Vous avez mangé quoi ce matin ?
Duñe : J’ai mangé des œufs brouillés avec du thym, lait d’amande, flocon d’avoine & fraises. Délicieux.
Crayon : Je ne mange pas le matin.

Qu’est-ce que vous faites différemment depuis le début de la pandémie ?
D : Au début très peu de musique, l’ambiance était trop bizarre pour avoir envie de créer. Donc beaucoup de PS4, beaucoup de Warzone. Du sport tous les jours (ou presque). Et au bout de quelques semaines, j’ai commencé à refaire de la musique. Mais comme je n’avais pas accès au studio c’était surtout des trucs guitare / voix. 
C : Justement rien n'a changé, je prends toujours une douche tous les 2 jours et évite tout contact social depuis 2011.

Comment vous vous êtes rencontrés ? Lieu, date, circonstances, soyez précis, notre huissier Maitre Nadja vérifiera les informations. 
D : On s’est rencontré au festival TheSoundYouNeed à Paris, le 14 mars 2015, dans les backstage de l’Electric (Terminal 7 aujourd’hui). Je jouais avec mon groupe Saje, et lui jouait solo. Il mettait l’ambiance backstage, on a beaucoup rigolé ce jour-là. Mais je crois qu’on a dû se revoir seulement plusieurs mois plus tard.
C : Paris, mars 2015 je crois, festival d'une chaîne YouTube, sobre.

Duñe, tu te rappelles ce que tu avais pensé de Crayon ? 
D : Je me souviens d’une grande gueule très attachante. Passionné de musique. Et c’était cool parce que je ne connaissais vraiment personne et les backstages de festival ça peut être assez awkward

Et Crayon tu te rappelles ce que tu avais pensé de Duñe ?
C : Je me demandais ce qu'il pensait de moi…

Est-ce que vous vous êtes dit à un moment : "quel super musicien mais peut-être qu’il devrait changer de nom de scène » ? (pardon, mais ceci est toutefois une vraie question)
D : Non jamais, en fait je lui ai posé la question « pourquoi ? » et quand il m’a expliqué, il y avait une histoire cohérente et cool… Ça lui va bien. 
C : Il a trouvé son nom alors qu'on faisait déjà du son ensemble, mais oui je ne trouvais pas ça dingue. Avant il avait un duo qui s'appelait Saje et ça claque quand même beaucoup plus.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de bosser ensemble ?
D : Ça s’est fait naturellement. Il m’a demandé de venir dans l’ancien studio de Roche, rue Stephenson dans le 18ème. On a bu quelques verres et on a jam. Au final, sur le premier EP, il n’y avait rien de réfléchi, nous avions du temps et nous nous sommes enfermés en studio sans vraiment de calculs. Quelques mois plus tard sortait notre premier projet commun.
C : L'envie de ne pas bosser seul.

Comment vous travaillez concrètement, qui fait quoi ?
D : Il n’y a pas vraiment de process établi. Et davantage sur cet album, puisqu’on a beaucoup fait intervenir nos amis. Si ce n’est la partie vocale où je chante en yaourt et Crayon écrit les paroles. Au final, même jusque dans la finalisation de l’album on avait toujours des potes en plus dans le studio. On a dû commencer à composer cet album il y a deux ans, au début on était beaucoup tous les deux. Puis il y a eu une longue pause, et sur la deuxième partie de production on a vraiment fait appel à Thomas (bassiste), Ingo (guitariste), PH (batteur) etc… C’était un moyen de prendre vraiment du plaisir, de faire plus de musique. On en avait marre de tout faire numériquement et de trop bricoler sur l’ordinateur. Et ça fait des souvenirs mémorables…
C : Je fais plutôt tout, mais heureusement Duñe chante mieux que moi quand même.

Lequel de vous deux fait le mieux à manger ?
D : Je ne sais pas, je pense que c’est moi. Mais on devrait demander à Deliveroo de sponsoriser notre prochain projet, on en a clairement abusé. Si je devais citer un plat de malbouffe qui représente cet album je dirais la Cheesy Crust de Pizza Hut. 
C : Duñe sans doute, moi je ne sais rien faire à part ouvrir la porte et chopper mon Deliveroo… Enfin là, depuis quelques semaines, j'ai appris à faire chauffer l'eau pour y mettre des pâtes. Le mois prochain je rajoute le beurre.

