434301F8-4D16-4A06-B5CE-A551EE6BC9C3

Et si on jugeait les groupes à leur fans ?  Quelque part entre la fascination et l’acte de foi découvrons le portrait-robot des nouveaux croyants. On commence ce mois-ci avec les suppôts de Julian Casablancas. 

. Le fan des Strokes les écoute depuis 2001 comme en témoigne sa collection de T-shirts délavés et rétrécis qui peuplent les pénombres de son placard. Tous les albums ont pour lui une histoire, de leur premier Modern Age qui date de l’époque de sa mythique PPP (prétendue première pipe) à leur dernier The New Abnormal qui est marqué par sa première cirrhose.

. C’est une créature qui courbe les règles du temps. Un trou noir comme les cafés qu’il commande chez Starbucks en pianotant sur son Iphone première génération. Il vit à nos côtés dans une dimension parallèle décorée par des posters de Friends, de téléviseurs géants et de vieux numéros de Rock et Folk.

. Il porte un prénom composé qu’il abrège en deux lettres quand il l’énonce entre deux traces et travaille dans le BTP ou donne des cours d’anglais. Seuls emplois qui correspondent encore à son handicap temporel.

. Quelque part entre Peter Parker sans ses pouvoirs et Peter Pan sans LSD, il se distingue de la foule par sa vocation à crier “Rock and Roll” avant d’entonner “Last Nite” de sa voix éraillée à la moindre occasion. Cette affliction tenant du syndrome de Tourette l’a progressivement isolé de sa famille, on craint ses visites dans son supermarché local. Il ne sait pas chanter et se contente de miauler à la manière de son idole Julian Casablancas, le Leader suprême des attaques cardiaques. En conséquence, tous les chats du quartier le prennent pour la réincarnation de leur dieu.

. Ce Fan est spirituel et même croyant : il va se recueillir 3 fois par semaine dans sa plus belle tenue H&M au comptoir du même bar rock au thème vaguement celtique qu’il fréquentait à 15 ans.

. Son régime est équilibré : il ne subsiste que de shots parfumés aux arômes de desserts qu’il s’envoie par dizaines avant d’enfin danser. Sa chorégraphie se limite uniquement à bouger sa nuque à intervalles régulières. Le fan des Strokes est une Bobble-head géante.

. Sa dernière demeure est déjà réservée. Il sera enterré derrière le bar. La cérémonie sera accompagnée d’un Open Mic et annoncée à ses proches via son profil Myspace. Les paris sont déjà déposés par les spécialistes : il mourra dans une bagarre qui dégénère avec un fan d’Oasis ivre mort. Un grand moment d’arts martiaux approximatifs conclu par des chutes malencontreuses. L’ironie est que la furie de ces fans n’a d’égal que le manque de charisme absolu de ces groupes. Il faut de tout pour faire un Purgatoire.

Le Rock est mort, enterré sous la scène principale d’un festival surcoté de Saint-Cloud. Vive le Rock.


Illustration : Hillel Schlegel