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On aurait pu croire que le harcèlement de rue s’arrêterait avec le confinement. Mais non : selon plusieurs témoignages concordants, les lourds sont toujours de sortie. Si on en est là aujourd’hui, c’est parce que le combat de la société anti-flirt n’a pas porté ces fruits. Ce groupe exclusivement féminin se forme au XXème siècle à Washington DC, avec cet objectif : protéger les femmes des apostrophes et des avances lourdes des piétons et des automobilistes. Le groupe défini 10 commandements que ses adhérentes devaient suivres - parmi lesquels “n’entrez pas dans la voiture d’un inconnu dragueur” et “ne sortez pas avec des hommes que vous ne connaissez pas” - et instaure la première “semaine anti-flirt” le 4 mars 1923.

Né dans la capitale des Etats-Unis, le mouvement se propage dans tout le pays : des groupes voient le jour à Manhattan, Chicago et d'autres villes encore. Certains sont exclusivement féminin - comme la société originelle de Washington DC - et d’autres non. Le club de Manhattan est monté par deux male feminists avant l’heure, George Carroll et James Madison. Un article du New-York Times daté du 21 novembre 1922 décrit ainsi leurs préoccupations : “Les hommes formant le noyau dur de l’organisation disent que la situation dans les rues de New-York [...] est telle qu’aucune femme n’est à l’abri d’approches inappropriées ou d’insultes. Ils entendent éduquer l'opinion publique au point qu'une femme considérera qu'il est de son devoir de poursuivre en justice l’importun qui tente de lui imposer ses attentions. Ils comptent aussi créer un conseil pour aider les personnes concernées à intenter une action contre les coureurs de jupon.

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Les différents clubs anti-flirts situés aux States font parler d’eux. En décembre 1922, le Chicago Tribune poste par exemple la photo d’un type au sol, assortie de la légende suivante : “Traitez-les à la dure, tel est le cri de ralliement de la société anti-flirt. Mlle Olga Emrick, sténographe à Cincinnati, montre comment un mouvement de torsion du poignet hérité de la tradition du jiu-jitsu peut envoyer un homme à terre.” 

En revanche, on ne sait pas si la société a pu aider des femmes à poursuivre en justice, ni sous quels motifs. Comme le relate The Atlantic, plusieurs politiciens américains ont tenté sans succès de réglementer le “flirt” (on dirait à présent le harcèlement de rue ou la "liberté d’importuner” si vous êtes une actrice française déconnectée). À partir des années 30, on ne trouve plus de traces du club dans les médias. Ironie de l'Histoire : quand on google “anti-flirt” aujourd'hui, la première occurrence renvoie à une marque de lingerie.

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