Lequel de vous deux est le mieux peigné ?
D : Très bonne question. Crayon sans doute, c’est le plus beau. 
C : Duñe, ma situation capillaire étant un peu compliqué.

Lequel de vous deux est le plus doué ?
D : Probablement Crayon, c’est le meilleur. En réalité, on a chacun nos petites spécialités. Lui c’est les accords (parfois trop jazz, donc je le calme). Et moi je suis un peu le geek, mais genre geek flemmard, j’ai plus la patience de mes 16 ans. 
C : Duñe, même s'il ne fait pas grand-chose.

Qui sont vos Dieux de la musique ?
D : Personnellement je n’ai pas de Dieux de la musique, je me suis un peu détaché de ça. J'ai toujours eu peur de copier bêtement et que ça influence trop ma musique. C'est important de garder un truc purement instinctif.
C : Duñe.

Cet album il a été influencé par quoi ?
D : Il a été influencé par nos vies, tout simplement. Et plus particulièrement celle de Crayon, puisqu'il a écrit toutes les paroles. C'est un vrai challenge de transmettre l'émotion de ses mots, je dois faire en sorte que cela sonne vrai.
C : Par Duñe, même s'il ne fait pas grand-chose.

Combien d’heures passées en studio pour le finaliser ?
D : Comme je le disais, nous avons commencé il y a 2 ans, donc disons un an de travail si on ne compte pas les pauses. Il y a des moments où on avait besoin de recul, ou tout simplement où on était occupés, en tournée, etc. 
C : 564895,56 secondes.

A la fin d’une session, ça sent quoi dans votre studio : la weed, la sueur ou le Mc Do ?
D : Les trois, mais ça sent moins la weed que pour le premier EP, moi je fume plus depuis 2 ans, et Crayon est au CBD. On se fait vieux. Du coup, plutôt sueur et Pizza Hut, ou autres livraisons Deliveroo…
C : Un mélange des 3.

Vous êtes tout le temps d’accord quand vous composez ?
D : Je pense qu’on a été très souvent d’accord, même pour foncer tête baissée dans une connerie. D’un regard, on rigole, et on sait que c’est de la merde et qu’on doit lâcher l’idée. On se connaît par cœur. Au début, quand tu ne connais pas trop l’autre tu as peur de le froisser, donc tu vas affirmer moins clairement qu’une idée est rincée. Mais après 5 ans, on se le dit directement, et c’est drôle. Les mésententes sont souvent au moment de finaliser l’album. C’est le stress, il faut s’arrêter sur quelque chose, et c’est l’heure de tout dire, pour ne pas avoir de regrets. 
C : Non, mais ça va, vu que Duñe ne fait pas grand-chose…

A quel moment on sait qu’un album est fini ?
D :  J’aimerais bien être Georges Lucas et pouvoir faire 14 nouvelles versions de l’album au fil des années comme Star Wars, pour lui éviter le coup de vieux. Mais c’est impossible. Il faut juste passer à autre chose. Je pense que tu le sais quand tu ne peux plus écouter ton album…
C : Quand on ne se voit plus.

Vous êtes signés chez Roche Musique, qu’est-ce que ce label apporte au paysage musical français ?
D :  Ils nous permettent de faire ce qu’on veut, et de ne pas avoir de limites dans nos idées. On a eu la chance de pouvoir réaliser de beaux contenus, des trucs dont on est vraiment fiers. Ils nous font entièrement confiance et c’est vraiment un luxe. Au début du label, il y avait vraiment un son Roche, un truc qui revenait souvent. Mais aujourd’hui c’est différent, chacun a réussi à développer sa musique et sa sonorité. Ils nous permettent de transmettre un peu de notre vision de la soul en France. 
C : De la musique décomplexée mais pas que…

++ Leur premier album, Hundred Fifty Roses, sort le 22 mai.