustré par son activité professionnelle, l’exercice peut être un moyen de prouver aux autres et à soi-même qu’on reste productif - c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles tant de Français réduits au chômage technique s’improvisent maîtres yogi ces jours-ci. Pour autant, aller à la salle fait-il forcément de vous un grand-méchant-droitard ? L'auteur Nicolas Chemla dénonce-là une image réductrice du bodybuilding en mettant en avant son côté démocratique : "Après tout, sa promesse de base n’est-elle pas que tout le monde peut y arriver avec un peu d'entraînement et un équipement minime  ?"

4# Les culturistes finissent mal en général
La rumeur voudrait que les bodybuilders aient une date de péremption, comme les boissons protéinées qu’ils ingurgitent. Leurs muscles fonderaient, transformant ces Hulks en mous du bulbe. Une idée reçue à relativiser : des figures comme Jim Harrington, armoire à glace de 86 ans, montrent que ces derniers peuvent bien vieillir. Logique, la pratique sportive conserve. Mais d’un point de vue psychologique ? Comment ces personnes dont la vie tourne autour du corps vivent-ils l'inévitable décrépitude de ce dernier ? La série se termine sur une question d'importance : les culturistes se cachent-ils pour mourir ? 

++ Tous Musclés est disponible depuis lundi sur Arte.